Le service Mobibus, dédié aux personnes à mobilité réduite (Keolis Bordeaux Métropole Mobilités/DR)
Le conseil de Métropole votera ce vendredi une augmentation moyenne de 3% des titres et abonnements sur son réseau TBM. Si le prix du ticket un voyage ne bougera pas, celui du Mobibus domicile, transport à la demande réservé aux personnes handicapées, passera de 3€ à 3€50. Ce que dénoncent un élu d’opposition et l’association APF France Handicap.
C’est le tarif habituel : chaque année depuis 10 ans (sauf entre 2020 et 2022 du fait de la crise COVID puis de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine), les tarifs de TBM (trams et bus) augmentent d’environ 3%, que Bordeaux Métropole soit à droite ou à gauche (comme l’an dernier).
Rebelote à compter du 1er janvier 2027 : le conseil de Métropole devrait en effet adopter ce vendredi 25 septembre une nouvelle hausse moyenne de 3%, supérieure à l’inflation (qui devrait être cette année entre 2,5 et 2,6%), selon la délibération que Rue89 Bordeaux a pu consulter.
Hausses partout
Pour ne pas franchir la barre symbolique des 2€, le prix du voyage à l’unité restera inchangé, à 1,90€. Les cartes 10 voyages augmenteront en revanche de 40 centimes, la plein tarif atteignant 16,10€ et la tarif réduit 9,20€, après une hausse de 4,5% pour cette dernière.
Les abonnements connaîtront également des hausses non négligeables, allant de +3,2% pour l’abonnement annuel Pitchoun, qui prend 4,8€ et atteint 156€, à +5,7% pour le pass hebdomadaire, porté à 18,50€, soit 1€ de plus. L’abonnement annuel SCODI (transports scolaires) augmentera notamment de 5%, passant de 100 à 105€.
Le prix des pass soirée et évènement vont aussi subir une « augmentation significative », selon les termes du texte soumis au vote, de 3,50€ à 4€ (+14,3%). Elle est justifiée par le fait que ces tickets « offrent aujourd’hui des voyages illimités (à partir de 19h pour la soirée, sur une journée pour les pass évènement) ».
Une décision « scandaleuse »
La palme revient toutefois au Mobibus domicile, dont le prix du ticket va grimper de 3€ à 3,50€, soit une augmentation de 16,7% pour ce service de transport à la demande dédié aux personnes handicapées, principalement à mobilité réduite, ou mal voyantes. La Métropole la justifie par le fait que son tarif n’a jamais « subi d’évolution depuis le début du contrat » avec Keolis, délégataire du service public des transports.
Ancien adjoint au maire de Bordeaux en charge du handicap et élu communiste à la Métropole, Olivier Escots, qui juge cette décision « scandaleuse », a déposé un amendement pour maintenir dans la délibération la tarification actuelle.
« On va faire payer plus cher les personnes les plus fragiles, qui touchent l’allocation adulte handicapée, soit moins de 1050 € par mois, et qui n’ont pas d’autre choix quand elles veulent se déplacer, affirme le conseiller métropolitain. En outre, la tarification solidaire ne s’applique pas sur les Mobibus, dont le service n’est pas optimal car il y a beaucoup de refus de prise en charge. Je connais des personnes qui renoncent à des activités de loisir ou culturelle car elles ne pouvaient pas avoir de trajet, ou arrivaient souvent en retard. »
Selon les chiffres du rapport annuel 2025 de Keolis, le service Mobibus, qui compte 48 véhicules, a ainsi accepté 124 480 réservations, sur 165 710 demandes, en deçà des objectifs fixés à l’entreprise délégataire, pointe Olivier Escots. Selon lui, l’augmentation tarifaire de Mobibus ne rapporterait que 60 000€ à la collectivité, sur les 2,9 millions d’euros de recettes supplémentaires escomptées de l’ensemble des hausses tarifaires.
Pas de machine arrière
« Mobibus n’est pas un service de confort, a réagi APF France handicap (ex Association des Paralysés de France) Gironde, ce jeudi dans un communiqué. Il constitue, pour de nombreuses personnes, une condition indispensable à l’exercice de leur liberté d’aller et venir et à leur pleine participation à la vie de la cité. Une telle hausse ferait une nouvelle fois peser l’effort le plus important sur celles et ceux dont les choix de mobilité sont déjà les plus restreints. »
L’association demande à la Métropole « de renoncer à cette hausse disproportionnée du tarif Mobibus domicile », « d’appliquer, si une augmentation est jugée nécessaire, un taux qui ne dépasse pas celui retenu pour les autres titres de transport » et « d’engager une concertation avec les personnes en situation de handicap et les associations qui les représentent avant toute évolution tarifaire de Mobibus ».
A ce stade, Christophe Duprat, vice-président en charge des transports de Bordeaux Métropole, prévient que la collectivité n’entend pas faire machine arrière.
« On n’augmente jamais un tarif de gaieté de cœur mais celui de Mobibus ne l’a pas été depuis 20 ans. Et il s’agit d’un service à la personne : TBM va jusqu’à l’intérieur des logements pour aider les voyageurs à s’habiller, à prendre leurs affaires, à fermer la porte… Il n’y a pas une seule agglomération de France qui propose un tel service à ce prix là. Pour une personne un peu plus autonome, qui peut attendre le bus devant chez elle, le tarif Mobibus autonomie ne change pas (1,90€) ».
TBM à 223 millions en 2025
Pour le maire de Saint-Aubin-du-Médoc, les recettes supplémentaires permettront de financer l’achat de deux véhicules supplémentaire, afin de faire baisser le taux de refus. Le service est aussi censé proposer désormais la desserte d’ESAT (établissements et services d’aide par le travail) en dehors de la métropole, à laquelle certains d’entre eux ont renoncé du fait des baisses de dotation.
Quant à l’augmentation globale des tarifs, Christophe Duprat indique qu’elle ne compensera que partiellement l’augmentation des coûts de TBM pour la collectivité, passés de 161 millions d’euros en 2019 à une 223 millions l’an dernier. Parallèlement, la part des recettes de billetterie dans ces dépenses a baissé, de 34% à 31%, en raison notamment de l’augmentation des prix de l’énergie et du développement de l’offre (nouveaux bus express, notamment).
La nouvelle majorité à la métropole n’envisage donc pas de tendre vers la gratuité des transports en commun, que plaident depuis des années les élus communistes.
