Des milliers de personnes se sont mobilisées à Bordeaux pour rendre hommage à Lyhanna. (MM/Rue89 Bordeaux)
Un hommage à Lyhanna a été rendu, Parvis des Droits de l’Homme à Bordeaux. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour dénoncer les manquements à la protection des enfants et des violences sexuelles. Parmi elles, des femmes que le meurtre de la jeune fille a poussé dans la rue, et à témoigner d’agressions qu’elles ont subi.
Une foule compacte, des pancartes levées où l’on pouvait lire « Protégez nos enfants ! » ou « Encore combien de victimes ? ». Mardi 8 juin, environ 3 000 personnes se sont rassemblées sur le Parvis des Droits de l’Homme, face au tribunal judiciaire de Bordeaux, en hommage à Lyhanna.
Les manifestant·es, majoritairement des femmes, sont venues exprimer leur émotion, mais aussi leur « colère » après la mort de cette collégienne de 11 ans, retrouvée sans vie après plusieurs jours de recherches. Soupçonné de l’enlèvement de la jeune fille, Jérôme Barella avait fait l’objet de trois procédures pour viols ou agressions sexuelles au cours des années précédentes.
À l’appel du Collectif Enfantiste et de Mouv’enfant, les participantes ont également voulu dénoncer le silence entourant « tous les enfants qui n’ont pas été crus, entendus, protégés ». « Nous sommes en colère contre la Justice, la Police et l’Etat », scande le Collectif Enfantiste.
160 000 enfants victimes chaque année
Selon la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles. Le Planning familial de Gironde rappelle que l’État français a été condamné, le 24 avril 2025, par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour des défaillances dans la protection de mineures ayant porté plainte pour viol.

« La protection des enfants est un échec collectif », dénonce le Collectif Enfantiste, « 66 % des professionnelles ne signalent pas. [En 2018], 73 % des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite. La parole de l’enfant ne compte pas », poursuit sa représentante. Lundi 8 juin, Gérald Darmanin a ordonné aux procureurs généraux de France de passer en revue les 70000 plaintes actuellement en cours d’instruction pour vérifier que certaines ne sont pas en souffrance.
« Croire un enfant peut lui sauver la vie »
Après une minute de silence et plusieurs prises de parole d’associations et de collectifs, une « minute de colère » a été observée. Pendant 60 secondes, la foule a hué, crié, frappé dans ses mains ou levé le poing.
« Quand un dysfonctionnement n’est plus exceptionnel et devient la norme, on parle de système. Un système solide qui méprise l’enfance, hautement et dangereusement adultiste », affirme le collectif.
Il réclame l’adoption d’une loi intégrale destinée à mieux protéger les femmes et les enfants. Parmi les 140 mesures proposées : une formation obligatoire et continue pour tous les professionnels de l’enfance et les soignants, un recrutement plus rigoureux des personnes au contact des enfants, la suspension immédiate des agresseurs présumés, la création d’une spécialisation d’avocat des enfants, la formation des juges aux violences sexuelles sur mineurs, l’imprescriptibilité des viols sur enfants…
« L’enfant n’est jamais un menteur ou une menteuse. Croire un enfant peut lui sauver la vie », lance le collectif.

Une proposition de loi de 79 articles sur la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants a été déposée fin 2025 par une centaine de députés, mais elle n’a jamais été examinée. Suite aux 150 rassemblements en France et à l’émotion générale, Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, demande au président de l’inscrire à l’ordre du jour de la session extraordinaire de juillet ou de septembre.
« Lyhanna c’était la fois de trop »
Le rassemblement aura aussi fait naître une forme de sororité et libéré la parole. Plusieurs victimes ont échangé entre elles, parfois pour la première fois. Marie, 48 ans, a beaucoup hésité avant de se rendre à cet hommage. Placée à la DDAS à ses 5 ans, dans une famille d’accueil, elle fait partie de ces enfants jamais entendu ni protégé :
« J’ai été violée dans ma famille d’accueil à partir de mes 5 ans », raconte-t-elle, assurant que sa mère et les membres de sa famille adoptive étaient au courant. « Ça me gâche encore la vie aujourd’hui », confie cette maman de deux jeunes filles.
Une histoire qu’elle a longtemps enfouie en elle :
« Lyhanna c’était la fois de trop, 2026 ça arrive encore, ça n’évolue pas ! »
En se rendant au rassemblement et en discutant avec d’autres victimes, elle se décide après 40 ans :
« Je pense qu’aujourd’hui j’ai la force pour aller porter plainte. Même si je le fais trop tard. »
Le rassemblement aura eu un effet catalyseur et cohésif pour toutes les victimes jamais reconnues.
