Publié le 06 octobre 2026

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8 min

Malgré la répression, des générations unies en soutien au mouvement lycéen

#Communs

À Paris, le cortège intersyndical et multigénérationnel a rassemblé des dizaines de milliers de personnes. Malgré la répression, syndicats, parents et profs se sont affichés unis aux côtés des lycéens, mobilisés depuis près de deux semaines pour leur avenir. Amorçant un mouvement social important dont beaucoup espèrent qu’il durera.

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Céline Martelet

En ce 6 octobre de mobilisation nationale des lycéens, juché sur la Statue de la République, sur la place éponyme à Paris, un adolescent déguisé en Spiderman hurle « la jeunesse emmerde le Front National » (1), tout comme les jeunes et moins jeunes rassemblés, qui reprennent en chœur le slogan. Ils tendent une banderole qui annonce la couleur : « Votre répression n’arrêtera pas notre révolte. » Tous.tes entonnent La Marseillaise en cette journée de manifestation dans la capitale, recouvrant le son d’une enceinte qui crache les traditionnelles chansons de manifestations de gauche. Coincés derrière une devanture de café, des professeurs cherchent leurs élèves.

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L’hymne célèbre du groupe punk Bérurier Noir.

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Un lycéen commente : « On avance aussi vite que l’ascenseur social » puis précise, en souriant, bousculé par la foule serrée, « en fait on recule ». Un manifestant affirme lui, que « l’argent il faut aller le chercher chez les actionnaires de Total. Quand il partira, on sera contents, mais il faut exproprier les riches ». « PS collabos ! » scandent quelques uns en reconnaissant des élu.es du parti à la rose. La foule est agglutinée sur la place. À la fin de la journée les syndicats et associations étudiantes revendiquent 100 000 manifestants dans la manifestation parisienne, quasiment le double du chiffre avancé par le ministère de l’Intérieur.

Les lycéen.nes et les étudiant.es en tête, devant les organisations syndicales

En tête de la manifestation, loin devant les organisations syndicales, un cortège improvisé avance vite. Trop vite vers place de la Nation. La tension monte. Les forces de l’ordre bloquent l’avancée de cette foule compacte et jeune. Un premier fumigène est lancé sur les policiers qui, aussitôt se préparent à charger. Une colonne d’adultes, casques blancs visés sur la tête, s’avance et se place en rempart pour empêcher cette intervention policière.

Mobilisation lycéenne 6 octobre 2026 Paris
Le cortège lycéen, en route vers Nation. (Toutes photos : Céline Martelet.)

Dans ce cordon de sécurité inattendu : les députés Pouria Amirshahi, Julie Ozenne ou encore Alexis Corbière, tous membres du groupe Écologiste et Social au Palais Bourbon. À leurs côtés, les actrices Judith Godrèche, Ariane Ascaride et Laetitia Dosch. Surprises, les forces de l’ordre reculent. Des dizaines de lycéennes leur répondent en chantant : « Charger » du groupe Triangle des Bermudes, titre emblématique de la génération Z. Ces casques blancs vont protéger une partie de la manifestation jusqu’à la place de Nation. Mais une fois sur l’immense espace à l’entrée de la capitale, ils ne peuvent plus grand chose. Les charges policières se multiplient.

Mobilisation lycéenne 6 octobre 2026 Paris casques blancs
Les « casques blancs », avec quelques célébrités : Judith Godrèche, Ariane Ascaride, Alexis Corbière… Au premier plan, le député Pouria Amirshahi (groupe Écologiste et Social). (Toutes photos : Céline Martelet.)

Des banques et des compagnies d’assurance sont prises pour cibles. Les gaz lacrymogènes lancés par les policiers imprègnent l’atmosphère. Dans la panique, des habitants des immeubles haussmaniens voisins de la place ouvrent leurs cours intérieures. Des dizaines de lycéen·nes et d’étudiant.es s’y réfugient. Fatima, 19 ans, n’arrive plus à respirer et regarde avec angoisse la lourde porte d’entrée, persuadée que les policiers vont venir la frapper. Son amie, les yeux rougis par les gaz lacrymogènes, tente de la calmer.

Mobilisation lycéenne 6 octobre 2026 Paris
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Des adolescent.es supplient les plus âgé.es de les aider à trouver un moyen de quitter cette manifestation. Au fond d’un cour, une équipe de secouristes bénévoles, les « street medics », prend en charge une jeune fille brûlée par un palet de gaz lacrymogène. Son sac à main a pris feu. « Je n’ai pas compris ce qui se passait, confie-t-elle. J’ai mis du temps à réaliser que c’était moi qui brûlais. Un truc très chaud a atterri dans mon sac. J’ai eu tellement peur. » Quelques minutes plus tard, un adolescent est porté par une autre équipe de soignants. Lui a été brûlé plus gravement aux jambes.

« Sauver notre avenir »

Le cortège est finalement scindé en deux par les forces de l’ordre. Boulevard Voltaire, du balcon d’un immeuble, une femme offre des bonbons aux lycéen.nes. Quelques militants autonomes lancent des projectiles aux forces de l’ordre. Lesquels ripostent à coups de charges et de gaz lacrymogènes.

On est venues soutenir les lycées qui aujourd’hui font un travail formidable et se font violenter massivement.

Alors qu’une partie de la foule est toujours bloquée avant Nation, à deux cent mètres de l’arrivée de la manifestation, trois jeunes femmes se filment « en mode influenceuses », disent-elles. Elles montrent leur pancartes et les forces de l’ordre qui bloquent les rues adjacentes. Elles sont originaires de Villetaneuse (Seine-Saint Denis) où elles étudient en master. « On est venues soutenir les lycées qui aujourd’hui font un travail formidable et se font violenter massivement », explique l’une d’elles, 21 ans. « C’est important de se mobiliser à quelques mois des élections. » Dans leur université, elles voient la différence avec les facs intra-muros, à l’image des « portes des toilettes qui ne ferment pas, les services du Crous qui sont moins bien ».

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Comme d’autres étudiants, elles dénoncent les mesures discriminatoires qui ont visé les étudiants étrangers non européens. Depuis le 1er juillet, ceux-ci n’ont plus le droit aux aides personnalisées au logement (APL). Quant à l’augmentation des frais d’inscription à la fac pour les étudiants étrangers en vigueur depuis la rentrée, elle pourrait bientôt concerner les Européens. « Désolée pour le dérangement, on essaie de!!! » a écrit l’une d’elle sur une pancarte. Pour ces jeunes femmes, cette manif, c’est « le trop plein de la colère ». « Personne n’en peut plus », souffle une retraitée, venue en soutien. « Les jeunes ont été très attentionnés. Beaucoup m’ont demandé si j’avais des masques ou du sérum physiologique » lâche-t-elle.

De son côté, elle a spontanément participé à des cordons formés par les adultes, à différents endroits du cortège. Si la mobilisation nourrit chez elle de « l’espoir », elle ne cache pas son inquiétude. Elle a « très peur de ce qui peut arriver dans ce pays, surtout pour ces jeunes ». Comme beaucoup, elle a en tête la présidentielle que pourrait emporter le Rassemblement national. « Et avec des connards pareil…. », soupire-t-elle en désignant les policiers qui continuent inlassablement leurs charges.

« Tasty crousty antifascisti »

Les pancartes sont pleines de créativité. Ici, « tasty crousty antifascisti ». Là, un appel à « mai 6/7 », une référence à la révolte de Mai 68 et au « six seven », devenu le slogan de la génération Z. Sur ces bouts de carton, la dénonciation également de la répression subie par les lycéen.nes depuis le début de leur mobilisation. Ces derniers jours, les images de violences policières ont circulé sur les réseaux sociaux.

Place de la Nation, ce 6 octobre 2026.

« Les images frappent mais pas autant que les flics », lit on sur une pancarte. « Trop jeunes pour être écoutés, assez grands pour être gazés », affiche une autre. Entre le 28 septembre et hier, lundi 5 octobre, plus de 5 000 personnes ont été placées en garde à vue, en grande majorité des mineurs. À la fin de cette journée de mobilisation nationale, le ministère de l’Intérieur annonce 488 interpellations.

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Arrivée à Nation, une lycéenne qui a reçu la notification – malgré un réseau Internet brinquebalant annonce la bonne nouvelle –, venue tout droit de Matignon et de son locataire, Sébastien Lecornu, annonce : « Pas cours jusqu’à la fin de la semaine ! » Cris de joie. Un certain nombre de jeunes arborent les maillots de La France insoumise. « Y’a Bally Bagayoko !, s’exclame une lycéenne. Je l’aime trop, lui. » Hissé sur le rebord d’un mur, un jeune qui observe la situation, s’exclame, réjoui : « C’est trop bien, les gros darons de la CGT, ils font reculer la police ! »

La fermeture des lycées ne va rien changer. Il est temps qu’on nous écoute.

R. Rani

Alors que la fin de cortège s’apprête à rejoindre ceux qui sont à Nation depuis plus d’une heure, les medics évacuent quelques personnes blessées. Les charges de la police continueront sur la place jusqu’à 19 heures. La prochaine mobilisation nationale a été peinte sur le mur d’une banque, dont les vitrines ont été cassées : « 17 octobre, on prend l’Élysée ! » Dans le cortège, Ryad Rani, le président de l’Union syndicale lycéenne, annonce la couleur : « On ne va pas s’arrêter là. Les vacances qui arrivent et la fermeture des lycées ne vont rien changer. Il est temps qu’on nous écoute. »

Par Céline Martelet & Pauline Migevant•

Publié le 06 octobre 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Jean-Marie Leforestier

La mobilisation lycéenne ne désemplit pas. Dans la rue mardi 6 octobre et avant un nouvel appel à mobilisation ce jeudi, les jeunes manifestant·es racontent les raisons de leur mobilisation aux médias de La Presse libre et sa répression.

 

Dans son émission hebdomadaire, Arrêt sur images donne la parole à Aya et Bruna, deux élèves du Blanc-Mesnil, qui échangent avec un sociologue et un avocat. À Vaulx-en-Velin, Rue89 Lyon croise les regards d'un prof et de ses élèves sur l'état de l'Éducation nationale quand, dans le cortège parisien, Politis interroge les forces sociales venues en renfort.