Publié le 28 août 2026

7 min

Influenceurs : « N’appeler qu’à voter contre l’extrême droite, c’est le niveau zéro de l’engagement »

#Pouvoirs #Communs

De nouveaux visages ont émergé lors des dernières élections municipales. Parmi eux, Mouna Benamar, à Montreuil. À travers ses réseaux sociaux, elle entend faire entendre une nouvelle génération dans la perspective de 2027.

Source :

Open link

Montage Maxime Sirvins / DR

Mouna Benamar, élue de Faire mieux pour Montreuil, s’est fait connaître pendant la campagne des municipales en menant un « pressing » sur Patrice Bessac, maire communiste de Montreuil depuis 2014. Identifiée comme l’un des visages de la gauche montreuilloise sur TikTok, elle appelle les créateurs de contenu à assumer leur responsabilité pour 2027.

Depuis plusieurs semaines, de nombreux créateurs de contenus sur Instagram et sur TikTok ont ouvertement annoncé leur engagement pour la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Vous-même êtes progressivement devenue l’un des visages identifiés de la campagne municipale notamment grâce à votre contenu sur TikTok. Selon vous, quelle place les réseaux sociaux occupent-ils aujourd’hui dans les campagnes politiques ?

Mouna Benamar : Les réseaux sociaux sont très importants aujourd’hui, c’est indéniable. Dans notre quotidien, ils occupent une place centrale, donc en politique tout autant. Cependant, c’est à relativiser. Il y a un monde réel et les algorithmes, on ne les connaît pas, on ne peut pas uniquement miser là-dessus. La preuve c’est que l’abstention a encore atteint un record et à Montreuil, comme ailleurs, une communication de trois mois ne suffit pas. Ça ne remplace pas un parti politique installé depuis plusieurs mandats.

Sur le même sujet : Pop et facho, l’extrême droite captive les jeunes sur les réseaux

Ce qu’on peut dire, c’est qu’il est important de communiquer sur les réseaux sociaux mais c’est à compléter avec un vrai travail de terrain. Mon objectif c’était surtout de faire un peu d’éducation populaire, de démythifier la politique et de planter des graines. De montrer et encourager les plus jeunes à peut-être penser à s’inscrire sur des listes, à nourrir son engagement politique. De faire comprendre aussi que la politique ce n’est pas un métier, mais un engagement.

On a récemment vu l’influenceuse Léna Situations, prise à partie pour sa proximité avec Gisèle Journo, cofondatrice d’une agence d’influence, qui a publiquement soutenu plusieurs fois l’armée israélienne. Pensez-vous que les créatrices et créateurs de contenu doivent investir les sujets d’actualité ?

Je pense que ça demande du courage. Les convictions, ça coûte cher et beaucoup ont intérêt à ne pas trop s’exprimer. Les créateurs de contenu ne sont pas forcément militants et parfois ils s’expriment sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas ou ne connaissent pas, surtout parce qu’ils s’y sentent forcés. Donc il y a le fait de prendre la parole, mais aussi de comment le faire. Ce qui indigne, c’est le silence et la passivité face à un sujet comme celui de Gaza. Les gens ont besoin de voir que les personnes qui suivent sont sur la même longueur d’onde et qu’ils partagent les mêmes valeurs.

Est-ce que la Nouvelle France a uniquement pour fonction de voter ?

De mon point de vue les influenceurs qui appellent juste à voter contre l’extrême droite c’est le niveau zéro de l’engagement. Pour 2027 ça relève d’une responsabilité. La moindre des choses c’est de dire, non seulement qu’on vote contre l’extrême droite, mais aussi de citer la seule force de gauche possible : LFI. Qu’elle soit compatible à 100 % avec nous ou pas, ce n’est même plus le sujet. Il y a des gens qui sont en danger et parmi eux les abonnés de ces influenceurs qui sont pour beaucoup issus de classes populaires, de l’immigration ou de banlieue. Ils ont une responsabilité envers ces gens-là. Un influenceur d’extrême droite ne va pas hésiter à appeler à voter pour Marine Le Pen par exemple.

Êtes-vous opposée à la loi, partiellement censurée par le Conseil constitutionnel, visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, ainsi qu’à l’interdiction du téléphone portable au lycée ?

Pour moi cette loi, c’est du populisme. Face à un réel problème chez les jeunes, on met la faute sur le téléphone. C’est dire à quel point on est descendu dans le niveau politique. Il y a une sorte d’hypocrisie puisque le téléphone et les réseaux sociaux ne sont pas des causes mais plutôt des symptômes. Ce qui se passe sur nos téléphones, c’est aussi ce qui se passe dans la vraie vie. Si on estime que les enfants sont confrontés à la violence à travers leur téléphone, cela ne veut pas dire qu’ils sont moins confrontés à la violence dans la vraie vie.

Sur le même sujet : Influenceurs : tous les dégoûts sont sur le net

D’ailleurs les mêmes personnes qui sont favorables ou votent cette loi sont elles-mêmes des communicants vers un jeune public. La communication de Gabriel Attal est, par exemple, clairement faite pour les jeunes de 15 ans et moins.

On a vu émerger de nouvelles figures politiques issues des quartiers populaires accompagnées par le mouvement, théorisé par LFI, de la « Nouvelle France ». Cette dynamique née dans les élections locales peut-elle se prolonger jusqu’à la présidentielle ?

Ce que je pense, c’est que les gens issus de quartiers populaires doivent continuer à s’exprimer, à donner leurs revendications et être clairs sur ce qu’ils veulent pour la suite. Ils doivent participer à cette dynamique qui existe du côté de la gauche et de la France insoumise. Mais en restant vigilants à ne pas tomber dans le piège, qui existe dans l’appareil politique, et qui a tendance à relayer les minorités au second plan, comme ont pu le faire le Parti socialiste et tant d’autres partis politiques. La « Nouvelle France » c’est un très beau poème mais concrètement, ça veut dire quoi ? Nous, on connaît la « Nouvelle France ». On y vit depuis toujours, mais est-ce que la Nouvelle France sera à l’Élysée ? Ou est-ce qu’elle a uniquement pour fonction de voter ?

Sur le même sujet : Dossier : Nouvelle France, vieille idée ?

Justement, comment évite-t-on que cette nouvelle représentation des quartiers populaires ne devienne pas un simple outil électoral pour les partis politiques ?

Si tu n’as pas fait l’Ena ou si tu n’as tu n’es pas un grand politicard, je ne vois pas comment tu peux avoir un poste à l’Élysée.

Je le dis très clairement : il faut accompagner la dynamique de LFI parce que, de toute façon, il n’y a pas de choix. Ça ne signifie pas non plus que tu ne seras pas déçu des cinq ans de mandat. Mais je préfère largement avoir un Mélenchon qu’une Marine Le Pen ou un Macron bis qui va nier tous nos droits pendant des années. Malheureusement, dans le cadre de cette présidentielle, les têtes comme les miennes vont très probablement être reléguées au second plan, qu’on le veuille ou non. Concernant les ministères, on imagine bien que ce sont les grosses têtes de la France insoumise. On reste toujours dans des logiques élitistes. Si tu n’as pas fait l’Ena ou si tu n’as tu n’es pas un grand politicard, je ne vois pas comment tu peux avoir un poste à l’Élysée.

Et quel rôle pensez-vous personnellement pouvoir jouer dans cette séquence nationale ?

Pour le moment, je n’y ai pas réfléchi. J’ai participé à ma manière, peut-être en créant du contenu sur le sujet. Tout dépendra de l’urgence. Après, il y aura aussi les législatives qui seront importantes post présidentielle. Je pense que là aussi ça va se jouer.

Par Kamélia Ouaïssa

Publié le 28 août 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Léna Rosada

Raphaël Glucksmann peut-il être "un rempart face à Jean-Luc Mélenchon" ? Avant même la primaire socialiste, Arrêt sur images revient sur la question phare dans les médias concernant le désormais candidat... et constate un certain pessimisme chez les éditorialistes quant à ses chances d'emporter l’Élysée. 

 

Un groupuscule d'extrême droite qui perturbe le meeting d'un candidat LFI dans un village en périphérie de Lille. Mediacités revient sur le procès pour violences en réunion à l'encontre de membres du mouvement Nouvelle Droite,  groupuscule d’ultra droite identitaire, ayant suivi cet épisode des élections municipales.