Le spectacle Moon – Cabinet de curiosités lunaires du circassien Bastien Dausse tente de détourner les lois de la pesanteur au TJP les 3 et 4 octobre.
Ce mois d’octobre 2026, de Strasbourg jusqu’en Allemagne, on prend le temps d’observer les paysages et l’architecture, on s’offre un moment de rire et de réflexion au théâtre ou en librairie, et on s’ouvre aux musiques sacrées dans les lieux de culte de la région.
Architecture, paysages et vélo
La 26e édition des Journées de l’architecture, organisée par la Maison européenne de l’architecture – Rhin supérieur, invite à poser un autre regard sur les bâtiments qui nous entourent. Du 1er au 25 octobre, elles se déroulent notamment à Strasbourg autour du thème Architecture et paysage, avec des balades à vélo et des visites de chantiers sur le temps du midi.
Deux balades longent l’eau : les méandres entre Montagne-Verte et l’Elsau (dimanches 4, 11 et 18 octobre à 10h, départ du Rowing Club) et le projet urbain Deux-Rives (mercredi 14 à 12h, départ de la Médiathèque André Malraux). Une troisième, vendredi 9 à 9h30 (tram Émile Mathis), explore la Meinau et le Neuhof en transformation.

Avec les « Midis-visites », une dizaine de bâtiments et chantiers ouvrent leurs coulisses le temps d’une pause déjeuner. À Koenigshoffen, mardi 6, direction le futur pôle de quartier, qui accueillera en 2027 mairie, centre médico-social et tiers-lieu culturel. Mercredi 14, le nouveau collège du Neuhof illustre le réemploi : les matériaux issus de la déconstruction de deux bâtiments ont nourri le nouvel édifice. Et mercredi 21, on perce les secrets de la passerelle Rosa Luxemburg, qui reliera la presqu’île Citadelle au quai des Belges.
Mum, ça dérape
Ce spectacle semblera encore plus étrange à celles et ceux qui ne connaissent pas le phénomène des parents influenceurs, et de leurs enfants surexposés malgré eux. Mum, Dad et leurs filles Phoeb et Ruby performent la famille idéale à coups de déballages de cadeaux et de gestes calibrés pour la caméra. Jusqu’à l’irruption d’une intruse apathique et ingrate, qui fait vaciller cette image parfaite et creuse. Dans un univers grotesque et virtuel peuplé de figures clownesques aux corps transformés par des prothèses, la metteuse en scène Asja Nadjar (compagnie La Hutte) livre une satire de notre société en représentation permanente, sans jugement frontal mais avec un vrai sens de l’absurde.

Cette pièce se joue à la Pokop dans le cadre de la carte blanche à Sacha Vilmar, comédien et metteur en scène strasbourgeois, autour du grotesque : spectacles, résidences d’artistes et ateliers se succèdent de septembre à novembre, entre la Pokop et l’université. Le plasticien prothésiste Jean Ritz, qui a travaillé sur le spectacle, est en résidence ouverte au public à l’Aula du Palais universitaire, tous les jours de 10h à 16h jusqu’au 3 octobre.
Rentrée en fanfare au TJP
Marionnettes sensibles, cabaret robotique punk, acrobaties lunaires et concert-machine virtuose lancent cette saison pour petits et grands au TJP. Les 3 et 4 octobre, le théâtre fête son ouverture de saison à la Petite Scène : spectacles, concerts et déambulations dans la Petite France sont au programme. Avec Retors paniques, les marionnettes de Renaud Herbin s’animent, parlent et murmurent, accompagnées par une percussionniste. Une drôle de tête prend vie dans La Tête « mi-pneu mi-punk » de Céline Garnavault et Thomas Sillard : une marionnette robotique bricolée, passionnée de chant, de la chorale classique au beatbox.

Avec Moon – Cabinet de curiosités lunaires, le circassien Bastien Dausse tente de détourner les lois de la pesanteur autour de machines. L’homme-orchestre Santiago Moreno met l’ambiance place Saint-Thomas, avec un concert aussi attrayant pour les yeux que pour les oreilles. Chloé Pesnec, qui signe l’univers graphique de la saison 2026-2027, animera un atelier créatif les deux jours à 13h30. Et dimanche, pour clôturer leurs quatre années d’association au TJP, Delphine Lanson et Juliette Steiner ponctueront la journée de surprises théâtrales…

Doublage improvisé
L’Espace K accueille la compagnie locale Impro Alsace avec Le Grand Détournement, un spectacle qui mêle improvisation et cinéma. Le concept : des scènes cultes et d’autres moins connues sont revisitées par les comédiens. La bande sonore des extraits de films et séries garde l’ambiance, mais sans les voix des acteurs. « On va parler de tout et de rien, mais surtout pas du film ! », s’amuse Fabien Fuhrmann, comédien de la compagnie. Un MC (maître de cérémonie) invitera le public à proposer des thèmes, qui seront ensuite imposés aux improvisateurs. Pas besoin d’être cinéphile pour savourer le résultat, qui promet d’être comique. Parmi les extraits choisis : la comédie musicale La La Land, la série fantastique Stranger Things, la comédie Le Diable s’habille en Prada, le film culte des années 80 L’Histoire sans fin, mais aussi quelques séquences de films plus anciens ou plus confidentiels, piochées dans le cinéma allemand et asiatique. De quoi réconcilier les puristes de la VO avec le doublage, le temps d’une soirée.

La steppe entre dans l’église
Du 5 au 18 octobre, le festival des Sacrées Journées de Strasbourg fera à nouveau dialoguer les cultures et les spiritualités du monde à travers la musique, en investissant différents lieux de culte de la région. Pour sa 14e édition, l’événement, placé sous le thème Chemins de lumière, met à l’honneur les traditions ancestrales de la Mongolie. Héritiers d’une culture nomade imprégnée de chamanisme et de bouddhisme, les quatre musiciens de l’ensemble Tengerton perpétuent deux piliers de la musique traditionnelle mongole : la vièle morin khuur, dont la sonorité évoque le galop des chevaux dans la steppe, et le chant diphonique khöömii, qui permet de faire sortir plusieurs sons d’une seule voix, une technique inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco.
À noter que les deux concerts de l’ensemble Tengerton font chacun partie d’une soirée mêlant, en un même lieu, trois groupes de styles musicaux et d’origines différents.

L’actu en chantant
Les auditeurs de France Inter connaissent Frédéric Fromet pour ses chansons piquantes, souvent des reprises de tubes dont les paroles réécrites viennent commenter l’actualité. Aussi doué avec sa plume qu’avec sa guitare, l’humoriste chansonnier est de passage à Bischheim pour le spectacle Frédéric Fromet se tient à carreau. En trio, il partage la scène avec François Marnier (clavier, accordéon, chœurs) et Rémy Chatton (contrebasse, grosse caisse, chœurs). Écologie, violences faites aux femmes, religion, extrémistes de tout poil, ou encore affaires criminelles, Frédéric Fromet s’empare gaiement des sujets de société et n’épargne personne au passage. Le public découvrira aussi ses propres compositions, car c’est avant tout un concert : il devrait y avoir de la danse, des chants, de la réflexion, et beaucoup de rires aussi.

Deux soirs de musiques pop électros
Les October Tone Parties (OTP), organisées par le label October Tone spécialisé dans les groupes indés pop, rock et électro, délaissent le Molodoï et s’installent au Karmen Camina, à la Krutenau les vendredi 23 et samedi 24 octobre. Au programme un mix de groupes inconnus mais forcément talentueux (de toutes façons, plus personne ne peut se payer les stars) comme Le Prince Harry (punk electro), Chevreuil (rock), Resplandor (shoegaze)… Il faut faire confiance aux programmateurs, l’auteur de ces lignes n’a jamais été déçu. Et on aura plaisir à retrouver quelques « signatures » d’October Tone, dont le bonifiant avec l’âge KG et les Bang Bang Cock Cock, renommés BBCC, peut-être parce que ça passe mieux mais ils ne se sont pas assagis pour autant… Dix concerts sont programmés tout de même, et deux DJ-sets pour terminer les soirées.
Pierre France