Manifestation 29 septembre 2026 fonction publique
Des milliers de fonctionnaires ont manifesté à Strasbourg mardi 29 septembre, à l’appel d’une large intersyndicale. Accompagnantes d’élèves handicapés, travailleuses sociales, techniciens de l’hôpital, personnel administratif de la Collectivité d’Alsace… Dans le cortège, des profils variés ont raconté les conséquences du manque de moyens.
« Cette année, on a juste pu aller trois jours en week-end à Niederbronn avec mon conjoint. On n’avait pas les moyens de faire plus. Et cet été, on n’est pas partis du tout », regrette Muriel, employée de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) pour la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Rencontrée place Kléber à Strasbourg, alors que le cortège de la manifestation de l’intersyndicale des fonctionnaires du mardi 29 septembre s’apprête à s’élancer, elle détaille :
« Je suis là pour les salaires. Je gagne 1 800 euros avec les primes, après 14 ans d’ancienneté. Le point d’indice ne bouge pas depuis des années. On a un prêt à rembourser donc il ne nous reste plus grand chose pour les sorties. On doit prioriser, en mettant à peu près tous les revenus disponibles dans les courses. »

Muriel arbore le orange de la CFDT. Sur le camion de son syndicat, des enceintes crachent du rap à l’honneur des fonctionnaires : « On a peur de la mort de la fonction publique. […] Les soignants travaillent avec la peur et l’urgence. » Quelques 2 000 personnes se massent petit à petit pour cette journée de mobilisation nationale. L’intersyndicale revendiquera jusqu’à 4 000 participants en fin d’après-midi.

Les AESH, symboles d’une fonction publique précarisée
Soumia est accompagnante des élèves en situation de handicap (AESH) à l’école élémentaire du Hohberg, dans le quartier de Koenigshoffen. Syndiquée à Force ouvrière, elle décrit son quotidien, avec trois élèves à charge sur le temps scolaire :
« C’est la quantité qui prime sur la qualité. Comme on n’est pas assez, on est obligé d’accompagner plusieurs enfants. Donc on fait une heure avec l’un, une heure avec l’autre, et le reste du temps, ils sont livrés à eux-mêmes. On est face à des handicaps lourds, en liste d’attente pour des instituts médico-éducatifs mais on n’a reçu que 60 heures de formation. J’ai l’impression d’être juste en train d’essayer d’empêcher ou de contenir des crises la plupart du temps. Ce n’est pas de leur faute mais parfois les jeunes nous tapent et on est démunis, on ne sait pas comment les aider. C’est vraiment difficile. »

Ses collègues acquiescent à côté. « On est payées 980 euros nets, parce que nous n’avons que 24 heures par semaine au Smic, explique Soumia. On peut avoir un peu plus si on accompagne des élèves à la cantine le midi, ou avec les primes Rep+. Mais ce n’est vraiment pas grand chose, avec l’augmentation des prix, on est en difficulté financière. » Dans le cortège strasbourgeois, les témoignages de fonctionnaires aux métiers difficiles et aux faibles rémunérations se multiplient.
Toujours plus de missions
En tête de la manifestation, une foule dense d’étudiant·es et de lycéenn·es enchaine les slogans. « Siamo tutti antifascisti », nous sommes tous antifascistes en italien, revient souvent. Au cœur de la procession, des dizaines de militant·es dressent des drapeaux rouges de la CGT. Olivier, éducateur pour la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), accompagne des mineurs qui ont commis des délits ou des crimes : « Ça peut être des viols, des vols… » Il retrace la diminution du personnel au fil des années :
« Quand je suis arrivé il y a 26 ans, j’avais sept jeunes à suivre. Maintenant, on en est à 25 jeunes par personne. C’est simple, je n’ai jamais assez de temps avec eux. Le suivi est forcément dégradé. On est dix éducateurs pour un secteur qui va de Vendenheim à Wissembourg. Au bout d’un moment, quand on ne peut plus bien faire notre boulot, ça crée du découragement. Je vois beaucoup ça autour de moi chez les collègues. »

De nombreux fonctionnaires des Hôpitaux universitaires de Strasbourg sont également présents dans le cortège. Mathieu fait partie d’un service technique qui intervient dans tous les bâtiments. « Moi je suis plombier, on est deux. Il y a aussi cinq chauffagistes et un chaudronnier. Ça fait huit. On était 18 quand j’ai commencé en 2001 », se remémore t-il :
« Forcément, on doit gérer des priorités en permanence. Quand il y a une fuite il faut tout de suite agir. Mais ça veut dire que les petits problèmes comme des éviers bouchés dans des chambres de patients, ça peut durer plusieurs jours malheureusement. »

Présentation du budget le 1er octobre
« En plus, nos bâtiments se dégradent, on fait appel à eux toutes les semaines », lance Lorena, qui se branche sur la conversation. Elle est à la fois auxiliaire de puériculture et aide soignante au centre des troubles du sommeil :
« On est multitâches. J’aime ce que je fais mais ça devient difficile à cause du manque de moyens. Quand on commande du matériel, il n’arrive pas. Pour l’instant, on arrive à faire notre boulot mais on craint que ça se dégrade. C’est fatiguant d’avoir constamment cette peur. »

Le cortège parcourt lentement la rue des Grandes-Arcades, passe devant la cathédrale avant de se lancer sur le quai des Bateliers. Il arrive vers 16h sur la place de la République, dans une ambiance détendue. Beaucoup s’interrogent déjà sur les suites du mouvement social. Le gouvernement doit présenter son projet de budget pour 2027 jeudi 1er octobre, avec l’ambition d’économiser 54 milliards d’euros. Le point d’indice des fonctionnaires, qui conditionne le niveau de leurs rémunérations, doit être gelé pour la troisième année consécutive. L’intersyndicale se tient prête à annoncer de nouvelles journées de mobilisation.