Le combat enfantiste s’inscrit dans le sillage du combat féministe, les deux dénonçant ensemble l’intersection des oppressions (MM/Rue89 Bordeaux)
Près d’un millier de personnes ont manifesté ce samedi 4 juillet à Bordeaux contre les violences faites aux enfants. Portée par l’association Mouv’Enfants dans le cadre d’une mobilisation nationale, cette marche s’est achevée par la création d’une « Allée des Enfants » devant le tribunal judiciaire.
Un millier de manifestants, sifflets et pancartes à la main, accompagnés des batucada, se sont réunis ce samedi 4 juillet, à 10h30 place de la Victoire pour protester contre le manque de protection des enfants. Parmi eux, beaucoup de parents, de femmes, de tous les âges, et des enfants.
La mobilisation s’inscrivait dans une journée nationale où des manifestations étaient organisées le même jour dans 110 villes de France.
Un chiffre en cri de ralliement
« 160 000 enfants, où êtes-vous ? » : C’est le cri repris par la foule, interpellant le gouvernement. Un chiffre qui est devenu le symbole de la mobilisation et qui représente le nombre de victimes de violences sexuelles chaque année en France, selon les pancartes brandies dans le cortège.
« Mettons-nous, nous, à la place de ces enfants. Mettons-nous à la place de la peur et de l’angoisse qu’ils peuvent ressentir. La peur de ne pas être cru. La peur de mal raconter, de se tromper dans une date, un détail, et que ce détail serve à douter d’eux », dicte la prise de parole de l’association Mouv’Enfants, à l’origine de cette marche citoyenne.
Caroline Fabre, co-référente du collectif Enfantiste 33, resitue cette mobilisation dans une critique plus large de la place des enfants dans la société :
« L’adultisme est un système de domination qui organise le silence des enfants et minimise leur souffrance. »
Elle souligne qu’être un « enfant handicapé, précaire, non-blanc, adopté, LGBTQIA+, mineur non accompagné » augmente considérablement les risques d’être victime. Le collectif revendique le terme « enfantiste », en réponse à ce qu’il qualifie d’ « adultisme », c’est-à-dire le pouvoir exercé par les adultes sur les enfants, considéré comme une forme de discrimination liée à l’âge.
Les associations exigent la création d’un ministère de l’enfance, « un budget dédié à la hauteur des besoins en complément aux 3 milliards nécessaires à la lutte contre les violences faites aux femmes », ainsi que l’application de la loi cadre intégrale, pour « que les violences subies pendant l’enfance cessent d’alimenter toutes les autres », scande Caroline Fabre.

Eduquer les enfants pour briser les silences
Ce schéma, Julie le connaît bien. À 38 ans, elle est éducatrice spécialisée et maman de deux enfants de 6 et 7 ans. Elle-même a été victime de violences sexuelles quand elle était au collège, d’abord à l’école, puis par des amis de la famille, puis par un conjoint. Des violences dont les conséquences la poursuivent encore aujourd’hui :
« J’ai mis des années avant de comprendre que ce n’était pas normal. J’ai été multivictime, j’ai été élevée à être une petite fille docile. »
Julie n’a jamais porté plainte, un choix réfléchi :
« Je suis encore fragile, malgré un travail thérapeutique, et je sais que ça ne servirait à rien. »
Aujourd’hui, l’un des enjeux pour elle est de créer un espace de parole pour ses enfants. Elle souhaite plus que tout protéger ses enfants de ce qu’elle a subi :
« Ma plus grande peur depuis que mes enfants sont nés, c’est qu’ils en soient victimes aussi », s’inquiète-t-elle.
Parmi les quelques hommes présents dans le cortège, Thomas, 43 ans, salue cette convergence autour de la lutte contre les vulnérabilités, « et en l’occurrence les enfants ». Il déplore l’absence de politiques publiques à la hauteur : « La violence est le sujet politique par excellence. Notre culture a avalisé des systèmes de domination. » Lui-même victime de violences sexuelles, il confie avoir déposé une plainte. Classée sans suite.

L’Allée des Enfants
À l’arrivée du cortège, devant le tribunal judiciaire de Bordeaux, une corde a été tendue sous les arbres pour y accrocher des rubans blancs, certains porteurs de messages. Pendant les prises de parole, les enfants ont dessiné sur des morceaux de tissu, eux aussi accrochés à la corde. Sur celui de Louna, 7 ans, on peut lire : « Protégez-nous. Pas le droit de prendre [la vie] des enfants, jamais de la vie. » Venue avec sa maman, elle résume sa présence avec une grande clarté :
« Je manifeste pour les droits des enfants. Il ne faut pas les tuer ou leur faire du mal. »
Les associations invitent toutes les personnes qui le souhaitent à venir accrocher, tout au long de l’été, un ruban marqué d’un message. L’objectif affiché par Mouv’Enfants : réunir 160 000 rubans, un pour chacune des 160 000 victimes de violences sexuelles recensées chaque année en France.
L’onde de choc provoquée par le viol et l’assassinat de Lyhanna a redonné une force nouvelle à un combat porté depuis fin 2024 : celui de la loi-cadre intégrale. Le but : agir à chaque étape, de la prévention à la réponse judiciaire, en passant par l’accompagnement des victimes.
Au-delà de la marche, Mouv’Enfants poursuit un travail de plaidoyer auprès des parlementaires pour faire aboutir la proposition de loi intégrale. La veille du rassemblement, l’association avait ainsi rencontré Alexandra Martin, députée de la Gironde, pour poursuivre les échanges engagés autour de cette réforme.
