Sur une plage du littoral aquitain (SB/Rue89 Bordeaux)
Quatre personnes sont mortes par noyade depuis dimanche dernier sur le littoral, où des dizaines de milliers de Girondins étaient venus se rafraichir pendant la canicule. Or peu de plages sont en cette avant-saison déjà surveillées. Les maires de Lacanau et du Porge, notamment, réclament un soutien des autres collectivités et de l’Etat pour assurer ce service public.
Un jeune bordelais de 24 ans est mort noyé mercredi 27 mai, emporté par la marée descendante sur la plage centrale de Lacanau où il se promenait avec des amis. Dans cette même station, le corps d’un trentenaire a été repêché mardi sur la plage du Lion, il avait disparu la veille après s’être baigné dans une baïne. Dimanche, toujours à Lacanau, une homme de 63 ans a lui aussi été piégé par une baïne, plage Super Sud. Le même jour, à Lège Cap Ferret, c’était une femme de 56 ans qui a succombé dans des circonstances similaires.
La moitié des huit noyades enregistrées en France depuis le début de l’épisode de canicule précoce l’a ainsi été en Gironde. Et depuis une semaine, malgré les alertes baïnes lancées par la préfecture de la Gironde, une quarantaine de personnes ont du être secourues au large, après s’être baignées dans des zones non surveillées.
Seulement 9 plages surveillées
« Mercredi soir, c’était terrible, la mort de ce gamin venu avec des amis prendre du plaisir à Lacanau. J’ai de la peine pour eux et pour les familles, on est meurtris par ces évènements qu’il faut éviter à tout prix », a commenté Laurent Peyrondet, maire de Lacanau et président du syndicat à vocation unique (Sivu) pour la surveillance des plages et des lacs du littoral girondin, lors d’un point presse ce vendredi.
Sa commune, comme quatre autres du littoral girondin, auxquelles incombe la responsabilité de la surveillance des plages, avait pourtant déployé des moyens pour prévenir de tels accidents lors de cette brûlante avant-saison : Lacanau, qui a ouvert trois zones surveillées (pour quatre en pleine saison) ; Vendays-Montalivet, qui dispose de trois secteurs ; Hourtin, Carcans et Lège Cap Ferret, avec chacune une plage surveillée. Celle du Porge, qui ne l’était pas encore, le sera ce week-end, où du beau temps est encore prévu.
« Mais nous avons beaucoup de difficulté à nous adapter et à avoir suffisamment de zones de secours. On fait le mieux possible, on ouvre de plus en plus au delà des 3 à 4 mois de la haute saison, pour travailler quasiment de Pâques à Toussaint, poursuit l’élu de Lacanau. Mais nous avons eu 10 jours de canicule totalement incroyable en plein mois de mai. »
Des parkings bientôt payants sur les plages ?
Aussi lors du week-end de Pentecôte, les stations ont été submergées par une fréquentation « au delà de ce qu’on peut connaître un 15 août », selon Laurent Peyrondet, qui l’estime entre 120 000 et 150 000 personnes.
« La Gironde est un département qui gagne 20000 habitants par an, et on comprend que quand il fait 38°C dans le centre de Bordeaux on veuille aller faire une petite baignade », explique l’édile.
Il y voit aussi une conséquence du « plan plages » impulsé par l’Etat, via la Mission d’aménagement de la côte Aquitaine (Miaca), qui s’était notamment traduite par la construction d’un parking de 5000 places à la plage du Gressier, au Porge (sur 12000 places de stationnement gratuites sur le littoral médocain).
« Lacanau dépense 700 000€ par an dans sa surveillance des plages mais nous avons quelques recettes touristiques, contrairement au Porge, où les habitants de la Métropole arrivent, ne dépensent rien sur place, et repartent en laissant leurs déchets », souligne Laurent Peyrondet.
« On joue un rôle sociétal vis-à-vis de la Métropole et du département et faisons en sorte que ces espaces de liberté restent gratuits, abonde Olivier Euzet, adjoint au Porge. Mais il faut que nous ayons des partenaires autour de la table sinon la plage comme la montagne peut-être deviendront demain des espaces payants. »
Laurent Peyrondet estime aussi que les accès doivent rester gratuits, mais il n’écarte pas l’hypothèse d’installer « une barrière et de demander trois euros pour payer le ramassage des déchets et les sauveteurs si ça ne réagit pas ».
Miaca 2
Le Sivu33 compte chiffrer d’ici la rentrée les besoins pour un dispositif adapté, élargissant la période de surveillance des plages dans l’avant et l’après saison, et permettant d’avoir des solutions souples en cas de canicule. Pour le financer, son président prévoit de faire « un tour de table » associant les communautés de communes, la Métropole, le Département, la Région…
« Le conseil départemental de la Gironde ne contribue actuellement pas du tout, alors que celui des Landes a mis 1,1 million d’euros sur la table pour financer la surveillance des plages toute l’année, qui coûte en tout 2,7 millions d’euros. Cette somme ne semble pas inatteignable pour fournir un service public important. »
Afin d’adapter ainsi le littoral à une conséquence du réchauffement climatique, le maire de Lacanau aimerait bien aussi obtenir une « Miaca bis » de l’Etat. Ce dernier ne contribue à la surveillance des places qu’en juillet et aout, avec le déploiement de 40 CRS maîtres nageurs sauveteurs. Réagissant à la série de noyades, la préfète de Gironde, Sophie Brocas, avait toutefois rappelé que son appui aux collectivités ne se limiterait pas à ces renforts humains :
« L’hélicoptère de la sécurité civile Dragon 33 a été pré-positionné à Lacanau. Les forces de sécurité intérieure seront également très présentes sur le littoral tout au long du week-end. Les moyens du SDIS, notamment nautiques, seront de nouveau renforcés dans les casernes des secteurs littoraux. »
Enfin, les maires du littoral appellent à un développement des messages de prévention sur les dangers des baïnes. Et saluent l’action des « surfeurs sauveurs », qui ont spontanément secouru des dizaines de baigneurs à la dérive ces derniers jours.
