Benjamin Lucas-Lundy, en 2021.
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Entre Mélenchon et les divisions socialistes, les unitaires rêvent de sortir du bourbierLa primaire, il y croit encore dur comme fer. Benjamin Lucas-Lundy, coordinateur national de Génération.s et fervent défenseur de l’union de la gauche, explique le sens de sa candidature dans le cadre de ce processus. Le porte-parole du groupe écologiste à l’Assemblée détaille aussi quelques-unes de ses priorités programmatiques.
Tout le monde dit que la primaire que vous défendez est enterrée. Pourquoi croyez-vous le contraire ?
Benjamin Lucas-Lundy : Si l’on est responsable, il faut admettre qu’il n’y a pas d’autre solution. Le peuple de gauche doit dire ce qu’il souhaite. Mais aujourd’hui, il est peu probable que tout le monde participe à cette primaire. Je reste optimiste. La création du Nouveau Front populaire (NFP) en quelques heures après la dissolution a montré qu’on pouvait déjouer les pronostics les plus pessimistes.
À chaque fois que la gauche a été mise au pied du mur, elle a su faire le bon choix.
Vous admettez donc qu’il est « peu probable que tout le monde participe à cette primaire ». Mais vous comptez toujours convaincre Fabien Roussel et les communistes, Jean-Luc Mélenchon et les insoumis ainsi que Raphaël Glucksmann et Place publique. Comment les convaincre ?
Il faut leur expliquer qu’ils ne peuvent pas gagner seuls. Dans le pays, l’état de la gauche est trop faible. C’est d’ailleurs le constat lucide qu’avait fait, en 2022, Jean Luc Mélenchon au moment de proposer la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (Nupes) qui intégrait tout le gauche, y compris les socialistes. C’est aussi le constat que nous avons fait collectivement en lançant le NFP au lendemain de la dissolution. À chaque fois que la gauche a été mise au pied du mur, elle a su faire le bon choix. Et pas simplement comme un acte défensif face à l’extrême droite, mais comme un acte d’espoir. Mais si la primaire n’a pas lieu, il faudra trouver autre chose. J’ai du mal à voir ce qu’il y a sur la table, mais nous verrons bien.
Êtes-vous donc ouvert à d’autres processus pour créer le rassemblement ?
Ce qui m’intéresse, c’est avril 2027. Je veux qu’en avril 2027, il n’y ait qu’un seul bulletin de vote de la gauche et des écologistes, un seul candidat porteur d’un programme de transformation radicale de la société, qui défend de nouvelles conquêtes, de nouveaux progrès, de nouveaux droits, de nouvelles libertés, qui se bat pour partager les richesses, qui assume le combat contre l’extrême droite, qui renoue avec les aspirations du Front populaire, il y a 90 ans, à transformer la société, à changer la vie.
Je pense que la primaire peut être une étape intéressante pour y parvenir. Mais je fais le constat que tout le monde n’y participe pas. Faisons alors de cette primaire un référendum pour l’union, permettons à cette primaire de produire un porte-parole de l’unité… Si le grand rassemblement n’a pas lieu, la primaire doit être une étape pour le construire. Et j’espère que le gagnant de la primaire ne considérera pas que la question de l’union sera close. Il faudra donc ouvrir, au lendemain du vote, une discussion avec toute la gauche et sans préalable sur la question de la candidature à la présidentielle.
Pourquoi avez-vous décidé de présenter votre candidature dans le cadre de cette primaire ?
Le sens de ma candidature, c’est d’être le porte-parole de la génération Nouveau Front populaire. Si je remporte cette primaire, je n’irai pas à l’élection présidentielle avec ma photo, mon affiche, mon bulletin de vote, j’aurai un mandat : trouver le dispositif pour nous rassembler et tout faire pour qu’on gagne collectivement. Si je gagne la primaire, la première chose que je fais, c’est passer un coup de fil à Jean-Luc Mélenchon, à Fabien Roussel, à Raphaël Glucksmann, à Delphine Batho et à tous ceux qui, à gauche, disent vouloir être candidat.
Les 9 millions de personnes qui ont voté pour le NFP ont besoin d’un débouché politique
Je leur proposerai qu’on se voie, comme nous avons su le faire au moment du NFP, et qu’on trouve un accord pour la présidentielle et les législatives, qu’on s’entende sur une architecture gouvernementale et un pacte commun sur la base du programme sur lequel on s’est mis d’accord en 2024. Et il mérite d’être enrichi, amélioré, peut-être simplifié. On a été capable de se rassembler sur un programme de plus de 600 mesures avec le nouveau Front populaire.
On a été capables d’avoir des candidatures uniques de la gauche aux législatives et à deux reprises, ce qui ne s’était jamais fait dans l’histoire de la gauche. On a été capables de faire ce que certains décrivaient comme l’impossible. On doit être capables de le faire pour 2027.
Au-delà de la nécessité de l’union de la gauche, que comptez-vous défendre politiquement durant cette campagne ?
Je suis le candidat de la génération Nouveau Front populaire, je suis lucide sur la menace que fait peser l’extrême droite sur notre société et sur la République. Si on en avait tous vraiment peur, on serait beaucoup plus responsables collectivement. Le Rassemblement national (RN), avec son programme de préférence nationale, c’est l’apartheid dans le logement, dans les services publics, dans l’accès à l’emploi, dans toutes les sphères de la société. C’est le racisme et la xénophobie qui l’emporteront.
Il faut un sursaut collectif pour empêcher que les forces de Vincent Bolloré et d’autres ne prennent le pouvoir. Ensuite, être le candidat de la génération NFP, c’est défendre le projet politique qu’on a porté avec le NFP, c’est renouer avec l’idée de progrès, de nouvelles conquêtes au service des classes moyennes et des classes populaires pour la dignité, pour l’égalité, pour l’émancipation… Mais la génération NFP, c’est surtout celle qui croit en l’union de toute la gauche et des écologistes. Comme beaucoup, je suis encore ému de la campagne de 2024. Ces 9 millions de personnes qui ont voté pour le NFP ont besoin d’un débouché politique.
Vous souhaitez enrichir le programme du NFP. Quelles seraient les nouvelles mesures qui pourraient être ajoutées ?
Pour l’école, je propose par exemple la création d’un service public de l’aide aux devoirs et du soutien scolaire pour lutter contre la reproduction des inégalités. J’aimerais faire du droit au départ en vacances une réalité concrète dès le premier été de notre arrivée au pouvoir, pour que toutes les familles puissent s’émerveiller, s’aérer, s’émanciper en découvrant la mer ou la montagne. Ce sont des mesures qui peuvent enrichir le programme du NFP.
Je pense qu’on doit aussi ouvrir une nouvelle étape de réduction du temps de travail. Il faut aussi affronter la question de l’intelligence artificielle pour déterminer ce qui doit être protégé comme la démocratie ou la culture, et ce qui doit être exploité, anticipé, assumé. Comment la faire contribuer au financement de notre protection sociale et en faire une opportunité pour partager le temps de travail et moderniser notre modèle ?
À la tête de l’État, on doit avoir un pacte de fraternité, une véritable politique antiraciste, assumée.
À la tête de l’État, on doit avoir un pacte de fraternité, une véritable politique antiraciste, assumée, puissante, pour recréer de la solidarité, recréer du commun et combattre la diffusion de la haine raciste qui s’impose partout, assumer l’accueil digne des exilés, assumer la défense quoi qu’il en coûte de l’État de droit, qui est notre bien le plus précieux. Je pense aussi qu’on ne doit pas pouvoir naître multimillionnaire ou milliardaire. C’est une question de décence. Je souhaite donc fixer un héritage maximal.
En 2025, vous avez été rapporteur de la commission d’enquête sur les défaillances des pouvoirs publics face à la multiplication des plans de licenciements. Défendrez-vous des mesures issues de ces travaux ?
Je proposerai la création d’une Haute autorité sur les aides publiques pour les contrôler, les conditionner, les plafonner, ce qui n’est pas fait aujourd’hui. Il faut fliquer les subventions. Cette autorité sera paritaire, composée de représentants des salariés, du patronat et des élus locaux. Ensuite, je veux renforcer la démocratie économique, je veux renforcer le pouvoir des salariés, pas simplement sur les questions sociales, mais sur les grandes orientations économiques de leur entreprise. Car la première leçon que je tire de ces six mois de commission d’enquête, c’est qu’à chaque fois qu’il y a une difficulté économique, les représentants des salariés et les syndicats l’avaient anticipé. Ils avaient des solutions pour y remédier et ils n’ont pas été écoutés par les directions et par les actionnaires.