Publié le 28 avril 2026

4 min

Contre Alloncle, ce qu'on aurait pu faire...

#Médias #Pouvoirs #Communs

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D'abord, dédramatiser un peu. L'adoption par les députés le 27 avril, à une courte majorité, du rapport du député ciottiste Charles Alloncle sur l'audiovisuel public, au terme d'une commission d'enquête parlementaire qui a essentiellement révélé la profonde hostilité du rapporteur à cet audiovisuel public, ne signifie pas qu'il soit, à court terme, menacé. On en a vu d'autres, des rapports dûment adoptés par l'Assemblée, ainsi "marqués du sceau de l'Assemblée", et aussitôt prestement enterrés. C'est même le sort de la plupart des rapports parlementaires. Si désagréable que soit cette victoire d'étape symbolique accordée à l'empire Bolloré, inspirateur et metteur en scène très peu discret de la commission, elle ne met en péril ni France 2, ni France 5 (deux chaînes dont le rapport préconise la fusion). Pas davantage n'annonce-t-elle que les présidents de l'audiovisuel public ne redeviendront, comme naguère, désignés par le pouvoir politique, comme le préconiserait aussi le rapport, à en croire les fuites.

Alloncle seul

"Charles Alloncle, seul contre tous"

Documentaire, CNews, Avril 2026

À ce stade, cette adoption ric rac est peut-être même un moindre mal. Un rejet aurait fait aux médias Bolloré le cadeau d'une bonne semaine de programmation gratuite sur le thème de la censure, qui eût peut-être même permis à CNews de regagner quelques points d'audience, perdus au profit des véritables chaines d'actualité (je dis bien, d'actualité, et non pas "d'information") depuis le début de la guerre d'Iran. Pour ceux qui auront le courage de s'y plonger, tout le matériel restera sur la table, en multimedia, écrit et vidéo : les auditions à rallonge, les insinuations perverses du rapporteur, les plongées maccarthystes dans la jeunesse de certains auditionnés, mais aussi les esquives arrogantes de certains autres, (et parfois des mêmes).

Reste que même si on a évité de rajouter le désastre à la défaite, il s'agit bien, pour l'audiovisuel public, d'une bataille perdue. Non pas l'adoption du rapport, mais l'existence de la commission elle-même, et qu'elle ait pu se dérouler impunément, six mois durant, sans aucune réaction des entreprises et des rédactions concernées, tétanisées, alors que la petite musique d'Alloncle entrait dans les têtes, comme l'a documenté Mediapart. Six mois durant, parlementaires de gauche, vedettes et dirigeant.e.s des chaînes publiques ont "joué le jeu", avec plus ou moins d'habileté et de dignité, tout en le sachant et le proclamant biaisé. Ils ont observé Alloncle monter et manipuler ses ratiocinations et leurs réponses sur ses réseaux sociaux et, à rebours de toute éthique parlementaire, créer de toutes pièces une "commission parallèle" sur ces réseaux.

Qu'auraient-ils pu faire ? Sans doute les figurants involontaires de ce cirque, journalistes et dirigeants, n'avaient-ils que des mauvaises solutions, mais peut-être en existait-il une moins mauvaise que les autres : faire leur métier, c'est à dire du journalisme audiovisuel. Disruption pour disruption, instaurer sur leurs antennes des rendez-vous d'information réguliers, en temps réel, de contre-enquête sur la commission d'enquête. Refaire le match régulièrement (chaque soir ? chaque semaine ?) avec la participation des protagonistes, mais dans un dispositif le plus honnête possible, qui aurait donné toutes ses chances au contradictoire. En débunkant mensonges et insinuations, mais en reconnaissant -et en expliquant- dérapages, abus de positions acquises, entorses à la concurrence. Car pas davantage que n'importe quelle autre institution, l'audiovisuel public n'est exempt de dysfonctionnements. Et parions-le : ça aurait peut-être même fait de la "bonne télé". J'avais même, pour ce rendez-vous régulier, un titre tout trouvé : Tu parles, Charles !

Je l'avais suggéré ici, lors d'une rencontre à l'Assemblée Nationale des nouveaux états généraux de la culture, en février dernier (à partir de 1' 22'' 18). Sans visiblement emporter la conviction générale. Mais la proposition (titre compris) reste valable pour la suite. Le journalisme est toujours une option. Et parfois même, la meilleure.


Par Daniel Schneidermann

Publié le 28 avril 2026

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