La liste d’attente Parcoursup : le pire ennemi des élèves en terminale.
Chaque année, les élèves de terminale attendent, la peur au ventre, les résultats de leurs affectations en études supérieures délivrés sur la plateforme Parcoursup. Au lycée Jean-Monnet de Strasbourg, trois lycéennes racontent leurs galères face à cette plateforme et son algorithme.
Mardi 2 juin, le site Parcoursup a rendu son verdict à tous les lycéens français. Après le bac, ils pourront soit poursuivre vers la filière d’études qu’ils désirent, ou constater qu’ils n’ont pas été jugés aptes à poursuivre le projet qu’ils ont choisi. Alexia, Saliha et Rosalinda, toutes les trois élèves de terminale au lycée Jean-Monnet de Strasbourg, ont dû revoir leurs attentes à cause du mode de sélection de Parcoursup. Elles assistent, impuissantes, à un algorithme très sélectif qui ne laisse pas beaucoup de marge aux élèves qui n’excellent pas en cours.
Un algorithme flou
Au moment des résultats, Alexia ne comprend pas. Elle est loin sur la liste d’attente de son premier vœu, la faculté de droit de Strasbourg et elle va le rester pendant longtemps. « On nous a toujours dit que les facs prenaient facilement. Je pensais qu’en mettant la faculté de droit de Strasbourg, ça allait passer tranquillement », s’étonne-t-elle. Pour renforcer son désarroi, une de ses camarades de classe a été acceptée immédiatement mais avec une moyenne deux points en dessous de la sienne, comme l’a confirmé son professeur principal, Éric Garel. « Je ne pense pas avoir eu une année catastrophique. J’ai obtenu de bonnes notes régulièrement », s’interroge Alexia dont la moyenne générale se situait aux alentours de 14 en terminale. « Donc je n’ai pas compris pourquoi je n’ai pas été directement acceptée. »



Aucune explication officielle ne lui a été fournie sur la raison de ce refus. L’algorithme qui classe les élèves dans les formations reste très opaque et incompris par ces lycéennes. Alexia précise, « vu que c’est un ordinateur qui choisit selon des critères fournis par les facs, je ne sais pas ».
Son professeur d’histoire-géographie et professeur principal, Éric Garel, fait le même constat sur ce système qui déroute les enseignants. Il déplore que « Parcoursup et les facs n’expliquent pas leurs critères. Ils expliquent les attendus d’un élève, mais pas comment ils analysent si l’élève remplit les attendus ». Selon lui, cette sélectivité accrue à l’université est aussi due au trop grand nombre de bacheliers par rapport aux places disponibles. Dans un rapport publié en avril 2026, le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup-FSU), en 2025 dénombrait 677 947 places disponibles dans les formations publiques d’enseignement supérieur pour 682 000 diplômés du bac. Des chiffres à mettre en corrélation, selon ce même rapport, avec la hausse démographique des générations 2008 et 2010 actuellement au lycée ainsi que la baisse, depuis 2024, du nombre de places disponibles dans les formations Parcoursup. À Strasbourg, l’Université a annoncé supprimer 207 places dans ses filières.
Le stress du bac et de Parcoursup
Comme tous les lycéens, ces trois élèves ont dû se concentrer à la fois sur Parcoursup et sur l’obtention de leur baccalauréat qui s’est déroulé du 15 au 18 juin. Sans compter les épreuves du grand oral qui se sont tenues du 22 juin au 1er juillet. Pour Alexia, « c’est chaud (…), on révise mais on a toujours envie de se connecter sur le site de Parcoursup pour vérifier s’il y a du nouveau ». Éric Garel remarque que cette situation démotive les élèves refusés par leur formation avant même de commencer l’examen. « Il y a cinq ans, un de mes élèves avait demandé un BTS, juste avant le bac. Il a vu qu’il n’a pas été pris. Il n’est jamais venu au bac », témoigne-t-il.

Saliha a vu sa scolarité marquée par de nombreuses absences en raison d’un trouble anxieux. Après une année durant laquelle elle s’est sentie « vraiment perdue », l’obtention du baccalauréat reste incertaine. Sur Parcoursup, elle est refusée à huit de ses vœux et sur liste d’attente pour quatre. La seule formation où elle a été acceptée est en sciences sociales à Strasbourg et elle devait donner une réponse avant le 19 juin, sous peine de voir son compte clos. Elle a finalement accepté, sans savoir si c’est un bon choix, ou même si elle aura le bac. « Je ne sais pas ce qui est le mieux pour moi après le bac ni même pour mon avenir. Et Parcoursup ne m’a pas aidée. »
L’absentéisme, la grande inconnue
« Sur mon dossier Parcoursup, il y a des remarques, notamment sur mon absentéisme. Et les personnes qui lisent mon dossier les voient », explique Saliha qui a dû voir un médecin psychiatre pendant ses heures de cours au cours de l’année. Malgré tout, elle n’a pas pu demander d’aménagement spécifique ni pour son bac ni pour ses vœux Parcoursup afin de faire reconnaître sa situation particulière.
Son amie Rosalinda a également manqué beaucoup d’heures de cours cette année. Elle explique ne pas avoir voulu s’inscrire sur la plateforme post-bac. « Vu le nombre d’heures d’absences que j’avais, je n’allais sûrement pas être acceptée et même si je l’avais été, pourquoi faire ? » Son professeur, Éric Garel, précise que son élève s’ennuyait en classe. « Rosalinda est épanouie lorsqu’elle n’est pas en cours, raconte l’enseignant. Lors d’un voyage de classe à Venise, elle a passé son temps à discuter avec le personnel du musée et à tout nous expliquer. » Pour ne pas rester sans rien faire, Rosalinda partira en Italie, pays dont elle est originaire, pour étudier l’histoire à Rome. « Mais pour ça il faut qu’elle ait le bac, tempère Éric Garel. Donc ça fait quinze jours qu’elle donne tout dans les épreuves. »
Le professeur constate avec ses collègues que ce système scolaire stresse de plus en plus des élèves et observe de plus en plus de décrochages. « C’est quelque chose que je ne voyais pas il y a une vingtaine d’années, affirme Éric Garel. Il y a des élèves qui viennent me parler de choses que je n’aurais jamais osé dire à leur place. » De quoi, selon lui, conférer une responsabilité encore plus grande à sa profession. « Dans nos lycées, on ne peut pas faire le cours et partir, il faut suivre les élèves jusqu’au bout. »