Publié le 25 septembre 2026

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4 min

Gaslight politique

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Le gaslighting, manipulation d'un individu par un autre, se retrouve aussi à l'échelle nationale via une déconstruction du langage, qui rend acceptables la violence, la misère et la répression.

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Thomas Gaertner / Unsplash

Le terme gaslighting désigne un phénomène d’emprise visant à manipuler une personne pour lui faire douter de sa réalité, de ses perceptions et de ses souvenirs. Remis au goût du jour par les luttes féministes, le terme tire son origine de la pièce Gas Light (1938), qui décrit l’emprise d’un mari sur son épouse qu’il rend folle en changeant l’intensité des lampes à gaz. L’objectif du gaslighting est clair : il s’agit de prendre le contrôle sur l’autre en détruisant son estime de soi et son autonomie décisionnelle.

Le langage joue en effet un rôle essentiel dans la formation de la psyché. 

Si le gaslighting désigne d’abord une manipulation interpersonnelle, il peut aussi s’exercer à l’échelle d’un groupe ou d’une société. Le système politique français, par exemple, manipule ostensiblement ses citoyens, notamment par le biais d’une politique mensongère et violente qui élargit chaque jour un peu plus la fenêtre d’Overton et laisse aux Français un fort sentiment de déréalisation et d’impuissance. Je parlerai donc ici de gaslight national, c’est-à-dire la perte de sens et la manipulation par le langage. 

Sur le même sujet : « Macron est un manipulateur du langage »

En recevant le prix Nobel de littérature le 7 décembre 2005, le dramaturge Harold Pinter écrivait dans un discours politique engagé : « La majorité des hommes politiques, à en croire les éléments dont nous disposons, ne s’intéressent pas à la vérité mais au pouvoir et au maintien de ce pouvoir. » Pinter s’est employé à alerter sur les conséquences d’un langage politique vidé de son sens, qui ne sert plus à proposer des idées mais à manipuler. En déconstruisant les éléments de langage, il met en lumière les mécanismes qui rendent acceptables la violence, la misère et la répression.

Appauvrissement et manipulation

Le langage joue en effet un rôle essentiel dans la formation de la psyché. En l’appauvrissant, on réduit la polysémie et les possibilités de relier les idées entre elles. On fait également disparaître des mots ainsi que la réalité derrière eux. Cette disparition empêche de nommer les maux et les griefs : un projet remplace un programme, un génocide devient un « conflit », « arabe » se confond avec « musulman » ou « islamiste ». 

Aujourd’hui, la manipulation langagière par le pouvoir étatique prend encore plus d’ampleur. En l’espace d’un été, une loi pour « la présomption d’usage légitime des armes pour les forces de l’ordre » a été adoptée à la majorité à l’Assemblée nationale, elle sera examinée au Sénat en octobre. Cette loi avait initialement été proposée par Jean-Marie Le Pen. Sa fille, reconnue coupable de détournement de fonds publics, se présente à la présidentielle et entame une campagne sous bracelet électronique.

Sur le même sujet : Dire tout et n’importe quoi : ce que la montée du fascisme fait à la langue

Une proposition de loi pour traquer les femmes voilées musulmanes occupe tout le débat public alors même que des élèves ont fait leur rentrée dans des classes insalubres et surpeuplées, que la récession menace, que les agressions racistes, islamophobes, antisémites, sexistes, LGBTphobes se multiplient, que le génocide à Gaza est toujours en cours tandis que les personnes qui le dénoncent sont silenciées.

Aujourd’hui, on regarde l’histoire se dérouler comme on tournerait les pages d’un livre qu’on pourrait refermer à tout moment. Mais, pour beaucoup, cette histoire se vit dans nos corps toujours sur le qui-vive, dans l’amertume qui serre nos gorges et retourne nos estomacs, dans nos familles « plutôt crever que de voter Mélenchon ». Mais qui va crever ? Pas eux. Il est temps de réinvestir le sens, de réinvestir le langage et, comme le dit Adèle Haenel, de « parler pour dire ce qu’il y a dans ce silence afin que tout le monde l’entende ». 

Par Juliette Smadja•

Publié le 25 septembre 2026

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Voici l'édition du  

Par Virgil Bauchaud

La révélation par Mediapart des messages antisémites de Jordan Bardella peut-elle faire dévisser le RN ? Pour les spécialistes interrogés dans Politis, la base électorale restera acquise à l'argumentaire anti-immigration du parti. L’incertitude réside plutôt du côté des nouveaux·elles électeur·rices.

 

Cette affaire a parfois été accueillie avec étonnement dans les médias dominants. Arrêt sur images décrypte dans son émission hebdomadaire comment s'est installé le mythe de la "dédiabolisation" du parti à la flamme. Dans cette lignée, Reflets dépoussière les vieux dossiers et ressort des mails d’électeurs FN envoyés à Jean-Marie Le Pen à l’entre deux tours 2002. Le racisme et l’antisémitisme y sont omniprésents.

#Extrême droite

Affaire Bardella : la « dédiabolisation » du RN à l’épreuve, mais pour quel électorat ?

Publié le 01/10/2026 à 16:11

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8 min

Branle-bas de combat au Rassemblement national (RN). Alors que le parti à la flamme forme pour la première fois un groupe au Sénat et franchit une étape dans sa « dédiabolisation », le média d’investigation Mediapart met à l’épreuve la « stratégie de la cravate ». Dans une enquête intitulée « Les banques sont toutes détenues par des juifs : Jordan […]