84 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués (SDIS 33)
Quatre jours après son déclenchement, l’incendie qui ravage la Gironde reste extrêmement virulent et le bilan ne cesse de s’alourdir. Avec un feu toujours imprévisible, les autorités excluent tout retour des habitants et redoutent une nouvelle aggravation avec les fortes chaleurs annoncées cette semaine. Elles appellent également à la prudence face aux concentrations de monoxyde de carbone dans l’air.
L’incendie hors norme qui ravage la Gironde depuis mercredi continue de progresser. Lors d’une conférence de presse organisée ce dimanche 26 juillet, la préfète de la Gironde et de Nouvelle-Aquitaine, Sophie Brocas, a dressé un nouveau bilan de la catastrophe : 42 000 hectares ont été parcourus par les flammes – 10 000 hectares de plus qu’hier –, près de 240 habitations ont été détruites et 220 000 personnes ont dû être évacuées depuis le début de la crise.
Si aucune victime n’est à déplorer parmi la population, le bilan humain s’alourdit chez les secours : 84 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués.
Un nouvel « orage de feu » dans la nuit
La nuit de samedi à dimanche a été marquée par un nouvel épisode d’une extrême violence. Comme vendredi soir, les secours ont dû faire face à un « orage de feu », un phénomène que la préfète qualifie d’ « incroyable, inédit et inconnu ».
Après un échange avec des experts français et internationaux, les autorités estiment que ce phénomène est « parfaitement imprévisible » :
« Ce phénomène se produit essentiellement en fin de journée et dans la nuit, de manière non anticipable et avec des conséquences non prévisibles », a insisté Sophie Brocas, reconnaissant que ces incertitudes rendent les opérations de lutte particulièrement complexes.
Le directeur départemental du SDIS, Marc Vermeulen, a à nouveau précisé que ces épisodes s’accompagnent de phénomènes « jamais connus en France », avec la formation de pyrocumulonimbus. Samedi soir, vers 22h, l’un de ces nuages a généré une activité électrique qui a provoqué un nouveau départ de feu, finalement maîtrisé.
Plus de 50 000 nouvelles évacuations en une nuit
Face à cette reprise extrêmement violente de l’incendie, les autorités ont procédé à une nouvelle vague d’évacuations préventives durant la nuit où plus de 55 000 habitants ont quitté leur commune. Les personnes déplacées sont accueillies dans neuf centres d’hébergement. La préfète a également salué la solidarité du Lot-et-Garonne, où un centre de 1500 places a été ouvert au parc des expositions d’Agen et a déjà accueilli une centaine de personnes.
Sophie Brocas a une nouvelle fois remercié les maires, les élus, les habitants, mais aussi les nombreuses entreprises qui ont libéré leurs salariés engagés comme sapeurs-pompiers volontaires, les enseignes ayant fourni des produits alimentaires aux centres d’accueil et les particuliers proposant d’héberger des sinistrés.
Les agriculteurs poursuivent également leur mobilisation avec leurs tracteurs et leurs tonnes à eau. La préfète a toutefois insisté pour que ces interventions restent strictement coordonnées par le SDIS afin d’éviter que des exploitants ne se retrouvent eux-mêmes en danger. La chambre d’agriculture de la Gironde a mis en ligne un formulaire dédié (cliquez ici).
Aucun retour autorisé, activité économique à l’arrêt
« Il n’y aura pas de retour possible tant que le feu ne sera pas fixé », a répété Sophie Brocas, y compris lorsque les flammes n’ont finalement pas atteint certaines zones évacuées à titre préventif. Les fortes chaleurs attendues à partir de mardi, avec des températures comprises entre 38 et 40 °C, pourraient encore aggraver la situation.
En conséquence, aucun travail ne pourra reprendre lundi dans les entreprises situées dans les communes évacuées. L’État prépare un dispositif d’activité partielle afin que les salariés soient indemnisés sans que les entreprises aient à supporter seules cette charge. Une réunion était prévue dans la soirée avec le ministre de l’Économie afin d’évaluer les conséquences économiques de la catastrophe.
Les autorités demandent également aux salariés qui devraient traverser les zones évacuées pour rejoindre leur lieu de travail de ne pas effectuer ces déplacements afin de ne pas compliquer les opérations de secours.
Par ailleurs, Sophie Brocas a indiqué avoir incité les touristes à ne pas rejoindre la Gironde et invité ceux déjà présents à envisager une autre destination. Au total, près de 40 000 vacanciers ont été évacués de 45 campings de Gironde et des Landes.
Une mobilisation exceptionnelle
Les moyens engagés continuent de se renforcer. Ce dimanche, 2500 sapeurs-pompiers étaient mobilisés, appuyés par 18 moyens aériens, dont plusieurs européens, ainsi que par l’A400M qui a effectué ce dimanche de nouveaux largages.
Le dispositif comprend également 1500 militaires, 1200 policiers et gendarmes et 450 membres d’associations agréées de sécurité civile. Les communes évacuées sont sécurisées par les forces de l’ordre ainsi que par des militaires de l’opération Sentinelle.
L’autoroute A63 reste partiellement fermée entre Liposthey et Cestas dans le sens sud-nord, et entre la rocade bordelaise et Marcheprime dans le sens nord-sud (pour plus d’informations sur les conditions de circulation, cliquez ici). La ligne ferroviaire Bordeaux-Arcachon demeure également interrompue après le franchissement des voies par l’incendie.

Des comportements « inadmissibles »
Avec la gravité de la situation, Sophie Brocas a dénoncé des comportements « presque criminels ». « Les bras nous en tombent », a-t-elle réagi. Le parquet a, plus tôt dans un communiqué, détaillé sur ce sujet plusieurs interpellations.
À Lacanau, un homme de 26 ans surpris en train de fumer en forêt, après avoir également allumé un barbecue près de son campement la veille, sera jugé le 25 janvier 2027 pour mise en danger de la vie d’autrui et non-respect de la réglementation sur les incendies de forêt. Placé sous contrôle judiciaire, il a interdiction de paraître en Gironde, dans les Landes et en Lot-et-Garonne.
À Lormont, un ambulancier de 33 ans, alcoolisé, a été interpellé après avoir volontairement incendié des arbustes et sera déféré au parquet. Enfin, à La Teste-de-Buch, deux hommes de 19 et 21 ans ont été arrêtés après avoir tiré des feux d’artifice vers la voie rapide et la plaine de Bonneval. Ils seront jugés mercredi en comparution immédiate pour mise en danger de la vie d’autrui, le parquet ayant requis leur placement en détention provisoire.
Le parquet a également autorisé des contrôles d’identité et de véhicules dans toutes les communes évacuées afin de sécuriser les secteurs désertés et prévenir les cambriolages.
Accueil des évacués et des EHPAD progressivement réorganisés
Bordeaux Métropole poursuit l’organisation de l’accueil des personnes évacuées. Une plateforme numérique a été mise en place (cliquez ici) pour recenser les offres de logement proposées par les particuliers, les associations et les institutions. À ce stade, 683 personnes ont déjà été relogées. Au parc des expositions, où se trouve le principal pôle d’accueil et de logistique, 1500 personnes étaient hébergées ce dimanche soir.
De son côté, le CHU de Bordeaux dit y assurer le suivi médical d’environ 700 personnes, principalement des résidents évacués des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), ainsi que la prise en charge des urgences. Plus de 3300 professionnels se sont portés volontaires, permettant de planifier 430 vacations jusqu’à la fin de la semaine.
Les résidents d’Ehpad évacués ont d’abord été accueillis dans des centres d’urgence ouverts par les communes. L’Agence régionale de santé organise désormais leur transfert vers des établissements disposant de places disponibles. Les autorités annoncent qu’une information spécifique sera assurée auprès des familles pour suivre ces transferts.
Présente aux côtés de la préfète, la directrice générale adjointe de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, Cécile Tagliana, a indiqué que les seuils d’alerte aux particules fines avaient été dépassés dans quatre départements de la région sous l’effet des fumées. L’ARS recommande de sortir le moins possible, de garder les fenêtres fermées tant que le panache de fumée est présent et d’éviter les efforts physiques qui augmentent l’inhalation de particules fines.
Qualité de l’air : des masques FFP2 distribués gratuitement
En cas de difficultés respiratoires importantes ou de malaise, il est demandé d’appeler immédiatement le 15. Les personnes les plus vulnérables sont celles souffrant de maladies cardio-respiratoires, de pathologies chroniques comme le diabète, les femmes enceintes, mais également les personnes âgées et les enfants.
L’ARS annonce par ailleurs l’arrivée d’experts de la préfecture de police de Paris afin de mesurer plus précisément les concentrations de monoxyde de carbone dans l’air. En fonction des résultats, de nouvelles recommandations sanitaires pourraient être émises avec l’appui du centre antipoison.
En attendant, et pour limiter l’exposition aux fumées, des stocks stratégiques de l’État sont mobilisés. Deux millions et demi de masques FFP2 sont en cours d’acheminement. Ils sont distribués gratuitement, en priorité aux personnes fragiles, à raison de deux masques par personne. Les pharmacies de garde sont déjà approvisionnées et l’ensemble des pharmacies le seront à partir de lundi, avec une priorité donnée à la Gironde et aux Landes.
L’ARS rappelle que seuls les masques FFP2 permettent de filtrer efficacement les particules fines. Ils doivent être portés uniquement lors des sorties à l’extérieur et restent efficaces environ huit heures. Les masques chirurgicaux ou FFP1 ne sont, en revanche, pas adaptés à cette situation.
