Publié le 26 avril 2026

8 min

Face aux coupes budgétaires, le bénévolat pilier du secteur culturel

#Actu

Les financements publics destinés aux associations culturelles ont chuté de 42 % entre 2024 et 2025, d’après le baromètre 2025 de l’Observatoire des politiques culturelles. Le travail des bénévoles devient d’autant plus crucial pour les associations du secteur culturel que les subventions publiques se raréfient

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Jade, Charles et Charlène sont bénévoles au FémiGouin’Fest qui propose des ciné-débats, ateliers, expositions et soirées.

Les financements publics destinés aux associations culturelles ont chuté de 42 % entre 2024 et 2025, d’après le baromètre 2025 de l’Observatoire des politiques culturelles. Le travail des bénévoles devient d’autant plus crucial pour les associations du secteur culturel que les subventions publiques se raréfient.

« C’est la troisième année que la Japan se déroule au Parc des expositions. L’événement a triplé de taille, mais pas l’équipe », renseigne Alexandre Bertrand, président de l’association Kakemono Events, qui propose des rencontres autour des jeux-vidéo, de la culture japonaise, et qui organise la Japan (ex Japan Addict) à Strasbourg.

Entre 2024 et 2025, le montant des subventions versé aux associations culturelles a diminué de 42 % , selon le baromètre 2025 de l’Observatoire des politiques culturelles (OPC). La diminution des financements publics touche tout particulièrement le secteur culturel, car il est davantage subventionné que la moyenne associative. En 2018, pour les 32 % d’associations culturelles bénéficiant d’aides publiques, ces subventions représentaient un tiers de leur budget. Cette part est supérieure à la moyenne du secteur associatif, où ces aides ne représentent que 17 % du budget, selon les chiffres 2024 du ministère de la Culture reposant sur une enquête de l’Insee réalisée en 2019.

Un secteur culturel fragilisé

La Région Grand Est a par exemple acté une réduction de 60 % des subventions allouées à l’Agence culturelle Grand Est (ACGE), alors que cet organisme permettait d’accompagner des associations culturelles ou des compagnies d’artistes en création. Elle a également décidé de diminuer le budget 2026 pour la culture d’environ 10 %. Quant à la Collectivité européenne d’Alsace, elle a décidé de réduire son budget de soutien au secteur culturel de 9,3 % par rapport à 2024, soit une disparition de 3 millions d’euros dans l’économie culturelle alsacienne.

Pour le festival Contre-Temps, événement musical strasbourgeois se déroulant en juin, les subventions de la Ville et de la CeA n’ont pas changé depuis 2018 mais les coûts liés aux différents événements ont, eux, bien augmenté. Céline Petrovic, secrétaire de l’association organisatrice, a révélé avoir dû renoncer à certains concerts : cette année, l’habituelle soirée à l’espace Django n’aura pas lieu. « On faisait venir deux groupes, donc tout de suite il y a beaucoup de coûts de déplacement, de logement… », explicite-t-elle.

En France, 14 % des associations culturelles sont employeuses. Mais les associations du domaine culturel reposent plus sur le bénévolat que les autres associations : pour un budget de 10 000 €, le travail bénévole y représente l’équivalent de 4 900€, contre 1 700€ dans l’ensemble du secteur associatif, toujours selon les chiffres du ministère de la Culture.

« On remplit les vides »

« Si l’équipe n’était pas bénévole, le festival n’aurait tout simplement pas lieu, expose Julie, co-créatrice du FémiGouin’Fest – festival lesbien, « transpédégouine » et féministe de Strasbourg. Mais c’est une économie qui permet de créer des espaces culturels qui n’existaient pas auparavant. » Elle souligne l’importance des associations dans la création de lieux faisant vivre la culture ou la contre-culture. Dans une enquête de 2025, l’Observatoire local de la vie associative d’Alsace (OLVA) indique qu’un quart des 11 700 associations actives dans l’Eurométropole de Strasbourg est dédié à des activités culturelles.

« Quand je demande des subventions, on me répond “débrouillez-vous” », développe Alexandre Bertrand de l’association Kakemono Events :

« Nous contribuons au rayonnement de la ville : on en fait prendre des chambres d’hôtel, on en fait tourner des restaus… Si les associations disparaissent, il ne restera que des événements commerciaux, avec des visiteurs qui ont l’impression d’être floués par des billets trop chers et des exposants rackettés. Jusqu’ici on s’est débrouillés mais l’autofinancement est difficile. L’édition 2025 de la Magic Mysteria Night n’a pas fait autant de visiteurs que prévu, et on a eu 150 000€ de pertes. Donc nous faisons des petites prestations et événements pour mettre un peu de sous dans la caisse. « 

15 000 heures de travail

Ce système associatif s’appuie notamment sur du « travail gratuit », note aussi Léa Staraselski, cofondatrice du syndicat Solidaires Asso Alsace (Action des salarié·es du secteur associatif). « C’est intéressant pour faire des économies de faire appel aux associations, ça coûte moins cher, c’est du travail à moindre coût. »

L’association Kakemono Events compte environ 50 bénévoles, personne n’est salarié. « J’avais calculé que le travail produit par nos bénévoles représentait autour de 15 000 heures par an, rappelle son président. C’est énorme, c’est une force économique que nous déployons. » Au Smic, ces 15 000 heures représentent environ 200 000€ de masse salariale.

Signe que les postes bénévoles requièrent un niveau d’exigence proche d’un emploi, Alexandre Bertrand fait passer des entretiens pour « recruter », selon ses termes, de potentiels bénévoles :

« Huit personnes sur dix disent non quand elles prennent conscience des responsabilités et de la quantité de travail. Et une personne sur deux venue à l’entretien renonce finalement à l’engagement bénévole. »

Séance du FémiGouin’Fest 2023, au cinéma du Cosmos.Photo : document remis / FémiGouin’Fest

Au FémiGouin’Fest, personne n’est salarié. Une dizaine de bénévoles s’occupent de la programmation, et une cinquantaine s’engagent lors des dix jours d’événements. L’artiste photographe présente lors du festival était une professionnelle travaillant bénévolement, tout comme les deux ingénieurs sons et lumière s’occupant des festivités. « C’est la première année que nous pouvons payer la graphiste, ajoute Julie. Mais à ce jour, encore beaucoup de personnes bénévoles remplacent des emplois. »

La référente bénévoles du festival, Charlène, a pris une semaine de congés pour assurer ses missions. « J’y suis tout le temps, il y a beaucoup de choses à gérer, et ça peut être très fatiguant », précise-t-elle, en évoquant aussi le stress que le bénévolat peut engendrer :

« Ce n’est pas censé être un travail, mais on dit qu’on se retrouve à la “start-up” pour parler de l’organisation du festival. Donc on reprend le vocabulaire du monde du travail pour en parler. »

« Ça empiète sur la vie »

« C’est un peu comme une addiction, et ça empiète sur la vie », avoue Charles, bénévole de 23 ans au FémiGouin’Fest, mais aussi membre du Fags (Front d’action gay de Strasbourg) et des Footeureuxses, équipe de foot queer de la ville :

« Mes amis ne comprennent pas pourquoi on ne se voit pas. Je mets aussi mes cours au second plan. Je cherche une manière de réguler mon investissement parce que parfois je me sens dépassé. »

C’est aussi une charge mentale à assumer à plein temps. « Je peux me retrouver à finir le travail à minuit. Je bosse en me réveillant, je réponds à des messages au milieu de conversations, je lance une communication pendant une balade au parc… » Alors qu’il admet être au bord du burn-out depuis six mois, le bénévole a donc décidé de prendre des « vacances » et de ne plus s’impliquer dans ces projets associatifs jusqu’en septembre.

La 14e édition de la Japan Addict, lorsqu’elle se déroulait encore au palais des fêtes de Strasbourg.

Alexandre Bertrand, employé dans une entreprise de service numérique, avoue « travailler autant de temps pour mon entreprise que pour l’asso ». Ses trajets du matin, ses pauses déjeuner et ses soirées sont consacrées à des réponses de courriels et rendez-vous en visio pour organiser la Japan. Sa femme, Nadia Ben Moheddine, est aussi bénévole de l’association… tout comme sa mère, et deux de ses enfants. En outre, l’association n’a pas de local alors le local, c’est chez lui. « Ma maison est un chantier. On l’a sacrifiée pour en faire un atelier, y mettre du stockage. Le week-end, on y fait du bricolage, de la construction de décors. Dans ma cuisine, dans mon salon, c’est le bazar. » Il avoue que « c’est une énorme charge, mentalement, physiquement, et financièrement. Il faut avoir les nerfs solides, mais j’aime ce que je fais. »

« On sait pourquoi on fait tout ça »

Selon l’enquête de l’OLVA, un tiers des associations se disent inquiètes ou très inquiètes en ce qui concerne leur avenir. C’est 7 points de plus qu’en 2021. En dépit de sa fragilisation, le secteur associatif culturel peut encore compter sur les volontés individuelles, qui portent à bout de bras événements et initiatives. Alexandre Bertrand parle avec émotion de ses projets, reste confiant malgré les difficultés, et ambitieux sur l’avenir. « Quand on voit les gens heureux pendant nos événements, on sait pourquoi on fait tout ça. Regardez ce qu’on fait avec peu, imaginez ce qu’on peut faire avec plus. »

Par Eva Lelièvre

Publié le 26 avril 2026

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