La vue depuis le Lincoln memorial center à Washington.
La Bibliothèque nationale universitaire (BNU) de Strasbourg accueille une exposition très complète sur la vie de Martin Luther King. De ses débuts à Atlanta jusqu’à son assassinat à Memphis, l’exposition offre une plongée dans l’Amérique ségrégationniste des années 1960 et montre la pertinence contemporaine de ses combats.
Dès le début de l’exposition, coincée dans d’arrière-couloirs de la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg, le visiteur est transporté le 28 août 1963, devant le Lincoln memorial center à Washington. Un écran diffuse I have a dream, le célèbre discours qu’improvise Martin Luther King devant plus de 250 000 personnes venues à la Marche pour l’emploi et la liberté organisée par la National association for the advancement of colored people (NAACP).
Car ce discours, l’un des plus importants du XXe siècle, est le point d’orgue de l’engagement de Martin Luther King en faveur de l’égalité. L’exposition prend ensuite un fil chronologique et dès la deuxième salle, le commissaire de l’exposition, Ashley Woods, montre comment Martin Luther King en est arrivé là avec des éléments sur sa jeunesse privilégiée à Atlanta dans le sud des États-Unis puis son arrivée à Montgomery en Alabama en tant que pasteur baptiste. Déjà très sensible aux questions d’émancipation, l’exposition montre avec des photos d’époque les liens qu’il noue avec Rosa Parks et la NAACP, comment il développe l’action non-violence inspiré par Gandhi et obtient la fin de la ségrégation dans les bus.



Dix années de recherche
L’exposition se veut très ancrée dans le XXe siècle et montre des photos, des vidéos à voir à la demande, des sons, des extraits de journaux… Les pièces rassemblées à la BNU, visibles pour la première fois en France, ont demandé plus de quatre années de recherches à Ashley Woods, dont une partie en partenariat avec la Fondation René Cassin qui a participé au financement avec le Crédit Mutuel.


On y trouve ainsi le télégramme qui a annoncé à Martin Luther King qu’il avait reçu le prix Nobel de la paix en 1964 et une bible qu’il utilisait, mise à côté d’un manuel ayant servi aux membres du Ku Klux Klan, cette sorte de société secrète raciste et nationaliste qui sévissait dans le sud des États-Unis, et des exemplaires d’Ebony magazine, sorte de Paris Match adressé au lectorat afro-américain, qu’Ashley Woods a retrouvés par hasard dans une boutique de Brooklyn.
« Ce n’est pas une exposition silencieuse », prévient Ashley Woods qui a aussi parsemé les salles de morceaux de musique de l’époque. Certains artistes étaient d’ailleurs engagés aux côtés de Martin Luther King et finançaient le mouvement grâce à leurs concerts, comme Harry Belafonte, Sam Cooke ou Nina Simone.

Des affiches et des slogans des années 1960 émaillent les salles de la BNU et détaillent l’évolution des revendications puisqu’il a fallu au mouvement des droits civiques démolir, article après article, les lois Crow, pour obtenir l’égalité réelle et la fin de la ségrégation raciale. Elle revient sur les épisodes de cette lutte : les campagnes de Montgomery (1954) et d’Albany (1961 et1962), le meurtre d’Emmet Till (1955), les marches de Selma (1964)…
Très complète, l’exposition détaille ensuite les combats tous azimuts de Martin Luther King, qui pensait l’humanité comme un tout et s’est engagé avec la même détermination contre la guerre au Vietnam, contre l’Apartheid en Afrique du Sud et contre la pauvreté. C’est ce dernier combat qui fut celui de trop selon Ashley Woods, qui fait un lien entre son assassinat le 4 avril 1968 et sa remise en cause du système capitaliste.