Rassemblement de la gauche contre l’extrême droite, place de la République, le 30 juin 2024, au soir du premier tour des législatives anticipées.
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Écologistes : le parti tiraillé, Marine Tondelier rêve de liberté Pour la rentrée, Jean-Luc Mélenchon veut aspirer la gauche et vite passer à la suiteEn cette semaine de retour post-pause estivale, je vais me permettre d’utiliser le « je ». Alors oui, j’ai peur de ce qui peut arriver à la France. Je ne dis pas cela pour dramatiser cette rentrée, ni pour fabriquer une inquiétude supplémentaire dans un pays qui en connaît déjà beaucoup. Je le dis parce que, pour la première fois peut-être, je mesure la possibilité que ce que nous avons longtemps considéré comme impossible devienne une réalité politique. Et j’en ai presque honte à l’avance.
Honte de ce que nous pourrions accepter. Honte de ce que nous pourrions laisser faire. Honte surtout de découvrir, trop tard, que nous avons passé trop de temps à nous convaincre entre nous que le danger était évident, au lieu d’aller parler à celles et ceux qui ne partageaient pas notre regard. Dans moins de dix mois, la France pourrait avoir changé de visage. Ce qui se joue n’est pas seulement une élection, ni la victoire possible d’un camp sur un autre. C’est une certaine idée du pays, de ses libertés, de son rapport à l’autre, de ce que signifie être français et citoyen d’une république.
Notre histoire n’est évidemment pas celle d’un pays exemplaire. Elle est faite de conquêtes et de renoncements, de Lumières et de violences, de progrès et de régressions. Mais elle porte quelque chose de précieux : l’idée, a priori, que les droits ne sont pas réservés à ceux qui sont déjà les plus forts ; que la liberté ne vaut que si elle vaut pour tous ; que l’égalité n’est pas un slogan mais une promesse toujours inachevée. Cette promesse est aujourd’hui mise à l’épreuve.
Une démocratie ne se défend pas uniquement dans les tribunes, sur les réseaux sociaux ou entre personnes déjà convaincues.
Nous aurions tort de croire que ceux qui s’inquiètent, ceux qui sont en colère, ceux qui ne croient plus dans les institutions ou ceux qui envisagent de voter pour l’extrême droite sont tous devenus nos adversaires. Ils ne sont pas une masse abstraite à regarder de loin. Ce sont nos voisins, nos collègues, nos proches parfois. Ils ont des raisons, des histoires, des colères. Certaines sont légitimes. D’autres reposent sur des peurs ou des récits que nous pouvons combattre. Mais rien ne sera gagné en cessant de leur parler. C’est peut-être là que commence notre responsabilité.
Mobiliser
Sortir de notre confort. Sortir de nos cercles. Accepter la conversation lorsqu’elle est difficile. Écouter sans renoncer à nos convictions. Répondre sans mépriser. Argumenter sans humilier. Aller là où nous ne sommes pas certains d’être entendus. Une démocratie ne se défend pas uniquement dans les tribunes, sur les réseaux sociaux ou entre personnes déjà convaincues. Elle se défend dans les conversations ordinaires, dans les cafés, les familles, les entreprises, les universités, les quartiers, partout où se forment les opinions.
Il faudra donc nous mobiliser. Pas seulement pour une échéance électorale, mais pour quelque chose de plus profond : refuser que la peur devienne notre seul horizon politique. Refuser que la colère serve de justification à toutes les exclusions. Refuser surtout de nous habituer à l’idée que certaines libertés seraient négociables.
Cette rentrée doit être celle de la lucidité. Et, surtout, celle du mouvement.
Alors à ceux qui pensent de la même manière, nous disons : ne restez pas entre vous. À ceux qui doutent : parlons-nous. À ceux qui sont en colère : écoutons ce que celle-ci raconte, et discutons de ce qu’elle peut produire. Et à ceux qui ne partagent rien de nos convictions : nous continuerons malgré tout à vous considérer comme des interlocuteurs, parce que c’est aussi cela, la démocratie.
Nous ne savons pas ce que sera la France dans dix mois. Mais nous savons au moins une chose : nous n’avons pas le droit de découvrir alors que nous aurions pu faire davantage aujourd’hui. Cette rentrée doit être celle de la lucidité. Et, surtout, celle du mouvement. Ne restons pas chez nous, entre nous, à commenter le monde qui vient. Allons lui parler. C’est ce à quoi Politis compte s’employer tout au long des prochains mois.