Publié le 30 juin 2026

5 min

« J’ai été sauvée par la folie de mon corps »

#Genres

Cofondatrice des Psychotic Monks, groupe de rock à rebours des clichés liés à ce genre musical, Artieficielle raconte comment sa transition de genre l’a alertée sur son épuisement physique et psychique en raison des cadences de tournées.

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Melody Zimmerman / Unsplash

Un an et demi que j’ai entamé une pause de tournées, et je peine encore à dormir sans me réveiller en sursaut à des heures incohérentes, frappée par le stress et l’adrénaline. Je suis pourtant dans la forêt, entourée de mes filles félines et de mon amoureuse, je devrais être paisible, mais non : le stress me réveille, je me dissocie, mon système de survie se déclenche.

Comme un bug qui serait devenu constitutif de mon système nerveux. Comme si mon corps ne savait plus se reposer, comme si j’avais été façonnée par les dix dernières années dans cette industrie et que je ne savais plus être autrement.

J’ai tout fait avec mon groupe ; notre vie, c’était la tournée, plus de 600 concerts en dix ans, des bars PMU à jouer devant le seul barman, à la scène des Vieilles Charrues devant des milliers de personnes. Ce milieu est déjà violent pour les corps valides (1), mais alors qu’en est-il du double travail qu’il exige pour les personnes handies (invisibles ou non), neurodivergentes ?

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L’enquête Cura de 2019 et l’étude britannique « Can Music Make You Sick ? » révèlent que plus de 80 % des professionnel·les de la musique souffrent d’anxiété ou de dépression.

La charge mentale et physique du mode survie permanent, de l’adaptation sociale que ça demande à chaque instant, sans routine ni ancrage, à dormir par fragments, à être prêt·e·x à performer à chaque instant, est colossale. Cette industrie capitaliste ultra-productiviste demande des corps normés et adore romantiser la souffrance dans la création, érigeant en mythe la figure de l’artiste torturé·e·x, son alibi parfait pour s’affranchir de ses responsabilités face à l’épuisement qu’elle génère.

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Ainsi, elle refuse d’assumer une véritable éthique du soin qui devrait, elle, être valorisée.J’ai entamé ma transition de genre sur la route, en 2023 ; en fait, c’est mon corps qui a décidé qu’il était temps de vivre et non plus de survivre. Il a décidé qu’il ne pourrait plus exister de cette manière, dans le masking permanent, dans la surcompensation, la suradaptation, la dissolution de soi-même, dans l’autodestruction. Mon corps était épuisé de contenir autant d’angoisse et de pression. Ma transition de genre a été le déclencheur, et à partir de ce moment-là tout a basculé.

On nous a dit que le monde n’était pas fait pour nous. Nous n’avons notre place nulle part, nous dit cette société, et surtout pas sur la grande scène d’un festival, visibles.

J’ai découvert que je ne masquais pas que ma transition, pas que le fait d’être une femme : je masquais bien plus et depuis si longtemps. En ouvrant cette porte, pensant n’y trouver derrière qu’une petite pièce hyperfem à habiter, j’ai en fait découvert que c’était l’inverse : c’était moi, comme tant d’autres, qui étais enfermée dans une toute petite pièce, dont les murs rétrécissaient et m’écrasaient.

J’ai découvert, et je découvre encore, un monde si vaste derrière cette porte. Nous avons depuis la nuit des temps été obligé·es·x d’inventer pour nous-mêmes des moyens de survie au sein de systèmes qui nient nos existences, nos corps, nos besoins et nos fonctionnements.

Alors nos communautés n’ont pas eu le choix, et elles ont donc toujours été à l’avant-garde de la société. Nos systèmes de soins, d’entraide collective, la fatigue comme révolution (une approche radicale et politique du repos défendue par des autrices comme Tricia Hersey ou Johanna Hedva), le slow touring

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On nous a dit que le monde n’était pas fait pour nous. Nous n’avons notre place nulle part, nous dit cette société, et surtout pas sur la grande scène d’un festival, visibles. Parce que la fête c’est à 1 000 à l’heure, consommer jusqu’à s’écrouler, ne jamais s’arrêter… puis retourner à la productivité, et recommencer.

C’est peut-être pour ça qu’on nous a toujours fait comprendre que la scène, les festivals, les médias, la visibilité n’étaient pas faits pour nous. C’est peut-être parce que nos corps freaks sont en eux-mêmes des symboles révolutionnaires : ils rendent visibles ce qu’on tente de cacher, dévoilent les limites de nos sociétés.

Ils rappellent aux autres non seulement que nous existons, mais surtout que tout cela ne peut plus continuer comme ça. Qu’autre chose existe, qu’autre chose est possible : d’autres moyens d’exister, de fonctionner, de faire la fête, de s’entraider, de créer, de construire, avec tous nos corps différents, en respectant nos besoins à tous·tes, et en refusant que nos corps disparaissent dans le capitalisme-patriarcal-colonial qui broie TOUS les corps, pas seulement les nôtres.

Oui, je pense que le futur vient de nous.

Faites-nous de la place, faites attention à nous, écoutez-nous, si vous ne voulez pas que vos corps disparaissent, car nous travaillons activement à faire apparaître les nôtres. Écoutez la folie de nos corps. Car elle parle pour tous les corps.

Par Artieficielle

Publié le 30 juin 2026

Bonjour 👋

Voici l'édition du  

Par Léna Rosada

Des adolescent·es qui scandent un slogan raciste ultraviolent et pro-RN... Arrêt sur images revient sur une séquence choquante et pourtant grande absente des journaux de la télévision publique. 

 

Plus de 40 degrés mais des fenêtres qui ne s'ouvrent pas, des bouteilles d'eau qui manquent et seulement trois douches par semaine. Rue89 Strasbourg raconte l'enfer carcéral français, exacerbé par la canicule.