Publié le 09 août 2026

6 min

En Alsace, des dizaines de rivières polluées aux pesticides, aux métaux et aux hydrocarbures

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Médiacités et Reporterre ont publié une enquête fin juin qui dévoile l’ampleur de la contamination des cours d’eau aux micropolluants en France. Avec son agriculture intensive et ses industries, l’Alsace n’est évidemment pas épargnée.

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La Souffel est particulièrement polluée aux pesticides qui atteignent ensuite la nappe phréatique.

Médiacités et Reporterre ont publié une enquête fin juin qui dévoile l’ampleur de la contamination des cours d’eau aux micropolluants en France. Avec son agriculture intensive et ses industries, l’Alsace n’est évidemment pas épargnée.

Médiacités et Reporterre ont utilisé 7 millions de données publiques pour établir une carte de France de la pollution des rivières. L’enquête, publiée à la fin du mois de juin, expose des points au niveau de chaque station de relevé. Il est possible de cliquer sur chacun d’eux pour se renseigner sur le niveau de pollution à cet endroit. Ces statistiques sont disponibles sur les sites des agences de l’eau. Pour l’Alsace, il s’agit du portail des données de l’agence de l’eau Rhin-Meuse.

Dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, la carte dévoile environ 120 points avec au moins une substance en excès. La densité de stations polluées est importante par rapport à d’autres régions, mais c’est en partie lié au grand nombre de stations de prélèvement. Globalement, toute l’Alsace est concernée, que ce soit la plaine avec des produits issus de l’agriculture ou certaines villes industrielles au pied des Vosges comme Saverne, où l’on retrouve des métaux. Il existe cependant des secteurs plutôt préservés en montagne, en amont des sources de pollution, comme à Stosswihr, Sentheim ou Neuwiller-lès-Saverne.

La carte de France de la pollution des rivières.Photo : Capture d’écran / Médiacités

Point chaud à Mundolsheim

Les journalistes ont compté les dépassements des valeurs réglementaires pour 79 substances. Ils et elles ont considéré qu’un dépassement avait lieu lorsque la concentration d’une molécule dépassait le seuil en moyenne sur toute une année (découvrez la méthodologie détaillée en cliquant ici). Les données utilisées ont été relevées en 2022, 2023 et 2024. Si une seule substance est en concentration trop élevée, la station est marquée par un point jaune.

L’Alsace présente de nombreux dépassements annuels sur les points de relevés.Photo : Capture d’écran / Médiacités

Le point de relevé du ruisseau de l’Ehn à Geispolsheim, dans la banlieue de Strasbourg, illustre une situation classique en Alsace. Il apparaît en orange puisque quatre substances (entre 2 et 5) ont dépassé la valeur limite en 2022, 2023 ou 2024 : le benzo(a)pyrène, l’arsenic, le zinc et le cuivre. Le benzo(a)pyrène est un hydrocarbure issu des combustions, donc notamment des pots d’échappement des voitures. L’arsenic, le zinc et le cuivre sont des métaux qui peuvent provenir de nombreuses activités humaines dont l’agriculture.

Les points rouges, comme à Innenheim, Brunstatt ou Drusenheim désignent des stations où entre 6 et 10 substances ont dépassé les valeurs réglementaires. Et les points noirs correspondent aux stations avec plus de 10 dépassements. L’Alsace en compte deux, avec 11 dépassements chacun, sur la rivière de la Souffel au niveau de Mundolsheim, dans la deuxième couronne de l’agglomération de Strasbourg.

Métaux partout

Rue89 Strasbourg avait publié un reportage en octobre 2021 sur ce cours d’eau particulièrement pollué qui passe notamment par le Kochersberg, vaste zone agricole au nord-ouest de la capitale alsacienne. À Mundolsheim, on y trouve notamment en excès l’insecticide dichlorvos ou les herbicides métolachlore (théoriquement plus utilisé), métazachlore et diflufenicanil. Les scientifiques détectent aussi des métaux comme l’arsenic, le vanadium et le zinc et même un médicament contre la douleur : le diclofénac.

L’agriculture intensive prédomine toujours en Alsace.Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Sans surprise, le PFOS, un polluant éternel cancérogène probable, dépasse régulièrement les normes en Alsace, surtout dans des zones industrialisées. On en trouve beaucoup près des stations d’épuration, car il a longtemps été présent dans les produits du quotidien. Ainsi, en aval de la centrale d’assainissement de Colmar dans l’Ill, ou de celle de Ribeauvillée dans la Fecht, le PFOS dépasse les normes.

Globalement, outre les zones agricoles où des pesticides sont souvent repérés, la pollution mesurée est largement causée par les métaux et les hydrocarbures. L’Alsace présente un réseau routier dense. En plus des moteurs thermiques, ces molécules peuvent provenir des voitures, mais également des cheminées des usines et des particuliers. Elles sont ensuite, comme les intrants agricoles et les autres polluants, amenées vers les rivières par les eaux de pluie. Et ces rivières communiquent avec la nappe phréatique, notre réserve en eau potable, où les concentrations en produits chimiques dépassent souvent les normes.

L’effet cumulé de l’agriculture et de la circulation automobile pollue fortement les cours d’eau.Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Santé menacée

Ces éléments ont des impacts sur la santé publique et détruisent l’environnement. On peut citer le benzo(a)pyrène qui est un « cancérogène certain » pour l’être humain. L’herbicide diflufenicanil, repéré dans de multiples villages en Alsace (Mundolsheim, Schweighouse, Steinbourg, Guémar, Wolfersdorf…) est particulièrement toxique pour les milieux aquatiques. Les métaux comme l’arsenic et le cuivre ont de nombreux effets néfastes sur l’organisme.

Médiacités et Reporterre rappellent les difficultés pour évaluer l’effet cocktail, c’est-à-dire l’impact de ces molécules lorsqu’elles agissent ensemble. « Il y a de gros débats actuellement pour faire entrer cette notion dans la définition des seuils », explique Arnaud Chaumot à nos confrères. Ce directeur de recherche au laboratoire d’écotoxicologie de l’Inrae précise que le phénomène est difficile à estimer : « On a parfois des mélanges très diversifiés et on ne peut pas regarder toutes les interactions entre toutes les molécules, la possibilité de combinaison est folle. » Par contre, le lien entre des maladies neurodégénératives ou des cancers et l’agriculture est de plus en plus documenté.

À noter que les relevés réalisés sur les rivières en France ne concernent que quelques centaines de molécules, alors que plus de 110 000 substances sont recensées par la réglementation européenne. Médiacités et Reporterre soulignent que le réchauffement climatique aggrave la pollution des eaux de surface à cause de la sécheresse. Les rivières ont une moins bonne capacité de dilution. Et en même temps, l’augmentation de la fréquence des grandes crues amènera davantage de molécules dans les cours d’eau à cause du ruissellement.

Par endroits, le syndicat des eaux (SDEA) soutient des cultures sans intrants comme la luzerne.Photo : Magali Kraemer / SDEA

Les actions des pouvoirs publics restent encore trop anecdotiques pour permettre une mutation d’ampleur des pratiques agricoles. Les partis de gauche et la Confédération paysanne demandent depuis plusieurs années un « nouveau cap » avec une évolution de la Politique agricole commune (PAC) européenne, qui soutient encore massivement les cultures intensives et trop peu l’agroécologie.

Par Thibault Vetter

Publié le 09 août 2026

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