Publié le 11 juin 2026

6 min

« Vous attendez qu’on crève ? » : la réunion de CDC Habitat sur la légionellose tourne au procès de sa gestion de crise

#Communs

Après plusieurs semaines d’attente, CDC Habitat Nord-Est a enfin rencontré les locataires de Hautepierre touchés par une contamination à la légionelle. Lors de cette réunion publique organisée mercredi 10 juin, le bailleur social a présenté son plan d’action mais s’est heurté à la colère des habitants.

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Après plusieurs semaines d’attente, CDC Habitat Nord-Est a enfin rencontré les locataires de Hautepierre touchés par une contamination à la légionelle. Lors de cette réunion publique organisée mercredi 10 juin, le bailleur social a présenté son plan d’action mais s’est heurté à la colère des habitants.

Mercredi 10 juin 2026, la direction de CDC Habitat Nord-Est s’est enfin exprimée lors d’une réunion publique très attendue par ses locataires. Depuis l’arrêté municipal du 13 mai lié à une contamination à la légionelle, les résidents de cet ensemble immobilier de 132 logements vivent privés de douche dans un désarroi le plus total. Venu exposer l’avancée de ses démarches et proposer des solutions techniques, le bailleur social s’est pourtant heurté, dès l’ouverture de la séance, à un ras-le-bol véhément.

D’un côté, Vinciane Schmitt la directrice de l’agence de Strasbourg de CDC Habitat et Simon Le Goavec, adjoint du service hygiène et santé environnementale à la Ville de Strasbourg, ont tenté de dérouler des diapositives théoriques pour expliquer ce qu’est la légionellose et les futurs tests et traitements des bâtiments. De l’autre, les 80 locataires présents ont rapidement manifesté leur lassitude. Après plus de trente minutes sans propositions concrètes, plusieurs d’entre eux rompent le monologue : « Je ne suis pas venu pour un PowerPoint, on n’est pas à l’école », s’est exclamé Alexandre, un habitant du quartier. Aussitôt, une autre locataire a renchéri : « On sait déjà tous ce qu’est la légionellose. Nous, il nous faut des solutions ! »

Dans la salle ce soir-là, une habitante ayant contracté la légionellose. Après plusieurs mois d’hospitalisation, celle qui a depuis quitté son logement contaminé a tenu à faire face aux représentants du bailleur. « Il fallait la sortir de là », retrace sa sœur encore indignée.

Des solutions tardives

Face à l’urgence, CDC Habitat a présenté plusieurs mesures d’intervention dont les délais ont immédiatement suscité le débat. La première solution repose sur la pose de filtres sur les pommeaux de douche, programmée les 11 et 12 juin. Si cette solution d’urgence doit permettre aux locataires de prendre leur douche de manière sécurisée, l’organisation logistique indigne les familles. Prévenus à peine 24 heures à l’avance, de nombreux résidents craignent de ne pas pouvoir se rendre disponibles pour ouvrir l’accès aux techniciens, sous peine de devoir encore attendre un autre rendez-vous.

En parallèle, le plan du bailleur prévoit un renouvellement ciblé de la robinetterie là où des résidus de bactéries persistent, avant de diligenter de nouvelles analyses sanitaires. Quant au protocole de choc chimique global, présenté comme le traitement radical de dernier recours pour nettoyer l’ensemble du réseau, il est repoussé à la fin du mois de septembre 2026. CDC Habitat justifie cet horizon lointain par l’obligation technique d’accéder simultanément à l’intégralité des appartements. Un calendrier calculé de manière très pragmatique sur la durée de vie des filtres provisoires, qui n’excède pas quatre mois.

Un second représentant de CDC Habitat a brièvement évoqué la mise en place prochaine de permanences d’accompagnement, sans toutefois en préciser l’usage ni le calendrier. Une gestion de crise vivement critiquée par Colin Riegger, représentant de la Confédération syndicale des familles (CSF), qui a dénoncé une communication « beaucoup trop diffuse » de la part du bailleur social.

Près de 80 locataires ont assisté à la réunion publique organisée par la Ville et CDC Habitat au centre socioculturel de Hautepierre.Photo : Lucie Dolon / Rue89 Strasbourg / cc

Des logements jugés vétustes

Les tentatives répétées des représentants de la Ville et de CDC Habitat pour rassurer l’assistance, en rappelant notamment que la légionelle ne présente aucun danger en cas d’ingestion, ont provoqué un profond sentiment de déconnexion. « L’eau du robinet sent les égouts, ne dites pas qu’on peut la boire Monsieur ! », a fustigé une locataire. Une interpellation balayée d’une diapositive à l’autre par Simon Le Goavec : « J’ai peur qu’on se disperse ».

Pourtant, pour l’ensemble de la salle, la crise sanitaire actuelle n’est que le symptôme d’un abandon immobilier bien plus large. Les résidents décrivent un parc lourdement dégradé. Arton Shalaf, locataire de l’immeuble depuis vingt-sept ans avec ses parents, qualifie la situation de « catastrophique ». Selon lui, le bâtiment est devenu totalement perméable aux bruits depuis des travaux de canalisation qu’il estime avoir été mal exécutés il y a deux ans : « J’entends mon voisin passer l’aspirateur comme si c’était chez moi », soupire Arton.

Myriam, une autre habitante du quartier, s’interroge elle aussi sur la salubrité de son logement depuis la fin des chantiers successifs :

« Une fois, il y avait même une souris dans ma baignoire ! C’est depuis les travaux sur les canalisations il y deux ans, parce que les ouvriers n’ont pas bouché le trou des canalisations. Quand je l’ai signalé, on m’a envoyé quelqu’un pour appliquer du sparadrap collant dessus. Mais ce n’est pas ce que je veux, moi je veux qu’on me le rebouche directement. »

C’est dans ce contexte de détresse que Pascale Royer, une autre locataire, a pris la parole. Au bord des larmes, elle a interpellé directement les cadres de CDC Habitat en criant : « Vous attendez qu’on crève ? »

Pascale Royer, résidente du complexe Karine 1 concerné par la légionelle. Photo : Lucie Dolon / Rue89 Strasbourg / cc
Résidant de l’immeuble depuis vingt-sept ans, Arton Shalaf assure que les récents travaux ont été mal réalisés.Photo : Lucie Dolon / Rue89 Strasbourg / cc

Menace d’un blocage des paiements

Si certains habitants affichent un ressenti plus mitigé et « attendent de voir la suite », la patience des collectifs est à bout. Colin Riegger, au nom de la CSF, réclame l’organisation d’une nouvelle réunion dès la semaine prochaine afin d’exiger des engagements plus clairs et transparents de la part du bailleur.

La fin de la soirée n’a permis aucun apaisement. Interpellée sur les préjudices matériels et sanitaires subis par les familles, la direction de CDC Habitat a éludé la question des indemnisations financières, estimant que ce n’était « pas la priorité », suscitant la colère des participants.

« Je ne comprends pas pourquoi on paie des charges », s’emporte Elma, locataire depuis sept ans dans l’un des immeubles concernés par la légionellose. Largement soutenue par l’assemblée, elle a partagé son intention de suspendre ses versements : « Deux mois sans se doucher, quatre mois sans ascenseur, il y a de la moisissure partout. Ce qu’il reste à faire, c’est d’arrêter de payer le loyer. »

Par Lucie Dolon

Publié le 11 juin 2026

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