Publié le 26 mars 2026

6 min

Cohabitation entre Lyon et la Métropole : la fin des grands projets des écolos ?

#Écologie #Pouvoirs

La « remontada » sur le fil de Grégory Doucet à Lyon et la victoire de l’alliance de la droite et du centre à la Métropole laissent envisager un mandat à venir compliqué. Avec la cohabitation entre les deux collectivités, qu’en sera-t-il des grands projets lancés par les écologistes ?

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La droite et les écolos vont devoir cohabiter pour sept ans.

La « remontada » sur le fil de Grégory Doucet à Lyon et la victoire de l’alliance de la droite et du centre à la Métropole laissent envisager un mandat à venir compliqué. Avec la cohabitation entre les deux collectivités, qu’en sera-t-il des grands projets lancés par les écologistes ?

La question de la gouvernance de Lyon va animer le septennat à venir. Si les écologistes gardent la Ville d’une petite longueur d’avance, l’union de la droite et du centre obtient la majorité absolue au conseil métropolitain.

Transports, projet Rive droite, Voies lyonnaises, encadrement des loyers… La Métropole aura-t-elle le dernier mot ? Tour d’horizon des chantiers en cours – et en projet – qui seront disputés.

Toute-puissance de la Métropole ?

« La Métropole a les moyens d’imposer beaucoup de choses », confiait à chaud Sébastien Michel, maire (LR) d’Écully et conseiller métropolitain, allié à Cœur lyonnais. Depuis la loi MAPTAM de 2014, elle concentre les principales compétences issues de la décentralisation, notamment les prérogatives du département. Un cas unique en France.

Côté budget, elle dispose de quatre milliards d’euros pour gérer le développement économique, la voirie ou l’action sociale. À titre de comparaison, c’est moins de 1,2 milliard pour la ville de Lyon.

De son côté, Véronique Sarselli, pressentie pour devenir la future présidente de la collectivité, a assuré qu’elle discuterait avec tous les maires. Car même si la Métropole concentre une grosse partie du budget et des compétences, elle n’aura pas complètement les coudées franches, alors que les quatre principales villes de l’agglomération (Lyon et les « 3 V ») sont dirigées par la gauche.

À Lyon, des grands projets d’aménagement en suspens

Commençons par les transports. Avenue des Frères-Lumières, relance du métro E, Voies lyonnaises… La future présidente de la métropole sera en mesure de concurrencer la ville sur de nombreux dossiers clefs. Certains projets déjà actés pourraient même se retrouver aux oubliettes.

C’est notamment le cas du tramway express de l’Ouest lyonnais (TEOL), porté par l’ex-président écologiste Bruno Bernard. La potentielle future locatrice de l’Hôtel de métropole entend l’enterrer au profit d’un métro E à 5 milliards d’euros.

« La déclaration d’utilité publique était prête, les travaux allaient commencer », se désole Vincent Monot, futur ex-vice-président du Sytral, « abandonner le TEOL revient à jeter des millions d’euros d’investissement, d’étude et d’audit à la poubelle ». Reste que les grandes orientations programmatiques des écolos et de Grand cœur lyonnais vont se bousculer, et pas que sur les rails.

Entre le projet de méga-tunnel défendu par Cœur Lyonnais, l‘aménagement de la rive droite du Rhône porté par les écologistes et la Zone à trafic limitée (ZTL), la Presqu’île pourrait bien devenir l’un des champs de bataille politique de cette cohabitation.

Dans le centre de Lyon, Véronique Sarselli souhaite aussi rouvrir certaines voies aux voitures. Au cœur des controverses, la rue Grenette. En mai 2024, elle a été fermée aux automobilistes pour l’usage exclusif de transports en commun. « En plus de la congestion des lignes de bus, des arbres sont déjà plantés, vont-ils les déraciner ? » s’agace Vincent Monot.

Les aménagements urbains achevés par les écologistes sont aussi attaqués avenue Rockefeller (Lyon 8ᵉ). « Cœur lyonnais souhaite rouvrir une voie lyonnaise aux voitures alors que le maire de Lyon, du 8ᵉ, et du 3ᵉ arrondissement sont contre, vont-ils passer en force ? » s’inquiète l’écologiste.

La ville aura-t-elle pour autant les mains liées ? « Certes, il y a un risque d’absence de dialogue, mais la métropole ne pourra pas faire sans la ville de Lyon, le maire garde une voie prépondérante pour défendre notre vision », tempère l’ex-vice-président Sytral.

Habitat et action sociale : « la Ville aura les mains liées »

« Sur des sujets clefs, la défaite de Bruno Bernard m’inquiète », soupirait Cédric Van Styvandael au soir du second tour. « Même une commune comme Villeurbanne ne peut pas tout faire sans une métropole qui porte la justice sociale », a ajouté le maire fraîchement réélu à la préfecture en réaction à sa réélection dimanche 15 mars.

Avec 738,5 millions d’euros destinés aux solidarités et à l’habitat, le budget social de la Métropole demeure son premier pôle de dépense. Pas de quoi rassurer Pauline, cheffe de programme dans une coopérative de logement social.

« Sainte-Foy-lès-Lyon a une énorme carence de logements sociaux », se désespère-t-elle. « Véronique Sarselli [maire de la commune, Ndlr] paie chaque année la plus grosse amende des communes de la métropole… Ça annonce la couleur », tacle Pauline. En 2023, la maire a dû s’acquitter d’une amende de 780 000 euros pour non-respect de la loi SRU (Solidarité renouvellement urbain).

Le logement social se situe au carrefour des pouvoirs municipaux et métropolitains : « In fine, les permis de construire sont délivrés par la mairie centrale, mais la Métropole fixe les règles : Plan local d’urbanisme (PLU), secteurs de mixité sociale, gestion des eaux. S’il y a des doubles discours, ça va créer des blocages », détaille Pauline.

« Il y aura un combat politique entre la ville et la métropole »

Autre sujet de clivage lors de la campagne, le dispositif de l’encadrement des loyers. Jean-Michel Aulas avait appelé à les « désencadrer » et arrêter cette mesure. « Derrière les annonces, le mécanisme n’est pas menacé jusqu’à novembre 2026 », rassure Antoine Launois, d’Asso BAIL.

« C’est une compétence de fait de la Métropole, qui subventionne l’observatoire local des loyers, instruit les recours pour la préfecture, et héberge le simulateur en ligne », explique-t-il. Pourtant, ce dispositif qui s’applique à Lyon et Villeurbanne a été « largement plébiscité par les électeurs au regard des résultats », avance-t-il.

De quoi faire rejaillir le débat sur la répartition des compétences entre les deux collectivités. Le 9 décembre 2025, une proposition de loi a été déposée pour prolonger et élargir l’application du dispositif.

Portée par la députée écologiste Danielle Simonnet, la proposition tient aussi à transférer au maire la responsabilité du mécanisme « afin de protéger l’encadrement des loyers d’une évolution législative », précise Antoine Launois. La mesure pourrait se maintenir sur Lyon et Villeurbanne, donc.

Mais, l’extension du dispositif à huit autre comunes voulu par le candidat Bruno Bernard (Caluire-et-Cuire, Vénissieux, Oullins-Pierre-Bénite, Saint-Genis-Laval, Bron, Saint-Fons, Sainte-Foy-lès-Lyon et Tassin-la-Demi-Lune) devrait, vraisemblablement, tomber aux oubliettes.

Par Valentin Meunier

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