Des dizaines de cigognes nichent à l’Orangerie.
Des riverains ont trouvé des cigognes juvéniles décédées au sol en face du bowling de l’Orangerie ce 28 avril. La Ville de Strasbourg a commandé des travaux d’élagage en pleine nidification pour éviter des chutes de bois morts à l’approche d’une manifestation sportive.
Comme beaucoup d’espèces d’oiseaux, les cigognes s’occupent de leurs portées au printemps. En cette fin du mois d’avril, les visiteurs du parc de l’Orangerie peuvent observer des juvéniles dans les arbres. Cet espace vert et ses environs comptent environ 90 nids, soit 180 adultes. Il s’agit de la plus grande colonie d’Alsace. Mais ce 28 avril au matin, des riverains ont signalé trois cigogneaux morts au pied d’un platane, boulevard de l’Orangerie, en face du bowling. Ce sont les seuls cas repérés à ce stade.
L’un d’entre eux était en décomposition avancée. Son décès date de quelques jours. « Il est possible que ce soit naturel. Des adultes considèrent parfois qu’ils n’ont pas assez de ressources pour toute la portée et décident de privilégier les autres », explique Noam Pintus, médiateur faune sauvage à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) :
« Ce qui nous alerte, c’est quand on voit plusieurs individus morts issus du même nid. C’est très rare. Là, les deux autres cadavres sont tout frais. Cela peut être lié à une maladie, un empoisonnement, un dérangement. Vu le contexte, il y a de très fortes chances que cet événement ait été causé par les travaux d’élagage à proximité. »


Travaux d’urgence
De l’autre côté du rond-point, l’entreprise Holtzinger coupe des branches à l’aide d’une nacelle de 55 mètres de haut. Elle est mandatée par la Ville de Strasbourg pour retirer les bois morts sur les arbres afin d’éviter qu’ils ne tombent sur des passants. « Les platanes sont touchés par deux champignons, le Massaria et le Polypore hérissé, détaille un salarié de l’entreprise. Les arbres compartimentent les zones touchées pour se protéger. Elles deviennent mortes et risquent de tomber. Nous, on doit les repérer et les couper pour qu’elles ne tombent pas sur les gens. »

« Les travaux sont menés en urgence d’après ce que nous a dit la commune », relate Noam Pintus. La Ville doit sécuriser le parc avant une course scolaire le jeudi 30 avril. « Ce n’était pas possible de le faire plus tôt, car les élagueurs devaient attendre de voir les jeunes pousses pour identifier les branches mortes », poursuit l’employé de la LPO. « On a vraiment fait attention à ne pas déranger les oiseaux. Mais c’est sûr qu’on a vu des cigognes s’envoler même si on ne s’approchait pas des nids. Elles étaient très craintives », rapporte un élagueur.

Près du pavillon Joséphine, un jeune corbeau encore incapable de voler est à terre. Non autonome, « il est censé être encore dans le nid » à ce stade de sa vie, selon une personne qui travaille dans le parc :
« Déjà hier, les oiseaux volaient partout. Ils avaient l’air en panique. On ne voit jamais ça. C’est quasiment sûr que c’est lié aux travaux. »
Face à un animal blessé, joindre la LPO
L’arbre au niveau duquel les cigogneaux ont été retrouvés morts n’a pas fait directement l’objet d’une intervention. « Mais les élagages à proximité avec la nacelle peuvent largement suffire à les faire tomber de peur et provoquer ce drame », analyse Noam Pintus. La Ville de Strasbourg a signé une charte avec la LPO et le Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace (GEPMA) en 2017 pour encadrer les travaux sur les arbres.

En général, la municipalité évite donc de commander des travaux pendant les périodes de nidification. À noter que le dérangement d’une espèce protégée comme la cigogne est interdit par la loi, sauf en cas de dérogation motivée par des risques imminents par exemple. La municipalité n’a pas fait suite à notre sollicitation au moment de publier cet article. « On comprend les impératifs de sécurité, déclare Noam Pintus. Mais on a rappelé à la Ville qu’elle peut nous prévenir dans ces situations exceptionnelles, pour qu’on puisse être présents, donner des conseils afin de limiter les problèmes et intervenir directement si un oiseau tombe. »
Le salarié de la LPO signale enfin que son association a un service de médiation que les riverains peuvent joindre en urgence s’ils voient un animal blessé. Des spécialistes peuvent alors intervenir, ou au moins guider les personnes pour les aider à réagir.