Des membres du groupe d’extrême droite « Comité du 9 mai » (C9M) lors de la manifestation commémorant le 30e anniversaire de la mort de Sébastien Deyzieu, membre du groupe ultranationaliste « Œuvre française », lors d’un rassemblement à Port-Royal à Paris, le 10 mai 2025.
8 mai, Carpentras (Var). Les chaînes d’information en continu révèlent que, lors des cérémonies organisées par la municipalité Rassemblement national de Carpentras (Var) commémorant la capitulation du régime nazi et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, les haut-parleurs de la mairie se sont mis à diffuser tranquillement l’hymne à la gloire de Pétain, chanté en son temps par Maurice Chevalier (et tous les écoliers de France, contraints) : « Maréchal, nous voilà ! »
Le nouvel édile RN, Hervé de Lépinau, a tenté d’expliquer (tout comme Marine Le Pen), sans duper personne, qu’une société privée avait été chargée de recréer une « ambiance musicale » des années 1940 – et qu’il ne savait rien de cette belle bande-son.
Ce dernier a d’ailleurs été élu fin mars après qu’un premier candidat RN à la mairie, allié aux ciottistes de l’UDR, Christian Richaud Simoni, avait dû être désinvesti en catastrophe par la direction du parti, à un mois et demi du scrutin. Libération avait révélé ses publications « violemment racistes et sexistes » sur X. Après les attaques macronistes sur le 1er-Mai, la nouvelle municipalité RN de Carpentras et celle du Cannet-en-Roussillon, où un maire « divers droite » a aussi diffusé cet air, ont osé aller plus loin, affichant là leur nostalgie pour le dernier régime dictatorial en France, soumis au régime nazi, raciste et génocidaire (1).
On se reportera à l’ouvrage collectif dirigé par Laurent Joly, Vichy. Histoire d’une dictature (1940-1944), paru chez Tallandier à l’automne dernier, se fondant sur les dernières recherches historiques et les fonds d’archives récemment ouverts. L’un des premiers étrangement à qualifier de « dictature » le régime de Vichy et du Maréchal Pétain, depuis son renversement il y a plus de 80 ans.
9 mai, Paris. Bravant l’interdiction de la préfecture de police de Paris, des néonazis s’apprêtent à se rassembler, oriflammes noires à croix celtiques brandies, dans les rues de la capitale, au lendemain même du 8-Mai, date de la capitulation de l’Allemagne nazie. Ce défilé nauséabond, en mémoire de la mort accidentelle du néofasciste Sébastien Deyzieu qui, voulant échapper aux forces de l’ordre, tomba en 1994 du toit d’un immeuble, a pourtant eu lieu sans encombre de 1995 à 2025 : le tribunal administratif (TA) annulait régulièrement des arrêtés préfectoraux d’interdiction mal ficelés.
En plein cœur du VIe arrondissement de la capitale, les gros bras, la plupart masqués – ce qui constitue une infraction pénale – avaient l’habitude de battre le pavé, bras tendus laissant souvent entrevoir tatouages et autres symboles des Waffen-SS, vociférant slogans racistes, homophobes, antisémites et sexistes. Cette année, l’interdiction fut certes confirmée (tout comme celle de la contre-manifestation antifasciste qui devait s’élancer non loin de là), mais des rassemblements épars ont eu lieu.
Quelques dizaines de néofascistes ont bien été interpellées et placés en garde à vue, certains pour ports d’armes, tout comme quelques antifas de l’autre cortège prohibé. Mais ces nostalgiques des régimes fascistes des années 1930 n’ont pas craint pas de s’afficher, rejoints par des membres des extrêmes droites étrangères, de Hongrie, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, de la « République » serbe de Bosnie ou autres « alt-right » états-uniens.
À chaque édition, des anciens cadres ou élus du RN sont de la partie. Cette année, interdiction du tribunal oblige, certains des participants se sont même mêlés au meeting du parti Les Patriotes, de l’ex-RN Florian Philippot.
10 mai, Vierzon (Cher). Dimanche 10 mai, la journée officielle de commémoration de l’abolition de l’esclavage, crime contre l’humanité reconnu comme tel par la République par la « loi Taubira » adoptée en 2001 par le Parlement français, a « simplement » été annulée à Vierzon, tombée aux mains du RN aux dernières élections municipales.
Que faisait la Macronie au pouvoir, bien silencieuse devant tous ces faits odieux ?
La municipalité a fini par trouver, non sans peine, une « excuse » : l’événement – organisé chaque année sur la place Aimé-Césaire – « attirait très peu de gens ». Il s’agissait surtout pour la commune de réduire ses dépenses puisqu’il coûterait au moins… 1 500 euros ! Une somme absolument dérisoire pour une ville de 25 000 habitants, sous-préfecture du Cher.
Au lendemain de ce week-end sentant bon la chemise brune ou noire, on ne peut que se demander : que faisait la République ? Que faisait la Macronie au pouvoir, bien silencieuse devant tous ces faits odieux, elle qui jadis avait intitulé son parti « La République en marche ». Loin d’être en marche, elle fut plutôt en berne, sinon six pieds sous une épaisse terre de honte, de complaisance avec tous ces fascistes qui, eux, semblent s’assumer. Et de lâcheté.