Microsoft prévoit d’ouvrir un data center immense à Petit-Landau.
L’enquête publique sur le data center que Microsoft veut implanter au bord du Rhin près de Mulhouse est ouverte jusqu’au 3 juillet. Plusieurs associations et des élus appellent les Alsaciens à se mobiliser, à l’organisation d’un débat citoyen et à une manifestation le 22 juin.
Alsace nature et Alsace alter énergies appellent à la mobilisation contre le gigantesque data center que Microsoft veut implanter le long du Rhin, à Petit-Landau à l’est de l’agglomération mulhousienne. Elles ont décidé de le faire savoir lors d’une conférence de presse organisée mercredi 3 juin à Mulhouse, deux jours après le lancement de l’enquête publique sur le projet. « Nous invitons le public à participer en masse à l’enquête publique. Mais nous demandons en priorité une réelle transparence et un moratoire immédiat sur le projet pour casser cette course en avant », clament d’une seule voix Michèle Grosjean et Annie de Larochelambert, présidentes d’Alsace Nature et d’Alter Alsace énergies.

Projet gourmand en eau, en électricité, en données, en terres rares, dôme de chaleur, impacts sur les zones humides et la biodiversité, PFAS, pollutions de l’air, de l’eau, lumineuse et sonore… Les défenseurs de l’environnement ont de nombreuses raisons de se montrer inquiets. Comme l’avait mesuré Rue89 Strasbourg, le mastodonte devrait consommer l’équivalent de 80 % des ménages du Haut-Rhin pour nourrir des serveurs informatiques dédiés à l’intelligence artificielle générative. Ses bâtiments seraient implantés sur un kilomètre de long et sur 40 hectares de terres agricoles, dont 10 hectares cultivés en agriculture biologique, sur les bans des villages de Petit-Landau et Hombourg.

Consommation d’électricité sous-évaluée
Les associations reprennent à leur compte les arguments soulevés par la Mission régionale d’autorité environnementale (Mrae) du Grand Est. Dans l’avis sévère qu’il a rendu, l’organisme indépendant appelait déjà le préfet à la suspension du projet, dans l’attente d’éléments complémentaires.
Les associations vont plus loin, en interrogeant les fondements du projet, qui leur paraît avoir été imposé sans que n’aient été débattues ses implications écologiques, sociales et politiques. Or, depuis la protection des données personnelles, en passant par la souveraineté et jusqu’à la consommation d’énergie, les enjeux sont de taille.
« Est-ce qu’on veut se laisser emporter par cette vague de l’IA ? Il faut que le citoyen se rende compte que si nous laissons faire ce développement anarchique et international, à plus ou moins long terme c’est lui qui en paiera le prix », résume Annie de Larochelambert. Alter Alsace énergies a refait les calculs : elle estime que la consommation du data center de Microsoft s’élèverait non pas comme annoncé à 1 500 GigaWattsHeure (GWh) par an, mais à 1 750 GWh. « Cette consommation accaparerait complètement la production de la centrale hydroélectrique d’Ottmarsheim. La population serait privée de cette production électrique à bas coût et à bas carbone », souligne sa présidente.
Traitement de faveur pour Microsoft
Pionnier de l’écologie alsacienne, Antoine Waechter, président de l’association Paysages d’Alsace, appelle à arrêter d’urbaniser les rives du Rhin. L’ex-candidat à l’élection présidentielle pointe aussi ce qui s’apparente à la « rupture de plusieurs doctrines appliquées jusqu’ici ». D’une part, le Port autonome de Strasbourg, propriétaire du foncier concerné, ne vendait auparavant pas les terrains, mais les louait aux entreprises. De plus, « pourquoi vendre 36 hectares à Microsoft, alors que l’entreprise ne s’engage pour l’instant que sur un bâtiment sur trois ? », relève-t-il. D’autre part, « les terrains au bord du Rhin sont attribués à ce qui est susceptible d’être utilisé pour l’accès à la voie d’eau. Là, ce n’est évidemment pas le cas. »

Les regards des associations se tournent vers Mulhouse Alsace agglomération (M2A), compétente dans les champs du développement économique et de l’aménagement du territoire. Au sein de la collectivité, qui a engagé une mise en compatibilité du Plan local d’urbanisme de Petit-Landau pour accueillir le data center, le projet de la multinationale n’a jusqu’ici pas provoqué d’oppositions. Or, « est-ce que ce projet est compatible avec le plan climat-air-énergie territorial et l’effort de labellisation territoire engagé transition écologique de la M2A, ou avec l’impératif d’atteindre la neutralité carbone ? Nous risquons de dérouler le tapis rouge à une entreprise états-unienne attirée par les bas-coûts de l’énergie, qui va nous mettre dans une situation de colonisés », alerte Annie de Larochelambert.
Les associations peuvent néanmoins compter sur quelques élus. À Mulhouse, les conseillers de gauche ont présenté un vœu qui demandait au préfet de suivre l’avis de la Mrae et invitait la société Microsoft et la M2A à le revoir le projet. Sans succès.
Manifestation à l’agglo
« Alors que nous avons été invités à voter une feuille de route sur la défense, nous laissons Microsoft s’installer sur notre territoire. Je m’interroge sur cette stratégie. (…) Par ailleurs, comment les habitants sont-ils pris en considération ? », s’émeut la conseillère régionale écologiste Cécile Germain-Ecuer, qui évoque notamment l’impact des nuisances sur le prix des maisons. Avec ses homologues, elle veut proposer en conseil régional un texte similaire à celui présenté au conseil municipal de Mulhouse.
Les écologistes vont aussi proposer une manifestation à l’occasion du prochain conseil d’agglomération mulhousien, le 22 juin. Ils ont commencé à tracter pour informer la population et ont créé une adresse électronique (iapasmoyen@proton.me) pour fédérer les initiatives. « On est capable de rassembler du monde. Les élus seront surpris de voir à quel point ça ne passe pas », veut croire l’élue régionale. Le syndicat Confédération paysanne, par la voix de sa porte-parole alsacienne Églantine Berthet, se dit prête à organiser des rencontres et des débats sur le terrain.
Renfort allemand
Mais les opposants ont bien noté la brièveté de l’enquête publique. Débutée lundi 1er juin, elle n’est prévue pour durer qu’un mois. D’autre part, ils ont été échaudés par des précédents, tel que l’installation d’Amazon à Ensisheim. « Le risque, c’est aussi que le projet soit classé d’intérêt public impératif et qu’on construise cette structure quel que soit l’avis de la population et la mobilisation », redoute Christian Uhrweiller, vice-président en charge de la coordination pour le Haut-Rhin chez Alsace nature.
Du renfort pourrait arriver de l’autre rive du Rhin. Des représentants des antennes régionales des deux associations allemandes Nabu et Bund étaient présentes mercredi et ont partagé les griefs de leurs homologues alsaciens. Pour le moment, « les Allemands ne sont pas au courant du projet », estime Stefan Auchter, directeur du Bund du Bade-Wurtemberg. Les mouvements écologistes transfrontaliers ont obtenu de belles victoires par le passé, le long du Rhin.