Publié le 23 juillet 2026

4 min

La foncière publique : l’État-calculette approuvé par la social-démocratie

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La création d’une foncière publique chargée de gérer l’immobilier de l’État a été votée par le Parlement. La gauche gestionnaire a validé de réduire le service public à ses mètres carrés…

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L’immobilier de l’État comprend des logements de fonction, des casernes, des préfectures ou encore des ministères, comme celui de la Justice.

Ce 21 juillet 2026, le Parlement a créé une foncière publique1 qui pourra recevoir gratuitement certains bâtiments de l’État. Les administrations pourront les occuper par bail ou autorisation. En clair, l’État pourra se facturer l’usage de ses propres murs.

(1) Son objectif est de réaliser des économies et de financer la rénovation des bâtiments de l’État. Elle aura pour rôle de louer ces biens (aux ministères, aux administrations, aux services déconcentrés de l’État, etc., mais aussi à des acteurs privés), d’en acquérir, de vendre, avec pour objectif de rentabiliser le patrimoine.

Le patrimoine de l’État est souvent dégradé, énergivore et inadapté. Ce diagnostic n’impose pas le remède choisi. Cette réforme change la conception de l’État : la présence d’un service ne dépendra plus seulement de sa mission, mais aussi du coût et de l’usage des locaux. Le basculement commence lorsque le critère financier, d’instrument de gestion, devient principe de gouvernement.

Il ne s’agit pas de refuser l’évaluation ni la responsabilité budgétaire. Mais compter n’est pas gouverner, et tout ce qui compte ne se mesure pas de la même manière. La continuité du service, la présence territoriale ou la réponse aux crises ne se mesurent pas comme la rentabilité d’un immeuble. Une surface sous-utilisée peut être une réserve indispensable ; ce qu’un tableau classe comme un coût peut être la condition concrète de l’égalité.

La logique s’inverse lorsque les moyens jugés acceptables déterminent les besoins reconnus. La propriété publique ne suffit pas : une institution peut rester publique tout en laissant loyers, coûts et valorisation ordonner ses priorités. Les administrations deviendront clientes de leur propriétaire public. Ce n’est plus le patrimoine qui est mis au service de la mission, mais la mission qui doit se conformer à la stratégie patrimoniale.

Le service public est le patrimoine de ceux qui n’en ont aucun

Plus grave : le consentement social-démocrate. Lors du vote définitif, vingt-six députés socialistes, dont Olivier Faure, François Hollande et Boris Vallaud, ont voté pour ; deux se sont abstenus et aucun n’a voté contre. La social-démocratie n’a pas perdu la bataille idéologique : elle ne l’a pas menée. Elle en a accepté les impératifs : séparer, contractualiser, valoriser, performer. Elle a cessé de voir que la manière de gérer l’État détermine déjà la manière de concevoir la République.

Dans la tradition républicaine et socialiste, le service public est le patrimoine de ceux qui n’en ont aucun. Celui qui possède des ressources peut payer une école privée, une clinique ou un conseil juridique ; les autres dépendent d’institutions communes et accessibles. Les affaiblir, c’est modifier la répartition réelle des libertés. Une liberté qui dépend de la fortune devient un privilège de marché.

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Le retour de l’intervention publique ne garantit pas celui de l’État démocratique. Un État peut protéger ses industries tout en restructurant ses administrations, être un bélier face aux autres puissances et une calculette face à ses citoyens. L’alternative oppose un État puissant lorsqu’il commande, mais comptable lorsqu’il protège, à un État fidèle à l’égalité, aux libertés et à la continuité du service public.

Notre association Libertés & Partage ne défend ni l’immobilisme ni l’indifférence au coût. Tout transfert important doit être précédé d’une évaluation publique et contradictoire de ses effets sur le service, les agents, les usagers et l’égalité territoriale. Les opérations stratégiques doivent relever du Parlement. La rénovation doit reposer sur une programmation pluriannuelle, non sur les seuls loyers ou cessions.

L’efficacité publique ne se mesure pas aux seuls mètres carrés économisés, mais à la capacité de l’État à remplir durablement les missions que la souveraineté populaire lui a confiées. Les libertés restent abstraites sans institutions accessibles ; le partage reste un mot s’il ne s’accompagne pas de patrimoine commun.

Refuser l’État-calculette ne signifie pas refuser les comptes, mais les remettre à leur place : au service de la République, non aux commandes. Un État qui ne sait plus ce qu’il doit garantir finit par ne plus savoir que ce qu’il peut mesurer, louer ou céder. La République commence là où le prix cesse d’être la mesure de toute chose.

Par Pierre-Henri N’simba-Delezay

Publié le 23 juillet 2026

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