Publié le 31 août 2026

5 min

La droite a un nouveau candidat, il s’appelle François Hollande

#Pouvoirs

L’ancien président socialiste prétend voir un tout nouveau chemin politique. En piquant de vieilles idées à la droite et en empruntant à Emmanuel Macron la stratégie d’un grand rassemblement flou. 


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Le patron de « Horizons » Édouard Philippe, débat avec l’ancien président François Hollande, lors des universités d’été « Le Laboratoire de la République », à Sens, le 29 août 2026.

François Hollande n’en est plus à une contradiction près. L’ancien président rêve d’être le recours de cette gauche sociale-démocrate qui se cherche encore. Mais, pour sa rentrée, il choisit la une du très droitier Le Point le 27 août. Il y fait la promotion de son dernier livre à paraître le 3 septembre aux éditions Robert Laffont. Titre de son ouvrage : Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche. Nouvelle gauche, vraiment ?

Dans les 88 propositions de son pavé, Hollande refuse d’augmenter significativement le Smic, s’oppose à la taxe Zucman, souhaite baisser les cotisations salariales en relevant, notamment, de quatre points la TVA. Plus encore, l’ex-chef de l’État estime qu’il n’est plus question de défendre un âge légal de départ à la retraite à 60 ou 62 ans, mais à 63 ans. Il veut même introduire une part de capitalisation et imagine augmenter la durée de cotisation en l’adaptant à l’espérance de vie et à l’équilibre démographique.

Et ce n’est pas fini. Sur un tout autre sujet, le socialiste défend un durcissement des règles du regroupement familial et souhaite fixer des volumes d’immigration de travail. En 2013, le locataire de l’Élysée s’empêtrait dans l’affaire Leonarda en regrettant, dans une allocution, l’expulsion de l’adolescente de 15 ans, arrêtée en pleine sortie scolaire pour être renvoyée au Kosovo. Treize ans plus tard, il fait de ce scandale politique un pilier de son programme. La « nouvelle gauche » de l’ancien président pioche tout simplement dans les idées traditionnelles de la droite.

François Hollande a bien changé. Dans l’hebdomadaire détenu par François Pinault, il affirme ne pas être libéral mais ne dirait plus aujourd’hui « mon ennemi, c’est le monde de la finance ». L’intéressé l’admet : « Je l’exprimerais d’une manière différente. » Où est donc passé ce candidat qui voulait taxer les bénéfices des banques, s’attaquer aux niches fiscales, sécuriser l’immigration légale, accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales, abaisser l’âge de départ à la retraite à 60 ans ? Car oui, François Hollande défendait tout cela dans son programme en 2012. Un autre monde.

Grand magma libéral

Stratégiquement, ses toutes nouvelles revendications correspondent à l’analyse électorale qu’il fait pour cette campagne présidentielle. Hollande croit dur comme fer que 2027 se gagnera au centre. La gauche n’est peut-être même plus son sujet. Il parle désormais d’un rassemblement consensuel, très flou, qui ne s’appuie plus sur la grille de lecture partisane ou sur celle des valeurs politiques traditionnelles.

Le Corrézien cible deux dangers : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux reliés, selon lui, par un signe égal.

« Je veux montrer qu’il y a un chemin, celui du rassemblement sur l’essentiel, dit-il. Nous ne sommes plus dans l’affrontement classique entre la droite et la gauche. L’une et l’autre sortent abîmées après dix ans d’une politique qui les a fracturées au bénéfice des extrêmes. » La manœuvre ressemble étrangement à une idée macroniste.

Hollande souhaite aspirer ce grand magma libéral qui cherche encore son champion. Mais il va même plus loin. Le 29 août à Sens, sur la scène des universités d’été du Laboratoire de la République, cénacle laïcard créé par l’ancien ministre de l’Éducation nationale et ex-directeur de l’Essec, Jean-Michel Blanquer, le Corrézien cible deux dangers : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux reliés, selon lui, par un signe égal. Ce dangereux refrain est chanté depuis un certain temps par la horde de prétendants à droite. Face à lui, son débatteur, le candidat et ex-Premier ministre Édouard Philippe, est d’ailleurs plutôt d’accord. Il tenait à peu près le même discours lors des législatives anticipées de 2024.

Sur le même sujet : Pour la rentrée, Jean-Luc Mélenchon veut aspirer la gauche et vite passer à la suite

François Hollande a-t-il vraiment besoin de banaliser encore un peu plus le Rassemblement national (RN) ? En tout cas, il évite soigneusement de rappeler qu’il est revenu il y a deux ans sur les bancs de l’Assemblée à la faveur de l’accord du Nouveau Front populaire (NFP), ficelé avec les insoumis. Aujourd’hui le vent souffle de l’autre côté de l’échiquier politique. Curieux oubli.

Applaudi par le public, l’ancien premier secrétaire du Parti socialiste (PS) réussit à conquérir François Bayrou. Comme lors de la campagne de 2012. Aujourd’hui, le centriste concède sur Radio J que « ses idées sont plus compatibles qu’elles ne l’étaient ». L’ancien Premier ministre plaide d’ailleurs pour une grande primaire allant de la gauche modérée à la droite gaulliste. François Hollande pourrait alors se retrouver à batailler avec Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau… N’est-elle pas là, sa bonne place ?

Par Lucas Sarafian & Hugo Boursier

Publié le 31 août 2026

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