Publié le 15 mai 2026

4 min

Cinéma : une majorité de minorités

#Actu

À l’occasion du Festival de Cannes 2026, plusieurs collectifs signataires appellent à un cinéma qui reflète toutes les existences pour qu’elles puissent enfin être vues, racontées et célébrées.

Source :

Open link

Sylvain Gllm / Unsplash

Cher Cinéma,

Ceci est un cri du cœur. Le cœur qui bat quand les lumières s’éteignent et que le projecteur s’allume.

Noir. Titre. Musique. Intérieur jour. Une femme se regarde dans le miroir.

À quoi ressemble cette femme ?

Admets-le. Tu l’as imaginée blanche, cisgenre, mince, valide, trentenaire, et son histoire tourne autour d’un homme. Nous aussi, même celles et ceux d’entre nous qui sommes racisé·es, handi·es, gros·ses, trans, lesbiennes. Parce que nos imaginaires ne sont pas innés. Ils sont construits. Patiemment. Méthodiquement. Par toi, cher Cinéma.

Pourtant, un film c’est la promesse d’un espoir. L’espoir d’être vu·e, d’être reconnu·e. Cher Cinéma, qu’es-tu prêt à promettre ?

Spectateur·ices et fabricant·es, nous le savons, nous sommes comme vous, nous en avons marre de voir les mêmes histoires. Pourquoi les hommes noirs et arabes sont-ils toujours violents ou dangereux ? Pourquoi les femmes racisées et les lesbiennes sont-elles sursexualisées, jamais en tête d’affiche, sauvées par un homme blanc ? Pourquoi cet acteur cisgenre joue-t-il un rôle trans ? Pourquoi la diversité, chez toi, ne parle-t-elle que de misère et de cités qui brûlent ? Dans ce métier où l’on prétend pouvoir « tout jouer », pourquoi ce droit n’est-il accordé qu’à certains corps ?

Sur le même sujet : « J’ai envie de changer de métier après chaque film »

L’invisibilisation n’est pas un accident

Nous le savons, l’histoire se répète. Mais quand l’histoire est mauvaise, corrompue, injuste, il faut mettre sur pause. L’invisibilisation n’est pas un accident. C’est une idéologie. Une société qui efface, ou qui n’expose que pour stigmatiser, est une société malade : raciste, sexiste, validiste, âgiste, transphobe, homophobe, grossophobe. Tu dépeins une France blanche, jeune, mince, valide, riche, alors que les minorités, rassemblées, sont la majorité. Ce n’est pas un hasard. C’est un projet d’extrême droite.

Notre espoir, nous le trouvons dans un cinéma antiraciste, décolonial, féministe, queer, transféministe, antivalidiste, antigrossophobe. Un cinéma intersectionnel. Plus universel au premier sens. Plus grand, plus gros, plus racisé, plus trans, plus handi, plus lesbien, plus vieux, plus prolo. Ces mots, peut-être tu en as marre de les lire. Peut-être qu’ils sonnent creux. Peut-être tu te dis : « Où est l’art dans tout ça ? »

L’invisibilisation n’est pas un accident. C’est une idéologie. Une société qui efface, ou qui n’expose que pour stigmatiser, est une société malade.

Mais qu’est-ce que l’art, sinon une pulsion d’humanité ? Qu’est-ce que la fiction, sinon un outil de compassion ? Le cinéma est politique : en filmant, il parle du monde. En effaçant une partie de celles et ceux qui le peuplent, il ment.

Sur le même sujet : Violences sexuelles au cinéma : les coulisses de l’impunité

Aller au cinéma, c’est enfiler les chaussures d’un·e autre, le temps d’un film. Il est temps d’oser une autre paire. Différente. Un peu cabossée. Faite pour gravir des montagnes que ton imaginaire seul n’a jamais explorées.

Ces récits existent déjà, ils ne demandent qu’à être diffusés, financés, valorisés exactement de la même manière que les films qui parlent de cette femme blanche, cisgenre, hétérosexuelle, mince et valide que vous avez imaginé. Ce 19 mai 2026, à Cannes, nous, les grand·es, les gros·ses, les racisé·es, les trans, les handi·es, les lesbiennes, les vieil·les, les pauvres, les humain·es, nous nous sommes réuni·es. Nous gravissons des montagnes et nous n’en voyons toujours pas la cime. Nous avons soif. De récits, de rôles, de regards décentrés. D’une main tendue vers d’autres réalités.

Cher cinéma, il est possible d’envisager les films à la marge, comme un nouveau centre. Nous proposons aux producteur·ices et aux financier privés, que vous soyez concerné.es ou allié.es de créer ensemble un nouvel espace. Nous demandons au CNC et aux régions d’établir une véritable politique de pluralité des récits. Aux diffuseurs et aux exploitants de salles de faire de la place à ces récits. Aux festivals internationaux de faire enfin de la place aux récits venant de tous horizons.

En retour, nous te promettons que, vu d’en haut, la plaine est sereine. Et que dans nos fauteuils rouges, côte à côte, nous serons ensemble quelqu’un d’autre, le temps d’un film.


Signataires

  • Collectif 50/50
  • L’ADA
  • Cinéastes Non Alignées
  • Divé+
  • Représentrans
Par Collectif

Publié le 15 mai 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Léna Rosada

L'épilogue juridique d'une lutte environnementale. Alors que tous les pourvois en cassation des opposant·es au chantier de l'autoroute A69 viennent d'être rejetés, Politis revient sur la décision du Conseil d'État de valider toutes les autorisations environnementales en raison d'un "intérêt public majeur" du projet. 

 

Les écosystèmes des rivières souffrent aussi de la chaleur, comme en témoignent les écrevisses à pieds blancs, une espèce à l'agonie dans les cours d'eau du Beaujolais. Mediacités explique comment l'augmentation de la température de l'eau nuit à sa qualité et au milieu fluvial. 

Accès libre
#Écologie #Libertés

L’A69, « l’autoroute des mensonges », définitivement validée par le Conseil d’État

Publié le 30/06/2026 à 14:19

2 min

Le Conseil d’Etat a entériné, le 29 juin, le projet d’autoroute A69 entre Toulouse et Castres. Les pourvois en cassation des opposants au chantier, ont été rejetés. Cette décision met fin à une lutte juridique acharnée entre le concessionnaire Atosca et les opposants au projet, dont Politis a largement relayé le combat depuis des années. « Le Conseil […]

#Écologie

Dans des rivières du Beaujolais en surchauffe, l’effondrement des populations d’écrevisses et de poissons

Publié le 30/06/2026 à 13:58

7 min
Accès libre
#Écologie #Pouvoirs

En Gironde, des maires partent en croisade un projet de raffinerie de nickel et de cobalt en zone inondable

Publié le 01/07/2026 à 06:00

7 min

Les mairies de Blanquefort et de Saint-Louis-de-Montferrand, la Sepanso et des riverains attaquent la révision du plan local d’urbanisme et le permis de construire accordé par la préfecture de la Gironde au projet de raffinerie de nickel et de cobalt à Blanquefort et Parempuyre. Avec le soutien de l’Etat, la société EMME envisage un lancement imminent du chantier de construction de cette usine Seveso seuil haut en zone inondable.

Accès libre
#Tech #Communs #Écologie

En pleine canicule, l’arnaque au climatiseur prend une nouvelle ampleur

Publié le 30/06/2026 à 10:31

4 min

Présenté comme « révolutionnaire », le climatiseur Epicooler, qui jouit de nombreuses vidéos YouTube et supposés tests indépendants positifs, cache en fait une arnaque. Les publicités pour le faux climatiseur tournent depuis des semaines, en ligne. Il s’appelle Epicooler, il est présenté comme « révolutionnaire », « sans installation », affiché autour de 110 euros.