Un street-medic comparaissait ce vendredi 9 octobre au tribunal pour des jets de projectiles.
Vendredi 9 octobre, un secouriste de rue de 18 ans a comparu pour violence sur un fonctionnaire dépositaire de l’autorité publique. Face au flou du dossier, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 26 novembre.
À peine la porte ouverte par l’huissier audiencier, une vingtaine de visages juvéniles s’engouffre dans la salle d’audience, donnant à la salle 101 du tribunal de Strasbourg des airs de salle de classe. Ce vendredi 9 octobre, ils étaient une trentaine a être venus soutenir leur camarade de lutte, qui comparaissait pour violence sur un fonctionnaire de police lors de la journée de mobilisation lycéenne du 6 octobre.
« Au début, tout se passait bien, on suivait le trajet, retrace Ali M., depuis les marches du tribunal. Et puis c’est parti en manif sauvage et les street-medics ont suivi. » Avec son brevet de premier secours, Ali a rejoint l’équipe des secouristes de rue dans la foulée des manifestations lycéennes, « choqué par la répression de ces manifestations ». « Lorsqu’il a été interpellé, il avait toute la panoplie du street-medic : sérum physiologique, etc. », égrène Maître Alexis Galand son avocat.
En tout, son client passera 53 heures de garde à vue, le maximum règlementaire de 48 heures et cinq heures supplémentaires dans l’attente de passer devant le juge des libertés. « Ça a été un moment éprouvant, j’ai été traité comme un criminel », raconte-t-il, évoquant les insultes à son égard entendues depuis sa cellule.
« Les preuves sont bien minces »
Lorsque le jeune homme traverse la salle d’audience, des sourires brouillés par l’incongruité de la situation peinent à être refrénés. Ali comparaît alors que « les preuves sont bien minces » et que « les témoignages des policiers se contredisent », lance Me Alexis Galand. Il détaille : « Il n’y a qu’un seul policier qui l’identifie comme étant l’auteur des jets de projectiles, l’exploitation des vidéos de surveillance sur les lieux, les images des drones et celles des caméras embarquées n’ont rien donné. Il n’y a rien. »
« Initialement, on l’avait accusé d’avoir blessé un policier en lui jetant un pavé », grince l’avocat, raison pour laquelle le jeune homme a été placé en détention. Le policier avait été blessé à la tête par un jet de pierre. « Mais la victime n’a pas vu qui a jeté le pavé », souffle Me Alexis Galand. Ali comparaît finalement poursuivi pour avoir lancé deux projectiles, mais rien concernant la blessure du policier.
« On ne comprend pas très bien le PV (procès verbal, NDLR) qui a été dressé », cingle d’emblée Christophe Deshayes, le président, avant d’évoquer les trois policiers présents lors de l’interpellation d’Ali : « J’ai une difficulté dans ce dossier, c’est que Stéphane B. n’a pas été auditionné, Madame F., on ne sait pas de qui elle parle, et la procédure repose sur M., dont la défense demande un contre interrogatoire. » Représentant le ministère public, Stéphane Renard appuie : « J’ai moi-même du le relire deux ou trois fois pour comprendre. » L’affaire du jeune street-medic a finalement été renvoyée au 26 novembre 2026.
Dans l’attente de son procès, a été décidé le maintient de son contrôle judiciaire, comprenant notamment l’interdiction de participer à une manifestation de rue. « Et si je passe par là ? » Interroge Ali, arguant que depuis le début des mobilisations lycéennes, le centre-ville est régulièrement traversé par des manifestations non déclarées. « Faites un gros détour », lui conseille le président, précisant que seul le juge des libertés peut décider de la révocation d’un contrôle judiciaire.
Une décision que regrette Me Alexis Galand, qui contestait le renvoi de l’affaire : « On lui interdit de manifester sur une période longue, les faits sont très sérieusement contestés et Monsieur n’a commis aucune violence, ça s’est vu. Il a quand même le droit d’exprimer ses opinions. »