Rue89 Strasbourg est convoqué ce jeudi 11 juin au tribunal judiciaire de Strasbourg.
Jeudi 11 juin, Rue89 Strasbourg est convoqué devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour un article publié en mai 2024 intitulé « Un professeur de la HEAR visé par une plainte pour viol et une enquête de l’Eurométropole ». Cette procédure est une nouvelle illustration de la difficulté des victimes de violences sexuelles et sexistes à se faire entendre.
Au tribunal judiciaire de Strasbourg au matin du jeudi 11 juin, les journalistes ne seront pas seulement présents pour rendre compte du travail de la justice. Elles et ils seront sur le banc des prévenus, poursuivis pour avoir écrit que Jean-Marc Foltz, professeur de clarinette de la Haute école des arts du Rhin, était visé par une plainte pour viol et par une enquête de l’Eurométropole.
Notre rédacteur en chef Guillaume Krempp faisait écho dans cet article de mai 2024 à une enquête publiée dix jours plus tôt par la revue mensuelle destinée aux professionnels de la musique classique La lettre du musicien et mettant en cause le clarinettiste de jazz. En août 2024, Jean-Marc Foltz a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour diffamation contre La Lettre du musicien, puis contre Rue89 Strasbourg et ensuite contre le média Pokaa pour ses articles sur la même affaire. Les Dernières nouvelles d’Alsace ont aussi évoqué l’affaire mais sans nommer le musicien. Le journal n’est pas poursuivi par Jean-Marc Foltz.
Une procédure qui coûte cher
Quant à Rue89 Strasbourg, nous sommes spécifiquement poursuivis pour avoir « allégué ou imputé un fait portant atteinte à l’honneur ou à la considération de Jean-Marc Foltz » dans cet article paru dans notre rubrique « vigies », un espace où nous publions régulièrement des informations tirées de la presse locale ou nationale lorsqu’elles nous semblent éclairer le débat public local et relever de l’intérêt général. Nous pensons que les affaires de violences sexistes et sexuelles relèvent de cette catégorie.
Un an après la révélation de cette affaire, l’enquête administrative de l’Eurométropole « n’a pas permis d’établir la commission de faits ». Quant aux deux plaintes pour violences et viol, elles ont été classées en septembre 2025, le parquet s’estimant incapable de poursuivre Jean-Marc Foltz, faute de preuves.
Ce procès en diffamation n’est pas une procédure bâillon, c’est-à-dire une « instrumentalisation de la justice » visant notamment à « faire taire » les journalistes. Mis en cause, Jean-Marc Foltz a le droit de se défendre. Il aurait pu répondre aux sollicitations des journalistes, il aurait pu envoyer un texte en droit de réponse… Mais il a choisi d’aller devant le tribunal, ce qui nous force à engager des frais importants, pour notre défense, même si nous sommes confiants sur l’issue de cette procédure, en raison notamment du sérieux de l’enquête.
En dépit de procédures à notre encontre, nous ne nous laisserons pas intimider pour poursuivre notre travail. Notre rédaction est plus que jamais déterminée à accueillir la parole des victimes de violences sexuelles et sexistes, particulièrement lorsqu’elle s’exprime dans un contexte d’emprise ou d’abus de pouvoir. Les affaires Langlois, Polesi, Debève, de la paroisse Saint-Matthieu, ou à la Maison des Associations dès 2019 ne sont que quelques exemples des cas révélés ou couverts par Rue89 Strasbourg.
C’est la raison d’être d’un média local indépendant. Pour nous soutenir, nous renforcer et éviter que cette procédure nous fragilise, n’hésitez pas à vous abonner si ce n’est pas déjà le cas, à faire un don ou à partager cet article.