Ivan Vollet est à l’initiative de la Maison des livreurs de Strasbourg
Invisibles malgré leur omniprésence dans les rues, les livreurs à vélo exercent l’un des métiers les plus précaires de la ville. Sans lieu pour se reposer, charger leurs batteries ou accéder à des sanitaires entre deux courses. À Strasbourg, Ivan Vollet veut changer cela en créant une maison des livreurs, sur le modèle de ce qui existe à Bordeaux et à Paris.
Livreurs à vélo pour une plateforme comme Deliveroo, un métier hyper précaire effectué par 99% d’hommes nés à l’étranger, dont deux tiers sans titre de séjour. C’est le constat d’une grande étude réalisée par Médecins du monde avec plusieurs acteurs associatifs et publiée le 31 mars.
Face à cette précarité, des acteurs s’organisent déjà depuis quelques années pour améliorer le quotidien des livreurs et autres coursiers à vélo ; en leur offrant notamment un lieu d’accueil comme c’est le cas avec la Maison des coursiers à Paris et la Maison des livreurs à Bordeaux. À Strasbourg, Ivan Vollet, organisateur d’événements éco-responsables et DJ à vélo cargo propose une initiative dans ce sens.

Rue89 Strasbourg : Comment vous est venue l’idée de venir en aide aux livreurs à vélo ?
Ivan Vollet : En arpentant la ville à vélo cargo depuis 2021, avec la Sonocyclette, et en fréquentant les parkings à vélos de Strasbourg. J’ai vu ceux que je nomme « Les chevaliers de la route » se changer dans les parkings, y stocker leur matériel, y bricoler, comme dans celui de Sainte-Aurélie où je gare mon cargo. Ça m’a sauté aux yeux et je me suis dit que quelque chose n’allait pas. Ces livreurs n’ont pas d’accès aux toilettes, pas de quoi charger leurs batteries. Entre 2018, quand j’ai commencé à être client de plateformes de livraison de repas, et 2021, il y a eu un nombre croissant de livreurs à vélo. C’est difficile d’estimer leur nombre ici, mais une ville comme Nantes, par exemple, en compte 3 000.
Dans vos démarches, vous vous êtes rapproché de la coopérative Coopcycle.
Dès la fin 2023, j’ai entendu parler de la Maison des livreurs à Bordeaux, puis à Paris où j’ai découvert Coopcycle. C’est une coopérative qui a comme objectif de répondre à l’urgence en facilitant l’émergence de maisons des livreurs ou de coopératives de coursiers (comme Kooglof à Strasbourg). Coopcycle peut aider un tel projet en portant des demandes de subventions au démarrage par exemple. Ils ont aussi participé à la grande étude sur les livreurs à vélo qui a été publiée cette semaine.

Quelles seraient les missions de cette maison des livreurs à Strasbourg ?
Trois axes sont possibles. Un volet accueil : pour prendre un café, se reposer, avoir accès à des sanitaires. Ce que les plateformes, Uber Eats et Deliveroo ne fournissent pas. Il y aurait aussi un volet réparation et mécanique : avec des outils, de l’entretien et des formations. On aimerait que s’organise une permanence une fois par mois avec un atelier d’autoréparation.
Et enfin, un volet social. Cette maison pourrait être un hub pour accompagner les livreurs sur des problèmes médico-sociaux, des questions comptables, ou pour les aiguiller vers d’autres structures selon les besoins. À Bordeaux, elle a incité les livreurs à créer leur propre association avec l’idée de les amener à se fédérer pour avoir plus de poids et qu’ils ne soient pas que des autoentrepreneurs éclatés sur le territoire.
Ce projet a déjà des partenaires ?
Cette semaine, j’ai rendez-vous avec Médecins du monde qui est déjà partenaire des maisons de Bordeaux et Paris. J’ai rencontré toutes les structures autour du vélo comme le Cadr67 ou les ateliers Bretz’selle et le Stick, pour commencer à aller vers les livreurs ensemble. Et surtout, le projet est accompagné depuis fin mars par le Labo des partenariats (un incubateur d’innovation sociale ndlr).
Et quelles sont les prochaines étapes ?
J’aimerais déposer les statuts de l’association en juin. Ensuite, on fera une demande de subvention et de local. J’avais rencontré la précédente équipe municipale et je compte rencontrer la nouvelle car ça dépendra en grande partie d’elle pour le local notamment. D’ici-là, la mobilisation commencera par le biais d’événements.
Je m’inspire des démarches entreprises par la maison des livreurs de Nantes : une soirée cinéma pour projeter le film L’Histoire de Souleymane, organiser une soirée discussion entre livreurs en autoentreprises et livreurs en coopérative, faire des maraudes avec des associations pour informer sur la maison des livreurs, organiser des rencontres en journée, entre 14h-19h dans le creux des temps de livraisons. Je réfléchis aussi à une petite indemnisation pour les livreurs qui offriront du temps à la création de ce projet.