PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Municipales : ces villes qui précarisent les mères isolées « La gestion des naissances n’est pas en dehors du système capitaliste »« Il est temps de réfléchir au projet ou non d’avoir un enfant. » C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron envisage de commencer la lettre envoyée à tous·tes les Français·es de 29 ans, à l’été prochain. Face aux chiffres record de dénatalité publiés par l’Insee, le président du réarmement démographique sort son meilleur atout : un « plan de lutte contre l’infertilité ».
Son idée miracle ? Un accès simplifié à la congélation d’ovocytes… alors même qu’en France, tout le monde ne dispose pas librement de ses gamètes. Les hommes trans n’ont, par exemple, plus accès à leurs ovocytes congelés avant leur changement d’état civil. Pour pouvoir réduire les délais d’attente avant cette intervention médicale, le gouvernement envisage de se délester de cette mission au profit d’entreprises privées.
Côté PMA « pour toutes », les associations alertent en vain depuis des années sur le manque de campagnes de sensibilisation au don de sperme. La politique nataliste du président de la République n’est pas qu’hétérocentrée, elle est aussi raciste. En 2023, l’Autorité régionale de santé (ARS) de Mayotte – 101e département français – a annoncé proposer systématiquement la ligature des trompes aux femmes se présentant à l’hôpital. En France donc, on souhaite voir plus d’enfants. Plus d’enfants blancs, valides, élevés dans une famille hétéropatriarcale.
Comme il n’est jamais trop tard pour apprendre, Emmanuel Macron semble à cette occasion découvrir deux nouvelles maladies gynécologiques : l’endométriose et le SOPK (syndrome des ovaires polykistiques). Ni une, ni deux ! Il promet une « meilleure prise en charge ». Pas pour faciliter le quotidien ou pour soulager la douleur des femmes qui hurlent leur détresse depuis des années à travers des associations ou sur les réseaux sociaux… mais pour s’assurer qu’elles puissent être en capacité de concevoir.
Un plan nataliste qui ne concentre ses efforts que sur la fertilité, comme si la baisse des naissances en France n’était pas aussi dû aux conditions de vie des familles. Une vision biologique de la naissance, qui lui permet de ne pas remettre en question le manque de politiques familiales alors qu’un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.
On souhaite voir naitre plus d’enfants blancs, valides, élevés dans une famille hétéropatriarcale
De ne pas non plus régler le problème des violences gynécologiques et obstétricales dans les hôpitaux, celui du manque d’accompagnement des mères isolées, celui de l’exclusion croissante des enfants des espaces communs – les wagons no kids de la SNCF, par exemple –, ni les inégalités professionnelles et de répartition des tâches domestiques entre les hommes et les femmes. Une vision biologique de la naissance qui ne prend pas en compte les inquiétudes croissantes des jeunes en matière d’emploi, d’accès au logement, de géopolitique et d’écologie.
La géographe Clélia Gasquet-Blanchard le rappelait la semaine dernière dans une interview publiée sur notre site : comme l’ensemble du secteur de la santé, la maternité est devenue une entreprise de rentabilité qui maltraite. En France, le taux de mortalité infantile et maternelle est plus élevé que chez la plupart de nos voisins européens. Le suicide est aussi la première cause de mortalité chez les mères dans la première année de vie de leur enfant.
Comment un tel système pourrait-il ne pas être dissuasif ? À force d’errances en matière d’écologie, de soin, d’égalité de genre et de lutte contre fascisme, ce capitalisme mortifère s’autodétruit. Et nos enfants ne naîtront que si les politiques publiques nous laissent entrapercevoir une perspective de futur désirable.