Une des chambres du CRA de Bordeaux (SB/Rue89 Bordeaux)
Le rapport 2025 des centres et locaux de rétention administrative est le dernier à Bordeaux de la Cimade. Elle refuse d’assurer des permanences juridiques dans le CRA de Mérignac qui ouvrira en septembre. L’association clôture son activité sur un sombre bilan pour les personnes retenues au sous-sol du commissariat de Mériadeck.
En septembre prochain, le centre de rétention administrative de Bordeaux, le plus petit de France (20 places) et l’un des plus décriés, fermera ses portes pour laisser place à un des établissements les plus grands du pays – il pourra recevoir 140 retenus -, à Mérignac.
Seule association habilitée à tenir une permanence sur place, dans le sous-sol du commissariat de police de Bordeaux, la Cimade ne répondra pas au marché public pour assurer ce service dans la futur CRA.
« Nous militons pour la fermeture de tous les CRA, nous n’allons pas postuler dans un centre 2.0 encore plus carcéralisé, avec encore plus d’obstacles effectifs aux droits des personnes retenues », justifie Marine Goergis, intervenante juridique au centre de Bordeaux.
Une durée d’enfermement supérieure à la moyenne
C’est donc « la dernière conférence de presse à Bordeaux en tant qu’intervenante au CRA » que celle-ci a assuré ce jeudi 4 juin dans les locaux de l’association, afin de présenter le rapport 2025 des centres et locaux de rétention administrative.
Celui-ci dresse le constat d’une « dégradation des conditions de rétention », en France et particulièrement à Bordeaux : outre la situation matérielle (promiscuité, absence de lumière du jour…), la durée moyenne d’enfermement y a fait « un énorme bond », passant de 27 jours en 2024 à 38 jours l’an dernier, quand la moyenne nationale est de 33 jours (15 jours en 2018).
« Cette durée est même de 47 jours pour les Algériens, qui représentent la majorité des personnes enfermées au CRA de Bordeaux, poursuit Marine Georgis. La préfecture continue à les placer en rétention et les juges à valider celle-ci alors qu’ils n’ont pas de perspective d’expulsion. » [NDLR : en raison du refus de l’Algérie d’accueillir ses ressortissants expulsés]
Le résultat est « absurde », selon l’employée de la Cimade :
« C’est une injustice énorme de faire parfois jusqu’à 90 jours de rétention, la durée maximale, alors qu’ils n’ont pas commis de crime ou de délit, et n’ont juste pas les bons papiers ».
Menaces max
Sur les 184 personnes enfermées l’an dernier au CRA de Bordeaux (contre 239 en 2024), 21,8% ont été libérées à expiration de ce délai, et 32,4% sur décision judiciaire, contre 51% en 2024. Une « nette baisse du fait de l’introduction de la notion de menace pour l’ordre public » par la loi du 26 janvier 2024.
« Mais cette menace n’a pas de notion juridique, et peut aller de l’infraction routière au vol d’un sandwich car la personne mourrait de faim, en passant par une simple garde à vue, fustige Marine Georgis. En outre, nombre de personnes placées souffrent de troubles psychiatriques. Or il n’y a pas de psy au CRA de Bordeaux. Des personnes schizophréniques sans traitement vont évidement décompenser, en agresser d’autres, et partir en prison. C’est ce qu’on appelle le continuum de l’enfermement. On parle de menaces alors qu’il s’agit de personnes malades qui n’ont pas de traitement. »

« Seulement » un tiers des personnes retenues à Mériadeck en 2025 ont finalement été expulsées de France. E parfois au mépris de la loi, déplore Marine Georgis. Elle cite le cas d’un réfugié chinois, d’une minorité mongole, dont le tribunal administratif avait annulé les décisions de la préfecture de le renvoyer en Chine, puis de l’expulser en Mongolie, alors que cette personne, en France depuis 2012, ne possède pas la nationalité mongole…
« Son expulsion a finalement été organisée le lundi de Pâques, empêchant cet homme de contacter toute personne susceptible de faire cesser cette mesure illégale », relève la Cimade.
« Un outil de com’ politique »
Néanmoins, ce nombre d’expulsions est en baisse drastique : 48 personnes éloignées après leur passage par le CRA de Bordeaux, contre 80 l’an dernier.
« Il est donc faux de dire qu’on a besoin de plus de CRA puisque le nombre de personnes enfermées et expulsées a diminué de façon significative, souligne Mathilde Robert, du pôle national de la Cimade. La rétention administrative est détournée de son objectif de manière assumée par l’administration. Sont enfermées les personnes jugées indésirables, sous OQTF, qui présenteraient un danger, et ce au détriment des perspectives réelles d’éloignement. »
Pour cette avocate, « la rétention est devenue un outil de com’ politique, qui tient le discours sécuritaire et xénophobe reliant immigration et délinquance ».
