Publié le 18 août 2026

4 min

Mort d’Yvette Roudy, grande figure féministe

#Actu

Née le 10 avril 1929 dans une famille ouvrière à Pessac, en Gironde, militante socialiste, Yvette Roudy a été ministre des Droits de la femme pendant le premier septennat de François Mitterrand. Elle est à l’origine d’avancées décisives, comme le remboursement de l’IVG ou la loi sur l’égalité professionnelle entre homme et femmes qui porte son nom.

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Gérald Garitan

Née le 10 avril 1929 dans une famille ouvrière à Pessac, en Gironde, militante socialiste, Yvette Roudy a été ministre des Droits de la femme pendant le premier septennat de François Mitterrand. Elle est à l’origine d’avancées décisives, comme le remboursement de l’IVG ou la loi sur l’égalité professionnelle entre homme et femmes qui porte son nom.

Yvette Roudy est morte mardi 18 août à l’âge de 97 ans, dans la résidence médicalisée de Cabestany (Pyrénées-Orientales). A presque 100 ans, elle restait une référence pour toutes celles et ceux engagés pour l’égalité entre les femmes et les hommes, tant en raison de son action que de son parcours, qui la qualifierait aujourd’hui de transfuge de classe.

Elle nait en effet à Pessac, en Gironde, le 10 avril 1929, dans un milieu très modeste. Son père, Joseph Saldou, ouvrier dans la métallurgie, revient invalide de la Grande Guerre, et est employé de la ville de Pessac. Au décès de sa mère Jeanne, concierge, Yvette n’a que 12 ans. Après obtention de son certificat d’étude, son père refuse qu’elle entre au lycée – « ça, ça n’est pas pour nous », déclarait-il. A Sud Ouest, en 2018, elle fait part d’une enfance « révoltée » :

« J’étais toujours en bagarre contre mon père. Il avait fait 14-18. La guerre ne rend pas les hommes bons, elle les rend égoïstes. Mon père n’était pas un mauvais père mais il était très patriarcal. Je lui en voulais de ne pas m’envoyer au lycée. »

Rencontres clés

En 1948, elle rencontre Pierre Roudy, âgé de 18 ans. Le 16 juillet 1951, le couple se marie et part à Glasgow pour trois ans, dans le cadre du cursus de Pierre, étudiant en anglais. Les Roudy reviennent ensuite à Bordeaux, où Yvette réussit son baccalauréat et passe un diplôme d’anglais, puis s’installent à Paris.

Pierre (décédé en 2012) organise des activités théâtrales au lycée où il enseigne l’anglais. Il présente une pièce adaptée par Colette Audry, intellectuelle et éditrice, proche de Simone de Beauvoir. Cette ancienne résistante propose à Yvette Roudy de traduire The Feminine Mystique, de Betty Friedan, un ouvrage fondamental sur le malaise des femmes au foyer.

Yvette Roudy rejoint par ailleurs le Mouvement démocratique féminin, en 1964. Puis elle fonde un journal bimensuel, La femme du XXe siècle, et écrit en 1975 La femme en marge, préfacé par François Mitterrand. Signataire en 1971 du « Manifeste des 343 salopes » pour le droit à l’avortement, celle qui considère féminisme et socialisme comme des combats « indissociables » est candidate malheureuse aux législatives pour la gauche en 1965 et en 1967.

« Un ministère qui travaille à sa disparition »

Elle sera finalement élue députée européenne PS, de 1979 à 1981. Après la victoire du candidat socialiste à la présidentielle, elle devient ministre déléguée aux « Droits de la femme ». « Je veux former un ministère qui travaille à sa propre disparition », déclare-t-elle alors. Yvette Roudy fait voter le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse par la Sécurité sociale, ou instaure le 8 mars comme journée du droit des femmes.

Elle laisse son nom à la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle entre hommes et femmes, qui interdit de refuser une embauche, une promotion ou une formation en raison du sexe. Le texte instaure également la présentation en comité d’entreprise d’un « rapport de situation comparée » entre les salariés des deux sexes, afin d’encourager les entreprises à agir contre les inégalités salariales.

Celles-ci demeurent, car « personne ne s’est préoccupé de faire appliquer [la loi], ni les syndicats ni les gouvernements successifs »., déplore Yvette Roudy dans L’Humanité en septembre 1999. Les premières sanctions contre les entreprises qui n’engageaient pas de négociations sur l’égalité des salaires n’ont en effet été prises que trente ans après le vote.

« Ce mouvement fait trembler le patriarcat »

Trois fois députée du Calvados et maire de Lisieux (Calvados) de 1989 à 2001, la native de Pessac a également été une ardente promotrice de la loi sur la parité en politique. Elle applaudit en 2018 le mouvement #MeToo, « un événement fondamental du XXIe siècle et une étape historique du féminisme » :

« La question des droits des femmes est politique, et #MeToo, qui dénonce les rapports de pouvoir abusifs, est une question politique aussi. Ce mouvement fait trembler le patriarcat. »

Yvette Roudy revenait régulièrement en Gironde, inaugurant par exemple en 1985 les premiers locaux de l’APAFED ou ceux de la Maison de Simone à Pessac en 2013. Elle avait alors remis à cette association, qui accueille les femmes victimes de violences conjugales, un chèque de sa soeur, Simone (elle aussi), décédée peu auparavant.

Par Simon Barthélémy

Publié le 18 août 2026

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Voici l'édition du  

Par Jean-Marie Leforestier

350 000 particuliers et 250 000 professionnels ont été victimes du piratage du site des impôts. Après trois attaques successives, l'administration peine à rassurer les usager·ères sur sa capacité à empêcher de nouvelles intrusions, décrypte Next.

Elle disait avoir "travaillé à la disparition" de son ministère. Yvette Roudy, chargée des droits des femmes au gouvernement de 1981 à 1986, est décédée ce 18 août. Rue89 Bordeaux rend hommage à l'élue socialiste à qui l'on doit la loi sur le remboursement de l'IVG  ou celle sur l'égalité professionnelle femmes-hommes.