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Le monde de la chasse devra-t-il lui aussi développer un plan d’adaptation climatique ? L’été 2026, secoué par des canicules à répétition, des incendies dévastateurs et une sécheresse continue, serait un moment propice pour y songer. À condition que l’État, les chasseurs, les scientifiques et les associations environnementales s’unissent. État des lieux avec Richard Holding, chargé de communication éditoriale de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas), qui « défend les sans-voix de la faune sauvage » depuis plus de quarante ans.
La pétition citoyenne « Pas de fusils sur les cendres », lancée sur la plateforme Change.org, appelle à « un moratoire immédiat » de la chasse dans les forêts touchées par les incendies de l’été 2026. Elle a recueilli quasiment 500 000 signatures. Cette demande citoyenne est-elle légitime ?
Richard Holding : L’Aspas a relayé cette pétition car nous soutenons totalement la demande, et nous pensions qu’elle serait davantage entendue, écoutée par le gouvernement, car elle vient directement des citoyens. L’État est totalement d’accord avec le fait de laisser la gestion de la faune sauvage aux mains des chasseurs, qui ont un lobby très puissant, quelle que soit la couleur du gouvernement. En face, les associations environnementales ont du mal à se faire entendre. Nous nous battons depuis très longtemps pour la défense des animaux sauvages, notamment l’été.
Nous voulons que la chasse s’adapte aux effets du changement climatique. La plupart des secteurs de la société font des efforts d’adaptation (agriculture, sport, événementiel…), mais le monde de la chasse poursuit ses pratiques comme si rien n’avait changé. Ce n’est plus possible ! Cet été a été cataclysmique pour le vivant avec les feux de forêts et la sécheresse historique. Les animaux sauvages sont en première ligne, et ont tous subi de plein fouet !
Cet été, tous les centres de soin en France ont témoigné du fait qu’ils ont été débordés.
Quelles conséquences concrètes avez-vous observées à cause des incendies et de la sécheresse ?
Cet été, tous les centres de soin en France ont témoigné du fait qu’ils ont été débordés. Pour les oiseaux, des petits étaient encore dans les nichées, et sont morts lors des incendies. On a vu des blaireaux avec les pattes brûlées par les cendres, des chevreuils totalement paniqués qui n’ont pas compris qu’ils devaient s’éloigner et sont finalement retournés dans leur forêt en feu… Les petits mammifères dont on parle peu comme les martres, les putois – des espèces chassables – grimpent habituellement aux arbres pour se protéger d’un danger, ce qui est impossible lors d’incendies, et ils ne courent pas assez vite pour échapper aux flammes. Les grands animaux eux courent plus vite et ont pu s’échapper, mais certains ont dû atteindre un seuil critique d’épuisement, et se sont retrouvés dans des territoires inconnus, complètement désorientés…
La sécheresse inédite a aussi des conséquences. Des études ont été menées lors de la sécheresse de 2003 par des scientifiques du CNRS et de l’Inrae sur la population de chevreuils de la Réserve nationale de chasse et de faune sauvage de Chizé, dans les Deux-Sèvres. Ils ont montré une surmortalité des faons nés juste avant l’été car le manque de ressources alimentaires a affecté le lait des chevrettes et l’alimentation des petits lors du sevrage. La sécheresse a affecté la croissance des jeunes, les conditions physiques globales des adultes et le cycle reproducteur des femelles.
On ne s’accorde pas le temps et l’argent pour mener des études objectives sur la faune sauvage.
Plus globalement, le changement climatique impacte-t-il d’autres espèces, en dehors des sécheresses exceptionnelles ?
On peut penser que les hivers plus doux vont profiter à certaines espèces. Mais c’est plus complexe, car il y a des effets directs et indirects. On sait que les périodes de migration de certains oiseaux commencent déjà à être décalées à cause des températures, des ressources alimentaires disponibles. Certaines espèces sont plus opportunistes et pourront s’adapter plus facilement, d’autres non. Le chamois, par exemple, est impacté par les effets des aléas climatiques sur son habitat naturel : la forêt et la montagne.
On soupçonne une surmortalité. Surtout, l’animal a tendance à se réfugier sur les versants nord des montagnes et à aller plus en altitude à la recherche des glaciers, mais ils peuvent se retrouver isolés face à des obstacles naturels, des prédateurs… Le problème est le manque de données scientifiques car on ne s’accorde pas le temps et l’argent pour mener des études objectives sur la faune sauvage. Arrêter la chasse pendant un an permettrait cela.
Les périodes de chasse spécifiques déjà définies par l’État ne sont-elles pas suffisantes ?
En France, il est possible de chasser douze mois sur douze.
La période classique de la chasse est de septembre à février. Mais il y a énormément d’exceptions, de dérogations ; donc, en France, il est possible de chasser douze mois sur douze. Le piégeage d’animaux qualifiés de « nuisibles », susceptibles d’occasionner des dégâts dans les champs, a lieu toute l’année, sans prendre en compte le changement climatique. Il existe même de la chasse d’été – moins connue du grand public – sur certaines espèces comme le renard, le chevreuil, le sanglier. On voit même des chasses anticipées, notamment sur les sangliers. Les battues en France sont autorisées à partir du 15 août, et cet été des sangliers se sont retrouvés dans les champs irrigués car ils avaient soif à cause de la sécheresse. Ils ont donc causé des dégâts dans les cultures de maïs, et les chasseurs et/ou les syndicats agricoles ont demandé que la chasse soit autorisée plus tôt.
Que demandez-vous à l’État ?
Nous demandons à l’État d’imposer de nouvelles règles de chasse qui tiennent compte du changement climatique, et de ne pas renvoyer la balle aux préfets ou aux chasseurs comme il le fait actuellement, sous prétexte qu’ils connaissent les réalités territoriales et qu’ils vont adapter leurs pratiques. Mais les chasseurs sont juges et parties, donc on peine à y croire. L’Aspas a écrit au ministère de l’Écologie avec quatre autres associations pour demander un moratoire sur la chasse, la suspension de la chasse d’été et le report des dates d’ouverture de la chasse dans les zones incendiées. Aucune réponse directe pour le moment.
Nous avons envoyé des courriers recommandés à 44 préfets pour leur demander d’appliquer le principe de précaution prévu dans le Code de l’environnement en cas de calamités. L’article R 424-3 du Code de l’environnement dit qu’« en cas de calamité, incendie, inondation, gel prolongé, susceptible de provoquer ou de favoriser la destruction du gibier, le préfet peut, pour tout ou partie du département, suspendre l’exercice de la chasse soit à tout gibier, soit à certaines espèces de gibier ».
Les animaux sauvages appartiennent au patrimoine commun, il faut en prendre soin.
Pourtant dans certains endroits, la chasse a été interdite…
En effet, mais il faut regarder attentivement les motifs : ce n’est pas pour protéger la faune sauvage mais pour des questions de sécurité publique afin d’éviter de nouveaux départs de feu. Certes, cela a des impacts positifs sur les animaux car plus personne ne peut pénétrer dans les forêts. Dans le Var, le préfet a pris un arrêté afin d’interdire la chasse dans les secteurs boisés touchés par les récents incendies et ainsi favoriser le repeuplement du petit gibier (lièvres, perdrix, faisans…). Mais cela est le résultat de négociations avec les chasseurs, donc la chasse aux sangliers peut continuer.
Or, nous voulons rappeler que tous les scientifiques disent que la biodiversité et le climat sont liés, donc le monde de la chasse doit en tenir compte. En France, la chasse est un loisir, pas une activité d’intérêt public. Or, nous estimons que les animaux sauvages appartiennent au patrimoine commun, il faut en prendre soin.