Publié le 28 mars 2026

5 min

Maison citoyenne : « On prie tous pour la reconstruire sur place »

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Après l’incendie du 28 février, la Maison citoyenne est à l’arrêt. Déblaiement, relocalisation des activités, incertitudes sur la reconstruction : l’équipe bénévole s’organise pour maintenir le projet, tout en cherchant à conserver son indépendance financière et son ancrage sur le site.

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La Maison citoyenne a pris feu le 28 février 2026.

Après l’incendie du 28 février, la Maison citoyenne est à l’arrêt. Déblaiement, relocalisation des activités, incertitudes sur la reconstruction : l’équipe bénévole s’organise pour maintenir le projet, tout en cherchant à conserver son indépendance financière et son ancrage sur le site.

Le 28 février au petit matin, un incendie s’est déclaré à la Maison citoyenne. Le feu, parti selon les premiers éléments au niveau de bancs stockés sous l’escalier extérieur, s’est propagé rapidement à l’ensemble du bâtiment. L’incendie, maîtrisé dans la journée, a causé de lourds dégâts : la toiture a été touchée, la façade avant très abîmée, et les deux niveaux rendus inutilisables.

Pendant plusieurs jours, toute intervention a été suspendue en raison de l’enquête de police. « On a eu l’autorisation de déblayer au bout d’environ dix jours », explique Emmanuel Marx, bénévole au sein du comité collégial. Il précise : « Les lieux sont désormais sécurisés, la maison est entièrement bâchée et les murs éventrés ont été murés. »

La charpente de la Maison citoyenne est la partie la plus atteinte. Photo : Pascal Bastien / Rue89Strasbourg

Priorité au relogement

La Maison citoyenne, ouverte en 2019 et animée par une équipe entièrement bénévole, fonctionnait comme un lieu de mise à disposition pour des initiatives locales. Sur une année, une vingtaine d’associations y ont mené des activités régulières, auxquelles se sont ajoutés entre 60 et 80 usages ponctuels. « Anniversaires d’enfants, jeunes entrepreneurs voulant tester des activités, médiation artistique… L’idée, c’était d’aider les personnes à prendre des initiatives et leur donner de la visibilité », précise Emmanuel Marx. Une partie de ces activités reposait aussi sur des rendez-vous réguliers, comme un ciné-club, des scènes ouvertes ou un café associatif.

Depuis l’incendie, tout est à l’arrêt. Une partie des structures a trouvé des solutions ailleurs. « On a eu une quinzaine de propositions. La plupart des associations réussissent à trouver des lieux pour les héberger », indique le bénévole. Certaines activités pourraient reprendre dans d’autres espaces, comme les scènes ouvertes envisagées avec l’Orée 85 ou le ciné-club avec la Maison de l’image et la Maïf. Mais pour l’équipe, difficile de suivre le rythme habituel :

« On ne peut pas gérer les demandes d’occupation. On est en train de réfléchir à comment nous allons les gérer, notamment en termes de communication, pour que les gens continuent de prendre part au projet. »

Un modèle autonome fragilisé

Le fonctionnement de la Maison citoyenne reposait jusqu’ici sur une autonomie financière assumée. Le lieu était porté par l’association Ré-habiter, anciennement Éco-quartier Strasbourg, avec un bail de longue durée auprès de la société d’aménagement et d’équipement du Rhin supérieur (Sers), l’aménageur de la ville. « On avait fait en sorte, avec des appels à projets, d’être complètement autonomes. On n’avait aucun soutien de la Ville. On était à l’équilibre », explique Emmanuel Marx, qui est également salarié de cette association. Un transfert de bail était d’ailleurs en discussion depuis plusieurs années et devait se concrétiser cette année pour que la Maison citoyenne devienne juridiquement indépendante de l’association qui l’avait incubée.

Une partie de l’équipe de rénovation avant l’ouverture, en 2019 : deux charpentiers, Maïté Gayet et Emmanuel Marx, de l’association Eco-Quartier, et un habitant du quartier. Photo : Photo EB / Rue89 Strasbourg.

L’incendie vient compliquer cet équilibre. L’association Ré-habiter doit être mobilisée pour la reconstruction, notamment financièrement, et son assurance ne couvrira pas l’ensemble des coûts. « Il y a une limitation à une certaine somme, ça sera plus compliqué », reconnaît Emmanuel Marx. L’équipe cherche donc à mobiliser un soutien plus large. Un appel à signatures pour témoigner du soutien a été lancé, ainsi qu’une campagne de dons.

Reconstruire, à quelles conditions ?

Sur le plan technique, les premières évaluations laissent entrevoir la possibilité de reconstruire. « Les trois murs les plus colorés, les moins atteints par l’incendie, pourraient être réutilisés. Le socle, la cave, ne sont pas touchés normalement », détaille le bénévole. La charpente, en revanche, devra être refaite.

Des artisans locaux ont beaucoup contribué lors de la construction du lieu. « Comme pour l’escalier extérieur que tout le monde adore. » L’équipe prévoit une consultation d’entreprises pour que les artisans qui avaient oeuvré à sa construction en 2019 puissent s’investir à nouveau dans le chantier.

Le calendrier reste incertain, mais s’annonce long. Il faut d’abord finaliser le diagnostic avec les experts et un architecte, puis redéposer un permis de construire. « Il faut compter six mois à partir de mai pour la phase préparatoire, et ensuite les travaux. C’est dur de faire moins de huit mois », estime-t-il. Dans un scénario favorable, la réouverture pourrait intervenir dans un délai de 12 à 14 mois.

Un an avant la reprise

Reste une interrogation sur les conditions de cette reconstruction. L’équipe souhaite retrouver le fonctionnement qui était le sien avant l’incendie. « L’enjeu, c’est qu’on retrouve cette liberté et cette autonomie. Si on doit demander un soutien à la collectivité parce que l’assurance ne couvre pas tout, on se rend dépendants », explique Emmanuel Marx.

La question du lieu est également centrale. « On prie tous pour reconstruire au même endroit », dit-il. Une démolition rendrait toute reconstruction impossible sur ce site. À ce stade, les premiers retours techniques sont plutôt encourageants, mais rien n’est encore acté.

En attendant, l’équipe continue de se réunir chaque semaine pour suivre les dossiers techniques et organiser la suite. Une soirée de soutien se tiendra en juin, pour rassembler les usagers et les soutiens du lieu. « Cette maison veut dire quelque chose dans le paysage du quotidien, même de l’extérieur sans savoir ce qu’il s’y passait », souligne Emmanuel Marx.

Par Eva Chibane

Publié le 28 mars 2026

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