Publié le 05 mai 2026

6 min

Les repas à un euro, les restos universitaires dans le flou

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Le repas à un euro des restaurants universitaires a été généralisé lundi 4 mai pour tous les étudiants. Une aide bienvenue dans un contexte de précarité généralisée mais les financements de l’État ne sont pas garantis.

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A partir de ce lundi 4 mai, le repas passe à 1€ pour tous les étudiants aux restaurants universitaires du CROUS.

Le repas à un euro des restaurants universitaires a été généralisé lundi 4 mai pour tous les étudiants. Une aide bienvenue dans un contexte de précarité généralisée mais les financements de l’État ne sont pas garantis.

Il n’est même pas 11h30 que déjà une queue d’étudiants et d’étudiantes se forme devant le restaurant universitaire Paul Appell, sur le campus universitaire de l’Esplanade à Strasbourg. Depuis lundi 4 mai, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) propose le repas à un euro pour toutes et tous les étudiants. Auparavant, le menu des restos universitaires coûtait 3,30€, seuls les étudiants boursiers avaient accès aux repas à un euro.

« Une différence de 30 à 40€ par mois »

Une bonne nouvelle pour Anis, étudiant en deuxième année de psychologie à Strasbourg : « Entre 1€ et 3,30€, ça fait une différence de 30 à 40€ par mois. C’est très bien pour ceux qui n’ont pas les moyens… » Anis n’est pas boursier mais il n’est pas très riche pour autant : à 3,30€ le repas, c’était trop cher pour manger au restaurant universitaire tous les jours et il rentrait chez lui se faire à manger. « Des pâtes à la maison, c’est moins cher, note Noémie, en deuxième année de Staps. Mais avec un repas à 1€, ça change. »

Shalomson, étudiant en première année de master de musicologie, avait aussi l’habitude de manger sa propre nourriture à midi. « Mais j’irai plus souvent au Crous maintenant que c’est passé à un euro », assure-t-il. Travaillant en tant qu’assistant d’éducation dans un lycée, il a recours aux épiceries solidaires pour faire ses courses une fois par semaine.

11h30, une queue s’est formée à l’ouverture du restaurant universitaire Paul Appell à Strasbourg.Photo : Enora Moreau / Rue89 Strasbourg

Le repas à un euro généralisé fait suite à une loi proposée par le Parti socialiste en 2023 et 2025, la mesure a été accordée par le gouvernement aux socialistes en fin d’année 2025 pour qu’ils votent le budget de l’État.

« Parfois, je ne mangeais pas le midi pour économiser. »

Ranya, étudiante en première année d’économie

Les habitudes alimentaires de Ranya, étudiante en première année d’économie, vont changer. « Je n’allais jamais au Crous à cause du prix. Parfois, je ne mange pas le midi pour économiser », confie-t-elle alors qu’elle s’est offert des pizzas avec quelques amies pour célébrer la fin de ses examens partiels.

Pour fêter la fin de ses examens, Ranya, étudiante en L1 d’économie à l’université de Strasbourg, a dérogé à sa rigueur budgétaire en s’offrant une pizza.Photo : Enora Moreau / Rue89 Strasbourg

Une hausse de fréquentation à suivre

Yvonne, étudiante en master de droit, craint une surfréquentation : « Il va y avoir tellement de monde, déjà que c’est serré dans la queue… J’espère qu’ils prévoiront assez de quantités. »

Du côté du Crous, la hausse de fréquentation est estimée au niveau national à 12%. En mai 2026, 11 000 repas sont servis chaque jour dans le Bas-Rhin. « On s’est préparés », assure Sophie Roussel, directrice générale adjointe du Crous de Strasbourg, qui gère les huit restaurants universitaires en Alsace. « Il va y avoir une augmentation, mais dans certains restaurants qui sont déjà très fréquentés, on ne pourra matériellement pas accueillir beaucoup plus d’étudiants », concède-t-elle.

Pour mieux gérer cet afflux, qui se concentre entre midi et 13h, le Crous va essayer de s’arranger avec les établissements universitaires. « On va transmettre la courbe de fréquentation aux responsables de formation pour voir avec eux s’il est possible d’adapter les créneaux de cours », affirme Sophie Roussel.

Le Crous dit aussi travailler à mieux organiser les queues devant les restaurants universitaires, par exemple en mettant en place des panneaux d’affichage du temps d’attente ou en créant un service d’information en ligne de l’affluence en temps réel. L’objectif, pour la directrice générale adjointe du Crous de Strasbourg, est « d’éviter l’effet cohue ».

Étant donné que le coût de production d’un repas au Crous est de 8€30, proposer un menu à tous à 1€ suppose des subventions de fonctionnement plus conséquentes. En 2025, le Crous de Strasbourg comptabilisait 18 millions d’euros de dépenses pour 7 millions d’euros de recettes, soit un déficit d’exploitation de 11 millions d’euros pris en charge par l’État. Pour 2026, alors que 650 000 repas ne seront payés qu’un euro, ce déficit pourrait augmenter de plus d’un million d’euros. Guillaume Kuhler, directeur général adjoint du Crous de Strasbourg, assure que « ce sera automatiquement compensé ».

Le Crous autorise désormais deux repas à 1€ par jour : Un le midi, et un le soir.Photo : Enora Moreau / Rue89 Strasbourg

Mais les députés socialistes n’en sont pas si sûrs. Dans un communiqué diffusé lundi, Thierry Sother, député socialiste de la 3e circonscription du Bas-Rhin (Strasbourg-nord et Schiltigheim), trouve que « les moyens mobilisés par le gouvernement sont encore insuffisants. Cette situation place les Crous en difficulté : manque de personnel, impossibilité d’aménagement des locaux et d’investissement matériel, difficulté à maintenir la qualité des repas… »

Un budget encore à adapter

Ainsi le Crous de Strasbourg a été doté d’une subvention de 85 000€ pour investir dans de nouveaux équipements. De quoi remplacer une plonge, changer quelques friteuses et sauteuses ou des vitrines réfrigérées… « On a priorisé les dépenses pour que les agents travaillent dans de bonnes conditions », explique la directrice générale du Crous de Strasbourg. « Pour anticiper l’afflux », sept agents seront aussi recrutés pour la rentrée : deux permanents dans les restaurants universitaires de Gallia et de l’Esplanade à Strasbourg et cinq en renfort dans le Bas-Rhin.

Mais certains étudiants craignent une dégradation de la qualité des plats proposés. Sophie Roussel tient à rassurer : « La seule chose qui peut évoluer, c’est le nombre de plats proposés mais sur la qualité, on va continuer à acheter des produits français et bio. C’est vraiment quelque chose auquel on tient. »

Quant aux quantités, Sophie Roussel admet qu’il est « difficile d’anticiper le nombre de repas à produire » mais promet qu’il « y aura suffisamment à manger et les portions seront les mêmes. »

Cette évolution tarifaire survenant en fin d’année scolaire, une période où les campus sont moins fréquentés, elle servira de test pour le Crous de Strasbourg. Les capacités d’accueil seront évaluées tout comme la capacité de l’État à tenir ses promesses…

Par Enora Moreau

Publié le 05 mai 2026

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