Dispersion de manifestants sur le cours Victor-Hugo à la fin de la manifestation du 6 octobre (SB/Rue89 Bordeaux)
De nouvelles manifestations de soutien à la mobilisation lycéenne auront lieu ce mardi 13 octobre à Libourne et Bordeaux, sous le regard de l’Observatoire Girondin des libertés publiques (OGLP). A l’issue des premières journées d’action, ce dernier s’inquiète des agissements de la BAC, intégrée aux dispositifs de maintien de l’ordre, de l’usage disproportionné des grenades lacrymogènes et des entraves aux journalistes.
6 équipes de l’Observatoire Girondin des libertés publiques (OGLP) ont battu le pavé à Bordeaux les vendredi 2, lundi 5, mardi 6, mercredi 7 et jeudi 8 octobre 2026 « pour documenter le maintien de l’ordre lors des manifestations lycéennes ». Ce collectif indépendant, fondé par des associations et syndicats (Ligue des droits de l’homme, Syndicat des avocats de France, FSU33), alerte d’ores et déjà sur plusieurs « aspects problématiques constatés ».
D’abord, l’Observatoire « s’inquiète de la présence intégrée des agents de la BAC (Brigade anti-ciminalité) au sein des dispositifs dans chaque groupe des sections de CDI (compagnie départementale d’intervention) ». Ceux observés cette semaine « se reconnaissent au fait qu’ils dissimulent fréquemment leur visage à l’aide d’une cagoule et qu’aucun RIO n’est visible sur leur tenue ».
Problèmes : « le port de la cagoule n’est pas autorisé dans le cadre du maintien de l’ordre, et le port du RIO est en revanche obligatoire dès que ces agents participent à une intervention, en sus d’un brassard “Police” orange », afin de pouvoir identifier l’agent s’il venait à avoir un comportement illégal.
Des « comportements problématiques et répétés de la BAC »
Or les observations de l’OGLP font état de « comportements problématiques et répétés de la BAC » : trois témoignages « distincts et concordants » décrivent des violences de plusieurs agents en civil non identifiables – « de l’intimidation jusqu’au plaquage au sol et aux coups, fouille du téléphone et le tout sans aucune explication préalable ni raison apparente ».
Le mardi 6 octobre après-midi, trois véhicules de la BAC banalisés se sont par ailleurs engagés « à plusieurs reprises sur la place piétonne de la Victoire pour y décrire des cercles à vive allure au milieu des manifestant·es pacifiques, créant un mouvement de foule et un début de panique ». Le jeudi soir, les mêmes véhicules ont réitéré ce rodéo, percutant une jeune femme « dont les observateur·ices ont pu constater les hématomes ».
« Ce comportement dangereux n’a pas d’explication rationnelle compte tenu du contexte », commente l’Observatoire, selon lequel la participation même de la BAC au maintien de l’ordre « prouve par les faits que le ministère de l’intérieur considère la manifestation lycéenne comme une activité criminelle nécessitant la présence constante de cette unité spéciale ».
Gaz à tous les étages
Ensuite, l’OGLP critique « l’usage massif et indiscriminé de grenades lacrymogènes » qui a « conduit à saturer l’espace public en gaz CS (chlorobenzylidène malononitrile) ».
« Rappelons que ce gaz ne se limite pas à l’irritation des voies respiratoires, yeux et peau. À forte concentration, il peut provoquer un bronchospasme, une détresse respiratoire aiguë et, dans les cas graves, une pneumopathie chimique ou un œdème pulmonaire. »
Ces saturations « sont survenues à 15h44, 15h52 et cours Victor-Hugo à 16h02 le jeudi 8 octobre ». « A 16h10, des parents venus chercher leurs enfants et des personnels périscolaires ont été exposés à des gaz lacrymogènes tirés aux abords de l’école Barbey de Bordeaux. » Peu après, « des tirs nourris de grenades lacrymogènes ont couvert le périmètre du parc » place André-Meunier, malgré la présence de poussettes et d’une aire de jeux.
Peu après 19h, place de la Victoire, une grenade lacrymogène tirée par des CRS « a visé la terrasse du bar Le Grizzly, créant un mouvement de panique et précipitant les personnes aveuglées sur la chaussée ». Des palets sont même « entrés à l’intérieur du bar et ont saturé la cave en lacrymogène, provoquant des malaises chez les personnes présentes ».
« C’est le scénario le plus dangereux, car le gaz ne se dilue pas et les personnes ne peuvent pas s’éloigner de la source », souligne l’Observatoire.
Des observateurs malmenés
Ce dernier relève que plusieurs de ces tirs ont été effectués sans « aucune sommation conforme aux règles en la matière », et alors que pour 7 des salves effectuées dans l’après-midi, « il n’y avait, la plupart du temps, pas de violences à l’encontre des forces de l’ordre ».
Enfin les équipes de l’Observatoire ont constaté plusieurs entraves au droit à l’information. Le mardi 6 octobre, lors d’une interpellation à 16h51, « un agent de la CDI a empêché une journaliste de s’approcher pour prendre des images », adoptant même « une attitude menaçante à son égard ».
Le jeudi 8, une journaliste qui voulait filmer une interpellation « a été repoussée par un coup de bouclier d’un policier cagoulé de la CDI ». Un de ses observateurs qui filmait une interpellation « a aussi reçu un coup sur sa main visant à faire tomber volontairement son appareil au sol ».
