Publié le 23 juillet 2026

5 min

Ce que le football nous dit du monde

#Actu

La Coupe du monde masculine de football 2026 a aussi été, sous la tutelle intrusive de Trump, celle du racisme et du roi-dollar.

Source :

Open link

Donald Trump s’incrustant sur le podium des vainqueurs espagnols de la finale de la Coupe du monde masculine de football 2026, le 19 juillet 2026.

Le rideau est retombé le 19 juillet sur la plus extravagante Coupe du monde masculine de l’histoire de cette compétition. La prétention trumpienne à la toute-puissance a ruisselé sur ce mois de football mondialisé. L’épisode le plus grotesque, mais non le moins significatif, a été cette intervention du président des États-Unis pour faire annuler un carton rouge qu’un arbitre avait eu l’audace d’attribuer à un joueur états-unien, et l’immédiate soumission du président de la Fifa, Gianni Infantino, idolâtre mercantile de l’hôte de la Maison Blanche. Entre parenthèses, le même joueur n’aurait pas bénéficié de tant de sollicitude s’il avait croisé la route de l’ICE, la police anti-immigration. Auparavant, Trump avait déjà fait refouler un arbitre somalien au prétexte qu’il était somalien (1). Le racisme fait loi.

1

À noter aussi que l’équipe d’Iran n’a pas été autorisée à séjourner sur le sol américain, et s’est retrouvée contrainte d’établir son camp de base au Mexique. Des supporters de certaines nations (comme la République démocratique du Congo) n’ont, eux, pas pu obtenir de visas pour venir soutenir leurs sélections.

Dire que l’équité sportive n’a pas été chahutée par cette relation délétère entre le président américain et l’intrigant chef de l’institution sportive serait naïf. La généralisation de la « pause fraîcheur », même dans certains stades climatisés, a fractionné en quart-temps un jeu qui s’organisait jusqu’ici en mi-temps. Les règles du football américain se sont imposées au « soccer ». La vraie raison de cette pause sanitaire est que les chaînes de télévision ont pu doubler leurs recettes publicitaires. Aurons-nous droit encore aux pauses fraîcheur cet hiver quand les pelouses seront blanchies par le givre ? En France, M6, qui avait soufflé la couverture de l’événement à TF1 pour quelque 120 millions d’euros versés à la Fifa,
a fait son beurre à raison de 325 000 euros le spot publicitaire de 20 secondes.

Sur le même sujet : Dossier : Mondial 2026, sous les crampons, les droits humains

Le comble a été atteint lors de la finale quand un méga-concert avec notamment Madonna, Shakira et le groupe coréen de K-pop BTS a occupé la pelouse du MetLife Stadium, étirant jusqu’à une demi-heure le temps de repos réglementaire de quinze minutes. Nous étions en plein Super Bowl. Le match était devenu second par rapport à un show par ailleurs assez vulgaire. Trump a pu parler avec son goût de l’hyperbole du plus grand spectacle de tous les temps, et occuper tout l’espace médiatique au moment de la remise de la coupe aux champions espagnols. Ce qui est toujours bon à prendre quand la guerre fait rage au Moyen-Orient et que les sondages sont au plus bas.

Oui, cette Coupe du monde a réveillé le pire racisme.

Certes, depuis ­Mussolini en 1934, en passant par le dictateur argentin Videla en 1978, la Coupe du monde a toujours été un outil de propagande. Mais, aujourd’hui, le nationalisme des hymnes et des drapeaux s’est presque effacé derrière les frasques d’un super capitalisme mondialisé. Si Trump a donné le ton, il n’a pas été le seul. Une sénatrice paraguayenne a comparé Mbappé à un chimpanzé. L’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, nostalgique du franquisme, a affirmé que les joueurs de l’équipe de France n’étaient pas français. Ainsi nous revenait de l’étranger un débat bien de chez nous sur l’identité. On se souvient de la saillie de Finkielkraut stigmatisant en 2018 l’équipe « black-black-black », par opposition aux « blacks-blancs-beurs » de 1998.

Sur le même sujet : Assumer Mbappé, désarmer le monde

Certes, la France, comme l’Angleterre, ou comme le Portugal, ne peut pas nier son passé colonial. Mais qui sont les Upamecano, Koundé, Tchouaméni, Kanté, Dembélé, Mbappé, Barcola ? S’ils ont pour la plupart un parent camerounais, malien, ivoirien ou togolais, ce sont surtout des enfants des cités de Bondy, Évreux, Villeurbanne, où ils sont nés et où des recruteurs les ont repérés. Aurait-on songé à instruire le même procès pour le Roumain Ionesco, l’Irlandais Beckett, le Tchèque Kundera ou l’Albanais Kadaré, ni noirs ni musulmans ? Oui, cette Coupe du monde a réveillé le pire racisme. L’exemple, il est vrai, est venu d’en haut. L’éternel débat sur les origines a pourtant été tranché par Marc Bloch, pour qui « la hantise des origines » était le fléau des historiens, lui qui détestait l’identité totalitaire et proclamait la France « une et divisible ».

C’est la meilleure équipe qui a gagné. Mais c’est au total peu de chose à côté de la laideur du trumpisme.

Sur le même sujet : « La perception de l’équipe de France de foot reflète les luttes pour la conception dominante de la nation »

Nos footballeurs sont des purs produits de notre société. Ils sont des jeunes gens hyperprivilégiés qui ont échappé miraculeusement à leur condition. Le père de N’Golo Kanté était éboueur. Et Lilian Thuram m’a raconté une fois à quel point sa mère, femme de ménage, avait été scandalisée quand son fils lui avait appris le salaire que lui proposait l’AS Monaco. Bien sûr, on me dira qu’il y a eu aussi de belles choses pendant cette Coupe du monde. Les exploits des petits du Cap-Vert ou de Curaçao, et quelques beaux matchs. Et puis, in extremis, c’est la meilleure équipe qui a gagné. Mais c’est au total peu de chose à côté de la laideur du trumpisme, symbole d’un monde où tout peut s’acheter.

Par Denis Sieffert

Publié le 23 juillet 2026

À lire aussi

#Actu

Mauvais perdant ? Le recours très incertain de Jean‐Michel Aulas contre l’élection municipale à Lyon

Publié le 24/03/2026 à 16:08

9 min

Alors qu'il dénonçait « de nombreuses irrégularités » dimanche soir, le candidat de la droite pourrait finalement arguer d'un défaut de couleur d'impression des bulletins de Grégory Doucet pour déposer un recours. Les scrutins de Vénissieux, Saint-Fons et Vaulx-en-Velin, où LFI l'a emporté, sont aussi menacés par de potentielles contestations.

#Actu

Lahouaria Addouche, la candidate qui doit faire entrer LFI et les quartiers populaires au conseil municipal de Lille

Publié le 10/03/2026 à 10:04

17 min

La suppléante du député Aurélien Le Coq n’était a priori pas la candidate la plus connue pour défendre les couleurs du mouvement insoumis dans la capitale des Flandres. Mais elle coche toutes les cases pour séduire l’électorat LFI et parvenir ainsi au deuxième tour. La suite éventuelle semble plus compliquée pour cette non-professionnelle de la politique qui a fait l’objet de menaces…

#Économie #Communs

Allocataires plus sanctionnés et angoissés, personnels déprimés : le « RSA rénové » fait des dégâts dans le Nord

Publié le 04/12/2025 à 13:54

28 min

Poursuivant sa stratégie du « retour à l’emploi », le département du Nord a durci depuis un an les sanctions visant les allocataires du RSA, anticipant la réforme nationale décriée par de nombreux acteurs syndicaux et associatifs. Mediacités dresse le bilan d’un système qui stigmatise toujours plus les personnes en situation de grande précarité.

#Actu

« Elle joue toujours la gagne » : Anaïs Belouassa‐Cherifi, l’insoumise qui pourrait perturber le match Aulas‐Doucet

Publié le 11/11/2025 à 19:06

25 min

Inconnue du grand public jusqu’à son élection comme députée l’an passé, la candidate de La France insoumise au scrutin municipal lyonnais est entrée en campagne en ciblant Jean-Michel Aulas, mais sans vraiment ménager les écologistes. Réputée « bosseuse » voire « redoutable », la trentenaire présente aussi un parcours plus sinueux que son image d’apparatchik mélenchoniste ne le laisse paraître.

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Léna Rosada

Quel rôle a joué Enedis dans le départ de l'incendie de Saumos, qui a ravagé des milliers d'hectares en Gironde ? C'est la question que devra éclaircir la justice, alors que Rue89 Bordeaux révèle que l’association anticorruption AC! a déposé plainte contre l'entreprise gestionaire du réseau d'électricité dont l'un des chantiers a été le théâtre du départ de feu. 

 

Malgré des mesures aux conséquences potentiellement dévastatrices pour l'environnement, la loi d'urgence agricole était presque absente des plateaux télé lors des semaines précédant son adoption le 21 juillet. Arrêt sur images relève un traitement insuffisant et préoccupant du fond du texte.   

#Libertés #Pouvoirs

Incendie de Saumos : l’association AC!! porte plainte et demande que les responsabilités d’Enedis soient examinées

Publié le 25/07/2026 à 06:00

4 min