Publié le 25 juillet 2026

6 min

Un « orage de feu » jamais vu en France a contraint à évacuer une partie de l’agglo de Bordeaux

#Actu

Lors de l’incendie en cours en Gironde, un phénomène inédit de pyrocumulonimbus, capable de générer des éclairs, a été observé pour la première fois en France, vendredi en fin de journée. Alors que le feu était poussé vers la métropole bordelaise, cela a contraint les autorités à faire évacuer 57000 personnes de 8 communes de l’agglo.

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Le pyrocumulonimbus à Saumos (SDIS 33)

Lors de l’incendie en cours en Gironde, un phénomène inédit de pyrocumulonimbus, capable de générer des éclairs, a été observé pour la première fois en France, vendredi en fin de journée. Alors que le feu était poussé vers la métropole bordelaise, cela a contraint les autorités à faire évacuer 57000 personnes de 8 communes de l’agglo.

Vendredi vers 17h, « l’incendie a changé de nature » a déclaré la préfète de la Gironde Sophie Brocas, ce samedi 24 juillet lors d’un point presse. Il a généré un « phénomène jusqu’à présent inconnu en France, un pyrocumulonimbus, ou orage de feu », obligeant à réorienter les secours vers la métropole de Bordeaux, où le feu se dirigeait.

« Jusqu’à 17h45, les conditions étaient très sévères et défavorables, mais on restait dans un schéma d’incendie classique tel que nous le connaissions, explique Marc Vermeulen, contrôleur général du SDIS de Gironde. Puis le feu est passé en phase convective, avec une base de 20 kilomètres. A 18h20, on a observé que le pyrocumulus (nuage de feu) était en train de se transformer en pyrocumulonimbus, amené à générer des éclairs en amont de son arrivée, et à provoquer des attaques de braises. »

En raison de « la difficulté à localiser cet orage de feu, dont on ne connait pas la vitesse de propagation », les autorités ont décidé d’ordonner dans la nuit, via la FR-Alert, l’évacuation rapide de plusieurs communes de l’ouest de l’agglomération bordelaise, jusqu’à la rocade.

Le feu a à ce jour brûlé 32700 hectares (et non 40000 comme annoncé précédemment), soit autant en 3 jours que les incendies de la Teste et de Landiras à l’été 2022. Il a détruit 140 maisons.

La carte de la zone incendiée par la préfecture de la Gironde

Pas de retour des évacués pour l’instant

Ce samedi, à la faveur d’une baisse des températures et d’une augmentation de l’humidité, l’incendie a retrouvé une configuration plus classique, selon Marc Vermeulen.

« Mais s’il a perdu de sa virulence, le feu reste dangereux et a changé de sens, et se dirige vers le nord », ajoute Sophie Brocas.

Si des moyens ont donc été déployés pour la défense de Sainte-Hélène et Lacanau, la métropole est sous surveillance étroite car « il est possible que le feu change à nouveau de sens, avec une nouvelle progression vers la métropole », poursuit la préfète.

La préfète a ainsi écarté tout retour rapide des personnes évacuées. « On ne rentrera chez soi que lorsque le feu sera fixé », a-t-elle insisté. Depuis mercredi, 167 000 personnes ont été évacuées de manière préventive, dont 57 000 dans la seule nuit de vendredi à samedi, sur les communes de Saint-Aubin-de-Médoc, Saint-Médard-en-Jalles, Martignas-sur-Jalle, Saint-Jean-d’Illac, Audenge, Le Haillan, Eysines et Mérignac. Celles sans solution d’hébergement ont été orientées vers le Parc des expositions de Bordeaux, qui accueille à l’heure où nous écrivons ces lignes 5000 à 6000 personnes.

La préfecture recherche cependant des solutions d’hébergement plus durables. Internats, centres sportifs et autres bâtiments publics sont en cours de recensement pour accueillir les habitants contraints de quitter leur logement pendant plusieurs jours.

Des moyens exceptionnels

L’ensemble des moyens nationaux continue d’affluer. Au total, 1400 sapeurs-pompiers sont désormais engagés sur le terrain, contre 750 annoncés à la mi-journée, épaulés par 18 moyens aériens, 1700 policiers et gendarmes, 1000 militaires, dont 500 déjà déployés, ainsi que 24 équipes du Service de santé des armées.

L’armée de l’Air a également engagé pour la première fois un A400M dans la lutte contre un incendie de forêt. L’appareil a effectué des largages de retardant (produit chimique pour ralentir la propagation de l’incendie en réduisant l’inflammabilité de la végétation) afin de renforcer les barrières de protection autour du front de flammes.

Des travaux de terrassement et de génie sont aussi réalisés autour de sites sensibles aux abords de la métropole, afin de réaliser des pare-feux qui doivent être terminés en fin journée. 11 installations classées sont ainsi recensées dont 6 Seveso, certaines contenant des produits impossibles à évacuer, dont des missiles chez Ariane Group.

La préfète a par ailleurs lancé un appel aux agriculteurs volontaires. Leur soutien est jugé précieux pour alimenter les engins des pompiers avec leurs citernes à eau, mais les autorités demandent que ces interventions soient coordonnées par la Chambre d’agriculture afin d’éviter toute mise en danger ou toute gêne des opérations de secours.

L’avion de transport militaire A400M de l’Armée de l’Air française effectuant son tout premier largage ce samedi près de Lacanau Photo : Sécurité civile française

« Les troupes sont fatiguées »

De son côté, le bilan humain reste inchangé. 54 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont neuf ont dû être évacués vers un établissement hospitalier. Tous sont en urgence relative. Aucune victime n’est à déplorer parmi la population ni parmi les forces de sécurité.

Marc Vermeulen a toutefois rendu hommage à des équipes éprouvées par plusieurs semaines d’interventions et par la disparition, mardi, de deux sapeurs-pompiers girondins luttant contre un feu à Mérignac. « Les troupes sont fatiguées », a-t-il reconnu, tout en saluant leur engagement.

L’Agence régionale de santé appelle de son côté à la vigilance. Elle recommande de ne pas aérer son logement lorsque les fumées sont présentes et invite les personnes souffrant de pathologies respiratoires à porter un masque FFP2. Au total, 2,5 millions de masques FFP2 sont en cours d’acheminement vers les pharmacies, les établissements de santé et les professionnels médicaux de Nouvelle-Aquitaine.

Selon Atmo Nouvelle-Aquitaine, les incendies en cours en Gironde et dans les Landes provoquent une dégradation de la qualité de l’air, avec une hausse des concentrations en particules fines PM₁₀ et PM₂,₅. Un épisode de pollution aux PM₁₀ a été identifié. Ces particules issues de la combustion peuvent irriter les voies respiratoires et aggraver les symptômes chez les personnes sensibles. Atmo recommande de limiter les efforts physiques en extérieur et d’éviter une exposition prolongée aux fumées, particulièrement pour les personnes vulnérables.

Par La Rédaction

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