Publié le 10 novembre 2025

3 min

Penser les nouvelles sécurités sociales

#Actu

Le principe d’une solidarité pour faire face aux inévitables fragilités de la vie reste fondateur du lien social. Lutter contre les politiques qui détruisent le lien social et développent la pauvreté reste essentiel.

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Bence Balla-Schottner

Les luttes contre le démantèlement de la protection sociale sont toujours d’une très grande intensité, comme en 1995. Malgré les avancées de la marchandisation, de la concurrence et de l’individualisme, le principe d’une solidarité pour faire face aux inévitables fragilités de la vie reste fondateur du lien social pour la majorité. Cette solidarité est monétaire, il s’agit de verser un revenu à ceux qui n’ont pas la possibilité de travailler. Depuis les années 1990, cette sécurité sociale a été affaiblie par les politiques économiques néolibérales.

Lutter contre ces politiques qui détruisent le lien social et développent la pauvreté reste essentiel. Mais ces luttes doivent viser plus que la seule solidarité monétaire, à l’heure du capitalocène. Elles doivent renouer avec la dimension de résistance qu’avaient les caisses de secours mutuels au XIXe siècle. Ces caisses servaient de caisse de grève. La capacité de la résistance ouvrière se mesurait à la capacité de faire durer une grève par une certaine autonomie de subsistance vis-à-vis des marchés capitalistes.

Sur le même sujet : Dossier : Sécurité sociale : 80 ans après, étendre la solidarité

Les grandes grèves ouvrières du début du XXsiècle ont pu durer car les usines n’étaient pas loin du monde paysan, et l’autonomie alimentaire était pensée explicitement comme une « arme capitale de la lutte ». Le patronat et les dirigeants politiques du Second Empire ne s’y sont pas trompés puisque les caisses de secours mutuels ont été coupées de cette dimension de résistance en contrepartie de leur légalisation.

Penser la sécurité sociale du XXIe siècle, c’est renouer avec la dimension politique de la solidarité.

Penser la sécurité sociale du XXIe siècle, c’est renouer avec la dimension politique de la solidarité. Ici, les enjeux écologiques convergent avec les principes de solidarité, au contraire de la rhétorique fallacieuse opposant les fins de mois à la fin du monde. L’autonomie alimentaire n’est pas qu’un accès à un besoin, il est politique et certains révolutionnaires de 1789 le savaient lorsqu’ils défendaient un « droit à l’existence » synonyme de droit à la subsistance comme condition de la liberté et de la non-domination.

Lien fécond

La Sécurité sociale de l’alimentation (SSA) est une piste pour cette autonomie si elle est pensée de manière anticapitaliste et non comme simple instrument de solidarité alimentaire. Pour en faire un instrument de lutte dans le rapport de force, l’enjeu est le conventionnement des fermes. Elles doivent sortir des logiques productivistes mondialisées de l’agriculture (moins de machines et d’intrants chimiques).

Les batailles sociales doivent tenir ensemble solidarité et bifurcation productive.

Nous savons que le résultat est la baisse de la productivité agricole et donc la hausse des coûts de production. Le conventionnement permet que cette bifurcation productive ne soit pas écrasée par le marché, en garantissant débouchés et revenu stable aux paysans. Surgit alors la dimension politique de la SSA : la propriété foncière.

Sur le même sujet : Sécurité sociale de l’alimentation : un brin d’utopie et une louche de questions

La généralisation de la SSA demande le basculement de la majorité des exploitations agricoles dans la logique antiproductiviste. On comprend la difficulté de ces alternatives à s’entendre, car elles butent sur l’accès au foncier et sur les intérêts des grands exploitants agricoles. Les batailles sociales, pour qu’elles soient porteuses de transformations sociales et écologiques, doivent tenir ensemble solidarité et bifurcation productive. On peut faire la même analyse concernant une sécurité sociale du logement fondée sur la propriété collective des logements sans plus-value immobilière.

Loin de cette vieille opposition stérile entre luttes et alternatives, penser les nouvelles sécurités sociales, c’est faire ce lien fécond entre les alternatives nourricières des luttes et les luttes qui ouvrent l’espace des alternatives.

Par Mireille Bruyère

Publié le 10 novembre 2025

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