Le 8 octobre 2026, une centaine d’étudiants de l’université Panthéon-Assas ont bloqué leur faculté en solidarité avec le mouvement lycéen.
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À Lille, les étudiants en journalisme questionnent le traitement des mobilisations lycéennesC’est une scène qu’on ne voit pas souvent – du moins pas depuis Mai 68 –, dans le 6e arrondissement de Paris. Ce jeudi 8 octobre, des blocages et des barricades légères en soutien au mouvement lycéen ont fleuri aux abords de l’université Panthéon-Assas. Faculté peu connue pour sa culture de la revendication, ni du blocage. Pour Lucas*, étudiant en première année de master en droit public, l’établissement serait même « politisé d’une manière qui n’est pas celle-là ». Traduire : à droite.
Les prénoms suivis d’une astérisque ont été changés.
Anouk, étudiante en master 2 de droit, n’en revient pas. Il y a un an quasiment jour pour jour, ses camarades et elle étaient « 20 avec trois poubelles et deux pancartes », en soutien à la flottille de la liberté pour Gaza. « Une charge très rapide et tout s’était fini en 30 minutes. » Aujourd’hui, elle exprime une « fierté sans nom ». Pendant que des étudiants chantent en chœur, des riverains prennent leur café face à une fanfare. « Il n’y a rien de cassé, rien de dégradé », atteste Anouk. Mais pendant que le mouvement suit son cours, les débats se jouent, loin des rues.
Le 2 octobre, Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), s’est exprimé au début des mobilisations lycéennes, fustigeant des « comportements barbares » à propos d’incendies qui ont touché des lycées et d’affrontements entre manifestants et forces de police. Le RN et son allié l’Union des droites pour la République (UDR) se sont fait les porte-voix d’un « retour à l’ordre dans les rues et à l’école » en réclamant le vote et l’application d’un projet de loi « casseur-payeur ». Ce texte, déposé par le gouvernement après des dégradations suite au deuxième sacre du Paris Saint-Germain en Ligue des champions, créerait une « responsabilité collective », selon la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Un projet de loi qui ne va pas assez loin pour le duo RN/UDR. Le maire de Nice, Éric Ciotti, avance que si un mineur est arrêté en train de commettre des dégradations, « sa famille doit être expulsée des logements sociaux si elle en a ». Même son de cloche sur Public Sénat.
On s’arrête sur des poubelles et on oublie les mains et les mâchoires exposées.
Christelle
La nouvelle présidente du groupe Union nationale pour les territoires (alliance du RN et de l’UDR) au Sénat, Edwige Diaz, fustige la « bordélisation » tout en déclarant « soutenir les revendications mais pas la revendication politique de la France insoumise ». Quant à la loi « casseur-payeur », l’ancienne députée girondine dit n’avoir « aucun état d’âme » ajoutant : « Si les élèves, une fois qu’ils seront au travail, doivent payer toute leur vie, ça me va, au moins ça leur servira de leçon. »
« Des gens déconnectés de la réalité »
Pour certains sur le terrain, ces mots passent mal. « Ce sont des personnes déconnectées de la réalité, qui disent des choses qui ne correspondent qu’à leur idéologie », réagit Anouk. Christelle, assistante vétérinaire, a assisté à plusieurs heurts entre la police et des manifestants qui bloquaient le lycée privé de Notre-Dame de Sion, à deux rues de l’université Assas.
Pour elle, le principe du « casseur-payeur » n’est qu’un leurre : « On s’arrête sur des poubelles et on oublie les mains et les mâchoires exposées. » Elle ne voit pas pourquoi « une personne au SMIC rembourserait alors que les premiers casseurs sont au gouvernement ». Clément, étudiant en première année de master de droit privé, tance lui aussi le « cadrage médiatique », qui selon lui « dénie la qualité de citoyen aux jeunes ».
À l’intérieur même de la faculté, la formule des « éléments extérieurs » a trouvé un écho involontaire. Selon une universitaire, qui a demandé à rester anonyme, l’administration a prévenu les étudiants par SMS de la fermeture du centre Panthéon dès 8 heures du matin. Un second message, envoyé dans l’après-midi, invoquait cette fois des « éléments extérieurs ». Or, observe-t-elle, des étudiants de la faculté et des enseignants-chercheurs figuraient parmi les manifestants : « La contestation est toujours attribuée au dehors, comme si elle ne pouvait pas naître à l’intérieur. »
La contestation est toujours attribuée au dehors, comme si elle ne pouvait pas naître à l’intérieur.
Elle voit dans le principe du « casseur-payeur » une forme d’intimidation. À ses yeux, le texte sert à réduire la jeunesse à des casseurs afin de mieux délégitimer des causes – que partagent aussi les personnels –, allant du non-remplacement des enseignants aux conditions de travail à l’université. Les rapports de force ont aussi bougé à Assas, selon elle : des étudiants de plus en plus conscients de leurs privilèges, et pas seulement de la pénurie de salles, ont fini par faire entendre leur voix, certains disant même éprouver de la « honte » à voir leur faculté faire comme si de rien n’était. Elle reconnaît toutefois que les sensibilités restent variées.
« Le fond est bon, mais la forme pas du tout »
Tous ne rejettent pas la logique du texte. Sur la place Vavin, un petit groupe d’étudiants en L2 de droit ont préféré le vin rouge en terrasse au blocage. Pierre, l’un d’eux, soutient les revendications, mais pas la manière dont elles sont portées : « Le fond est bon, mais la forme n’est pas du tout bonne. » Il regrette que le mouvement fasse l’inverse de ce qu’il vise : « Le but de ce genre de mobilisation, c’est d’unir tous les étudiants, là tu en exclus une grande partie. »
Le but de ce genre de mobilisation, c’est d’unir tous les étudiants, là tu en exclus une grande partie.
Pierre
Il s’agace également de certains messages qu’il juge « totalement hors contexte », comme une solidarité affichée avec les Palestiniens et un « déguisement de prêtre » qu’il trouve « ultra choquant ». Il craint l’escalade : « Il y a des gens très conservateurs ou très attachés à une religion, qui le prennent extrêmement mal. Ça peut amener des violences, et ça invisibilise le message. »
Sur le principe du « casseur-payeur », sa position est plus nuancée. Quand un lycée brûle, dit-il, « c’est un problème où il est légitime de demander une réparation ». De son côté, son ami Ange juge le texte « précipité ». « C’est une réaction à l’instant T. » Il regrette surtout qu’un tel texte puisse « surcharger les tribunaux, déjà sous l’eau avec des affaires de violences sexuelles ou de maltraitance sur mineurs déjà reportées ».
Sur le principe de responsabilité collective, les deux jeunes hommes s’étonnent. « Si tu filmes ou restes à côté, ce n’est pas possible de te poursuivre ! » Et pourtant, c’est ce que le député RN Philippe Ballard a proposé au micro de CNews : « Même si elle [une personne présente lors de dégradations] prend son portable et qu’elle est chopée en disant qu’elle filmait, elle sera solidaire de ceux qui ont commis les délits. » Selon un sondage Elabe pour BFM TV, près de 87 % des Français interrogés serait favorables au principe du « casseur-payeur » Pour autant, la responsabilité collective ne semble pas faire partie des interrogations des sondeurs.