Le dernier conseil municipal s’est tenu le 22 juin.
Lundi 28 septembre se tient le prochain conseil municipal de Strasbourg. Avec 59 points à l’ordre du jour, la séance sera largement dominée par les finances de la Ville, quelques jours après la présentation de l’audit commandé par Catherine Trautmann.
Quelques jours seulement après la présentation de l’audit financier commandé par la nouvelle municipalité, les élus sont appelés à voter le budget supplémentaire 2026 de la Ville, pour revenir sur certaines décisions de l’ancien exécutif de Jeanne Barseghian (Les Écologistes). Les Socialistes montrent une volonté de resserrement sur certains thèmes. La Ville prévoit 4,7 millions d’euros de baisse sur les dépenses courantes de fonctionnement. Mais ce sont surtout les investissements qui devraient susciter des discussions. Dans les crédits consacrés aux espaces publics, 6,2 millions d’euros sont retirés. La végétalisation représente à elle seule une baisse de 3,5 millions d’euros, dont 2,2 millions pour la végétalisation des cours d’école. Les parcs naturels urbains perdent 800 000 euros, et l’éclairage public coûtera 2,1 millions d’euros en moins, alors même que la Ville avait annoncé le rallumage des rues la nuit.
D’autres opérations sont également revues à la baisse dans l’éducation et le sport : moins 1,2 million pour le plan numérique des écoles, moins 1,3 million pour le groupe scolaire Éléonore à Hautepierre, moins 1,4 million pour la mise en sécurité et la rénovation énergétique de l’école Branly ou encore moins 1,7 million pour le groupe scolaire Adler à la Robertsau.
La majorité justifie ces arbitrages avec la situation financière mise en lumière par l’audit. Dans l’opposition, Florian Kobryn (La France Insoumise) estime au contraire que la municipalité « cherche à présenter ces choix comme inévitables ». Il entend notamment contester la manière dont l’audit est utilisé pour justifier les coupes budgétaires. Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) devrait lui aussi revenir sur les conséquences concrètes des choix de la majorité. Il souligne notamment que la réforme du stationnement, votée en juin, se traduit déjà par une perte de 1,4 million d’euros de recettes prévisionnelles dans le budget supplémentaire.
Acquisition d’un Basket Center, rénovation du cinéma Star
Quelques projets sont en revanche davantage abondés par rapport au budget initial des Écologistes. Dans le même budget, la Ville prévoit notamment 5 millions d’euros pour l’acquisition du Basket Center. Des travaux d’aménagement sont aussi prévus dans des équipements culturels. L’enveloppe est ainsi augmentée de 4,7 millions d’euros, principalement pour la rénovation du cinéma Star Saint-Exupéry (+4 millions d’euros) et l’augmentation de la jauge de La Laiterie (+700 000 euros).
Même chose pour la réhabilitation des musées, avec 4,8 millions d’euros supplémentaires, dont 3,4 millions pour la rénovation des toitures et façades du palais Rohan et 1,4 million pour les travaux du musée Alsacien. Au total, les dépenses d’investissement supplémentaires s’élèvent à 31 millions d’euros, mais l’équilibre du budget nécessite aussi 15,3 millions d’euros d’emprunt en plus.
Le nouveau règlement va encadrer les prises de parole
Après les finances, un autre texte devrait concentrer les discussions : le nouveau règlement intérieur du conseil municipal, qui doit être adopté au point numéro 5. La nouvelle majorité présente ce document comme un moyen de « mieux organiser » les séances, de clarifier les temps de discussion et de garantir l’expression des élus. Il doit entrer en vigueur dès la prochaine séance début novembre, à l’exception des dispositions concernant les commissions thématiques, qui ne s’appliqueront qu’à partir du 1er janvier 2027.
Mais le texte fait déjà l’objet de critiques de la part des oppositions. Plusieurs règles encadrant la prise de parole et les différents textes déposés par les groupes sont resserrées par rapport au fonctionnement mis en place par l’exécutif précédent (lire notre article sur le sujet).
Le débat sera d’autant plus politique que Catherine Trautmann avait elle-même vivement critiqué, lorsqu’elle était dans l’opposition, le précédent règlement intérieur adopté sous la majorité écologiste. À cela s’ajoutera une question des Écologistes, sur l’absence, dans celui-ci et dans de nombreux autres documents, de l’écriture inclusive qui était devenue la norme à l’Eurométropole. Le groupe veut dénoncer ce qu’il considère comme un recul par rapport aux pratiques instaurées dans la collectivité.
À Archipel 2, des logements sociaux disparaissent
Quatre délibérations concernent Archipel 2, le vaste projet immobilier prévu au Wacken. Elles modifient plusieurs des programmes prévus dans les différents lots, à la demande des promoteurs. Concrètement, certains engagements pris lors de la conception du projet disparaissent ou sont revus à la baisse.
Sur le lot D1, les trois logements sociaux initialement prévus sont supprimés. Le tiers-lieu à dimension européenne prévu au rez-de-chaussée est également remplacé par un simple local d’activité. Le programme passe parallèlement de 55 à 69 logements en accession à la propriété. Le prix du terrain correspondant à ces logements est abaissé de 850 à 721 euros hors taxes par mètre carré. Sur le lot D3, les quatre logements sociaux prévus disparaissent également, tandis que le nombre de logements en accession passe de 45 à 53. Les conditions de vente du terrain sont là aussi modifiées.
Et un autre projet prend du retard : celui destiné aux femmes en difficulté ou victimes de violences conjugales. Le programme prévoyait un tiers-lieu de 327 m² servant de centre de ressources, ainsi que 1 107 m² d’hébergement d’urgence, en lien avec Solidarités Femmes 67. Le promoteur Bouygues Immobilier demande finalement un nouveau délai pour boucler son opération : la vente du terrain est repoussée au 28 février 2027.
Pour Jeanne Barseghian, ces modifications marquent un changement de philosophie du projet. « Il n’y aura plus de mixité sociale dans les immeubles, ça disparaît », s’agace l’ancienne maire écologiste. Elle déplore également la remise en cause d’un travail de « co-construction » mené pendant plusieurs années.
La hausse des prix des musées dans le débat
Le point numéro 10 pourrait également être scruté de près. Il s’agit du suivi des recommandations formulées par la Chambre régionale des comptes (CRC) sur les finances de la Ville, mais aussi sur les politiques d’éducation et de gestion des musées.
La CRC avait notamment recommandé à la Ville de mener une étude sur la politique tarifaire des musées. Cette étude a depuis été réalisée et une nouvelle grille tarifaire est entrée en vigueur au 1er septembre, comme Rue89 Strasbourg le dévoilait cet été. Le tarif d’entrée est désormais fixé à 9 euros dans l’ensemble des musées concernés, contre 7,50 euros auparavant dans la plupart des établissements.
Une évolution que Jean-Philippe Vetter et Irène Weiss (Les Républicains) comptent remettre sur la table. « Contrairement aux nombreuses gratuités, c’est une hausse qui n’était pas annoncée dans les promesses de campagne », ironise le conseiller municipal.
Huit emplois de cabinet, et une question de transparence
Le point numéro 6 porte sur les emplois de cabinet. La Ville demande de créer rétroactivement huit emplois de collaborateurs de cabinet, au 28 mars 2026, date d’installation du nouveau conseil municipal. C’est le même nombre que sous la précédente mandature. Cette délibération devrait permettre aux oppositions de revenir sur une autre question : celle de la transparence sur les collaborateurs employés par la maire.
Tous les groupes d’opposition ont demandé la transmission d’un tableau détaillant les emplois du cabinet. Une demande qui, selon eux, a été refusée par Catherine Trautmann. Florian Kobryn, de la France insoumise, comme Jean-Philippe Vetter comptent donc revenir sur le sujet.
Plusieurs subventions à voter
Comme souvent, une partie importante de la séance sera consacrée aux subventions. Les points 15 à 23 portent notamment sur les établissements cultuels, les solidarités, l’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi, les projets éducatifs et les associations socioculturelles. Le point 21 concerne plus précisément la préfiguration du centre socioculturel de l’Elsau, un point qui pourrait également être retenu après le classement sans suite de la procédure visant l’ancienne directrice.
Les élus examineront ensuite plusieurs dizaines de dossiers de subventions concernant la culture, le sport, les relations européennes et les associations de commerçants. Les points 33, 34, 40, 42, 44, 45, 48 et 50 concernent notamment différentes attributions de subventions.
Floriane Varieras obtient la protection fonctionnelle
En juin, après une publication de Floriane Varieras en tant qu’élue municipale, des commentaires et réactions susceptibles de relever de l’injure ou de la menace de mort ont été relevés. La conseillère municipale a déposé plainte et demandé la protection fonctionnelle à la maire de Strasbourg le 30 juin.
La protection lui a été accordée par courrier le 6 juillet 2026, conformément au cadre légal. Elle permet notamment à la Ville de prendre en charge les actions, y compris judiciaires, destinées à faire cesser les atteintes, assurer la protection et la défense des intérêts de l’élue, ainsi que la réparation des préjudices subis. La demande a également été transmise au préfet du Bas-Rhin.
Motions et questions diverses
Enfin, la majorité a déposé une motion consacrée à la protection des enfants contre les violences sexistes et sexuelles. Les écologistes veulent de leur côté interroger la Ville sur l’argent que l’État doit lui verser après la reconnaissance par la justice de la carence de l’État en matière d’hébergement d’urgence. Ils souhaitent notamment savoir comment cette somme sera fléchée et quelles garanties la municipalité entend demander sur le maintien des capacités d’hébergement.
Le groupe Strasbourg insoumise, fière et solidaire déposera également plusieurs textes. Florian Kobryn interpellera Catherine Trautmann sur la hausse des tarifs des musées, les politiques culturelles et les décisions prises autour d’événements de soutien aux Palestiniens. Dans son texte, il cite notamment le refus de location du Palais de la Musique et des Congrès pour un concert-meeting accueillant Médine, ainsi que la polémique autour de la censure d’une couverture du magazine des médiathèques portant la mention « Stop génocide ».
Une deuxième question orale portera sur les buttes de terre installées autour du campement de Krimmeri-Meinau, qui empêchent les sans-abris de poser des tentes. Le groupe LFI défendra par ailleurs une motion sur la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants, avec des demandes portant notamment sur la formation des adultes, l’éducation à la vie affective et relationnelle et l’accompagnement des familles. Enfin, Benjamin Kuntz interpellera la majorité sur les moyens consacrés au sport associatif, les créneaux disponibles et l’état des équipements.
Deux dossiers portés par Nicolas Matt, du groupe de Jean-Philippe Vetter (LR et centristes) seront au menu du conseil municipal du 28 septembre : la sécurisation de la piste cyclable du parc Rotterdam, jugée dangereuse par des habitants, et le projet de retour de la Foire Saint-Jean au Port du Rhin, pour lequel l’élu réclame une concertation avec les riverains.