Publié le 08 mai 2026

6 min

Près de Lyon, des fermes reconstruisent une filière locale de laine paysanne

#Actu

En mutualisant la tonte, les coûts de transport, les risques et les savoir-faire, Bêle redonne vie à la laine dans les Monts du Lyonnais, de la brebis aux produits finis. L’association rhodanienne participe, à son échelle, à la relance d’une filière nationale qui s’est effondrée au fil du XXème siècle.

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Une partie des membres de Bêle lors d’un chantier de tonte, le 20 avril à Saint-Clément-les-Places (Rhône). ©LMB/Rue89Lyon

En mutualisant la tonte, les coûts de transport, les risques et les savoir-faire, Bêle redonne vie à la laine dans les Monts du Lyonnais, de la brebis aux produits finis. L’association rhodanienne participe, à son échelle, à la relance d’une filière nationale qui s’est effondrée au fil du XXème siècle.

« Une journée de tonte, c’est aussi physique qu’un semi-marathon », lâche Aubane pendant sa pause déjeuner. En une matinée, elle et ses bras musclés ont tondu la laine d’une soixantaine de brebis du troupeau de Benoît et Murielle. Le couple est installé à Saint-Clément-les-Places, dans les monts du Lyonnais. Le savoir-faire de tondeur d’Aubane — elle n’apprécie pas les mots tondresse et tondeuse — est vital au projet de Bêle

tonte laine
Aubane en pleine tonte, lors d’un chantier de tonte de l’association Bêle à Saint-Clément-les-Places.Photo : LMB/Rue89Lyon

Cette jeune association créée fin 2024 réunit 11 fermes ovines des Monts du Lyonnais et du Beaujolais. Mais aussi, et c’est l’une de ses forces, des commerçants qui utilisent de la laine dans leurs produits. Ensemble, elles et ils tentent de structurer une filière locale de laine durable, afin de redonner de la valeur à une ressource longtemps délaissée. 

En effet, jusqu’aux années 70, la France était un des leaders européens en matière d’industrie textile, selon un rapport de 2023 du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Les unités industrielles offraient un débouché à la production française de laine. Mais le remplacement de la fibre de laine par des fibres synthétiques a progressivement fait disparaître ces marchés.

La pandémie de Covid-19 a donné le coup de grâce en stoppant les exportations de laine vers la Chine, principal pays importateur de cette matière première. Mais, dans ce même rapport, le CGAAER émet des recommandations pour encourager de nouvelles voies de valorisation de la laine. C’est dans ce contexte de timide renouveau de la filière que Bêle a vu le jour.

Une journée au milieu des bêles brebis

« C’est super beau. On dirait des nuages », s’extasie Laurence en glissant la main dans une toison de laine fraîchement tondue. Sur la table de tri, l’éleveuse installée à Longessaigne veille à enlever la paille et le jarre. Cette fibre, plus dure que la laine, protège les moutons des intempéries. « Mais c’est aussi souvent le jarre qui gratte », précise Emilie, animatrice lainière au sein de l’association et spécialiste de cette matière.  

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Une fois tondue, la laine est triée pour enlever le jarre et les débris végétaux.Photo : LMB/Rue89Lyon

En cette journée d’avril, Aubane, Laurence et Emilie se retrouvent dans la bergerie de Benoît et Murielle pour un chantier de tonte. C’est un moment fort pour l’association. D’autres membres de Bêle sont là pour quelques heures ou la journée. Les discussions se font au milieu d’une multitude de bêlements, plus ou moins aigus.

Tondre, trier et tasser la laine

Tout ce beau monde n’est pas de trop pour collecter la laine. Il faut attraper les brebis, les tondre une par une, récupérer la toison au sol, la nettoyer sur la table et tasser la laine dans les porte-curons avec les pieds. Un peu comme on presse le raisin en vendanges. La laine du jour — environ 300 kg, à raison de 2 kg de laine en moyenne par brebis — servira à rembourrer les Écocottes de Ninon, la créatrice lyonnaise de cette couveuse culinaire inspirée de la marmite norvégienne. 

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Ninon tasse la laine qui servira à rembourrer ses Ecocottes dans le porte-curons.Photo : LMB/Rue89Lyon

En effet, parmi ses nombreuses propriétés, la laine est un bon isolant thermique. C’est aussi un absorbant phonique. De quoi motiver trois ingénieur·es diplômé·es de l’INSA Lyon à créer Moumoute, une start-up ayant récemment rejoint Bêle.

Elle produit des panneaux acoustiques, utiles contre la réverbération du son. Ses premiers clients sont des restaurants ou des crèches. « On voulait donner du sens à notre travail d’ingénieur », résume Noé, venu prendre des photos du chantier de tonte. 

L’enjeu pour Bêle n’est plus d’agréger des fermes mais de passer à l’étape d’après : trouver de nouveaux débouchés afin d’écouler toute cette matière première valorisable. Grâce à la mutualisation des coûts de tonte, de transport et de lavage, la laine de ces fermes du Rhône et de la Loire redevient un levier économique plutôt qu’un déchet.

La laine de Bêle récompensée par la Fondation Terre Solidaire

Certaines éleveuses effectuent d’ailleurs des tests afin de diversifier leurs étals ou leur catalogue. Laurence fait faire des tapis, Aubane vient de recevoir ses premiers pulls à manches courtes, Violaine est partie sur des semelles et des chaussons…

Quant à Murielle, la plus expérimentée en raison de son passé dans la création textile, elle crée des luminaires pour mettre en avant « les qualités apaisantes et réconfortantes de la laine ». Son atelier est à deux pas de la bergerie où ses brebis se font tondre. Impossible de faire plus local. 

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Murielle crée des luminaires à partir de la laine de sa ferme.Photo : LMB/Rue89Lyon

« Aujourd’hui, la laine qui intéresse le plus, c’est la mérinos », reprend Emilie, l’animatrice lainière. On en trouve dans les vêtements techniques. Or, cette race n’est pas du tout adaptée aux terrains et au climat des monts du Lyonnais. Elle est même peu présente en France. « Nous cherchons donc à créer une filière à partir des caractéristiques de notre territoire », renchérit-elle.

L’initiative a tapé dans l’œil de la Fondation Terre Solidaire. Pour la cinquième édition de son prix « Ils changent le monde », qui vise à révéler des démarches innovantes et durables, la fondation a récompensé le projet de Bêle parmi 134 candidatures. L’association vient de remporter 20 000 euros et un accompagnement d’un an par la fondation. « C’est un peu vertigineux, mais on est super contentes », sourit Emilie. À entendre leurs bêlements, les brebis fraîchement tondues semblent ravies, elles aussi.

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