Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier, lors du débat opposant sept candidats à l’élection présidentielle française de 2027, à Roland-Garros à Paris, le 27 août 2026.
Dans la gueule du loup. Mais que sont donc allés faire Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier dans cette galère ? Car sur la terre battue du court Philippe-Chatrier l’après-midi de ce 27 août, il ne faisait pas bon être de gauche. Entourés de Marine Le Pen, Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau, les trois candidats de gauche avaient pour public une horde de chefs d’entreprises pour la rentrée politique du Medef. Rien que ça. Au milieu d’une même chanson, sur le frein qu’impose l’État aux entreprises ou sur la nécessité de travailler plus et plus longtemps, le social-démocrate, l’insoumis et l’écolo n’avaient qu’un seul objectif : faire entendre un autre refrain. La tâche ne semble pas aisée.
L’écologie est la condition de la liberté.
M. Tondelier
Lors du premier set, Raphaël Glucksmann défend son « contrat patriotique », alerte sur la concurrence déloyale qu’impose la Chine sur le reste du monde, attaque la possible ouverture dans le Val-d’Oise d’un parc Dragon Ball Z entièrement financé par l’Arabie Saoudite. Marine Tondelier veut surtout contredire ce mythe qui considère que l’écologie politique est obligatoirement punitive. « L’écologie est la condition de la liberté », répond-elle. Jean-Luc Mélenchon met en garde contre la menace d’une crise financière mondiale, cette compétition infernale face à la Chine, avec qui il défend une discussion « raisonnée et raisonnable », et la crise climatique. Les discours semblent presque complémentaires au milieu d’une ode au capitalisme sans frein.
Le débat commence sur la question épineuse de la dette. Et, chose intéressante, le sujet se pose dans les termes de Jean-Luc Mélenchon. Il ne s’agit plus de savoir comment rembourser la dette. Mais il est surtout question de la possibilité de l’annuler ou pas. Car depuis des semaines, le quadruple candidat à la présidentielle le martèle : il rêve de « foutre au feu » ou de « mettre au frigo » pas moins de 600 millions d’euros de la dette, cette grosse part gardée dans les coffres de la Banque centrale européenne.
La proposition, commentée partout depuis la rentrée, a de quoi évidemment provoquer l’ire des libéraux. « Ce que je viens d’entendre pourrait m’amuser si ce n’était pas dangereux », grince Édouard Philippe. De son côté, Gabriel Attal juge que l’annulation de la dette amène à, sans le dire vraiment, augmenter les impôts. Et le déluge tombe soudainement sur le toit du court central.
« Le système français est en train de s’effondrer »
Sur ce sujet, Marine Tondelier et Raphaël Glucksmann décident d’épargner l’ancien sénateur socialiste. Le social-démocrate, pourtant opposé à cette mesure, préfère défendre le marché unique européen, attaquer Shein et cibler Marine Le Pen, cette candidate qui, selon lui, ne parle que d’immigration. Sur le même ton, l’écolo s’attaque à la candidate du Rassemblement national (RN) en expliquant que l’économie ne peut pas fonctionner sans les travailleurs étrangers.
La secrétaire nationale des Verts souligne même que Patrick Martin himself a estimé, lors des débats sur la brûlante loi immigration de 2023, que le système français avait besoin de 3,9 millions de salariés. Avant de s’aventurer sur le constat et le bilan du macronisme. Les maternités ferment partout, l’hôpital public se désagrège, les inspecteurs du travail sont de moins en moins nombreux, le Fonds vert est encore coupé… « Le système français est en train de s’effondrer, dit-elle. Il va falloir prendre des mesures justes. »
Au cours du deuxième set, les candidats phosphorent sur la réindustrialisation. Et les trois figures de gauche s’accordent sur les retraites. Ils demandent, presque en chœur, l’abrogation de la réforme de 2023. Glucksmann souhaite une nouvelle réforme fondée sur la pénibilité. Sans parler de l’âge de départ. Tout comme Tondelier, qui n’hésite pas à rappeler les manifestations qui ont suivi le passage de cette réforme au forceps.
Si vous n’augmentez pas les salaires, vous aurez la récession !
J-L. Mélenchon
Mélenchon énonce un argument un peu nouveau : baisser l’âge de départ à la retraite conduirait très logiquement à allonger le travail libre des retraités, un temps gagné qui est très souvent consacré à des engagements civiques. L’insoumis le note : 80 % des maires du pays ont plus de soixante ans. En clair, un départ plus tôt à la retraite pourrait permettre d’encourager l’engagement citoyen. Développement original. Concernant les salaires, même chose. « Si vous n’augmentez pas les salaires, vous aurez la récession ! », prévient l’insoumis, qui note que la consommation populaire produit plus de la moitié du PIB.
Concernant Tondelier, elle défend un Smic à 2 000 euros brut dans un pays qui compte 11 millions de pauvres et 1,5 million de travailleurs pauvres. « On peut se dire que ce n’est pas un problème, moi je vous dis que c’est un sujet », soutient-elle. Quant à Glucksmann, qui fait de la rémunération du travail son premier axe de campagne, il veut augmenter le salaire net en diminuant le salaire brut. Une proposition ressemblant à celle de Gabriel Attal. À un détail près : le moyen de financer la mesure. Car l’eurodéputé souhaite plutôt s’y prendre en baissant la CSG et en taxant les grands héritiers. Il l’assume : « On est en train de recréer une société de privilèges. » Son nouveau combat.
On est en train de recréer une société de privilèges.
R. Glucksmann
« Pacte social honnête »
Le match s’allonge. Le troisième set dépasse même le temps prévu par LCI et le Medef. Les échanges devaient prendre fin aux alentours de 18 h 45. C’est raté. Les prétendants au trône continuent de plancher sur les normes. Et encore une fois, les gauches partagent certaines positions. Tous les trois refusent d’entrer dans l’engrenage de la simplification et laissent les droites s’écharper sur ce sujet qui leur est cher.
Vient l’heure du jeu décisif : la fiscalité. « Tout le monde paye ! », lance d’emblée Mélenchon. Au passage, l’insoumis défend la nationalisation d’ArcelorMittal et demande même à Bruno Retailleau d’appeler ses troupes à voter pour cette proposition au Sénat. L’intéressé ne répond pas. Avant de revenir au cœur du sujet. Et Mélenchon rappelle les choses : « Combien paye d’impôt Monsieur Mittal ? Zéro. Total ? Zéro. »
Le tribun promet même un « pacte social honnête ». « S’ils payent et qu’on fait déborder le vase, je vous le rendrai, jure-t-il. Quand tout le monde s’y met, le travailleur et le salariat y trouvent son compte. » Glucksmann en profite pour ramener sur la table son obsession : « On ne peut pas laisser s’installer une héritocratie. » Enfin, Tondelier rêve d’un impôt plus juste pour les petites entreprises et celles qui s’impliquent pleinement dans la transition écologique. Avant de partir, elle balance même quelques détails sur un grand plan d’aide pour les TPE et les PME.
Après plus de trois heures, la bataille prend fin. Mélenchon échange quelques mots avec Tondelier. Malgré les occasions, Glucksmann n’aura finalement pas attaqué l’insoumis sur son rapport à la Chine. Et ils n’ont pas fait de l’Europe un point de fracture. L’ambiance paraît presque sympathique. Dans le temple du capitalisme, les gauches viennent d’éviter de se tirer dans les pattes.