Des membres du groupe d’extrême droite Nemesis brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Nemesis soutient la police » lors d’une manifestation organisée par le syndicat Alliance Police Nationale pour dénoncer le manque de ressources de leur corporation à Toulouse, dans le sud de la France, le 31 janvier 2026.
L’actualité internationale n’est pas au cœur des préoccupations des néofascistes, qui lui préfèrent en général les faits divers régionaux faisant avancer leur agenda nationaliste. Toutefois, depuis le 9 janvier, des féministes nationalistes et identitaires s’attardent sur les manifestations ayant lieu en Iran. Elles instrumentalisent les revendications contre le régime théocratique des mollahs et déversent leur islamophobie à moindres frais grâce à une surmédiatisation de leur présence dans des manifestations en soutien au peuple iranien.
Ce n’est pas la première fois que Némésis, collectif identitaire, tente d’instrumentaliser les violences sur les femmes racisées, comme en témoigne l’action contre SOS Méditerranée datée du 1er décembre 2025, où l’on pouvait lire sur une banderole : « 90 % de femmes violées en traversant la mer ».
À travers une quinzaine de vidéos et de photographies prises lors de deux manifestations de soutien au peuple iranien, les membres de Némésis ont brandi des pancartes « Fuck islamism » ou « Fuck Khamenei ». Plus encore, en lien avec une membre du collectif Eros, elles ont organisé une véritable « cérémonie de dévoilement » durant laquelle, en musique, elles ont enlevé le voile qu’elles portaient, avant de brûler le visage du guide suprême de la République islamique.
Une mise en scène politique accompagnée de slogans en anglais pour plus de viralité : « Why do you fight against islamism in France ? Because we don’t want the same as women in Iran », « Support Iran against islamic tyranny. » Tout en dénonçant une oppression, ce geste symbolique renforce une narration occidentale et identitaire par la spectacularisation. Et par la mise en avant de soi, dans un jeu d’acteur sordide et une esthétisation militante, il efface les réalités vécues par les femmes iraniennes.
Grand fantasme et grammaire visuelle de l’extrême droite, cette performance n’est pas sans rappeler la sénatrice australienne d’extrême droite Pauline Hanson déboulant en burqa dans l’hémicycle en novembre 2025, ou encore l’affiche de 2015 du Rassemblement national avec deux portraits côte à côte de Kelly Betesh, alors militante d’extrême droite, l’un la présentant « libre » avec un bonnet rouge, l’autre le visage dissimulé par un niqab.
Cette stratégie de communication de la part de Némésis vise évidemment plus à mettre en avant les revendications islamophobes du collectif qu’à apporter un vrai soutien au peuple iranien. En témoigne d’ailleurs son incompréhension des réels enjeux des mobilisations de décembre et janvier, portant sur des revendications économiques et démocratiques, et dont la répression a causé 30 000 morts. Ce qui est différent des premières images du mouvement « Femme, vie, liberté », dressé contre la police des mœurs, les mollahs et le port du voile obligatoire, à la suite de l’assassinat de Mahsa Amini.
Lorsqu’Alice Cordier s’interroge au micro du « journaliste » d’extrême droite Vincent Lapierre sur la prétendue absence des associations féministes dans les manifestations en soutien à l’Iran, son silence sur les femmes kurdes égorgées et mises en esclavage par Daech n’en est que plus criant. Mais sans doute que les militantes du Rojava auraient été consternées, comme je l’ai été, de voir, à Clermont-Ferrand, leur slogan « Jin, jîyan, azadî » (« Femme, vie, liberté ») placardé à côté d’une affiche de recrutement pour un collectif d’extrême droite… À des années du projet politique mené par les femmes kurdes.