Publié le 25 septembre 2026

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6 min

Une chasse aux arrêts maladie abusifs ouverte sur le dos de salarié·es en souffrance

#Économie

Le nombre d'arrêts de travail indemnisés ne cesse de progresser en France, plus 10 % entre 2019 et 2024. Le gouvernement, le Medef et ses alliés de droite y voient des abus. Les médecins généralistes, les syndicats y lisent, au contraire, un profond mal-être des salarié·es.

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« Dans mon cabinet je reçois quotidiennement des patient·es qui refusent de prendre un arrêt maladie et ce même si je leur recommande » tempête Yohan Saynac, vice-président du syndicat de médecins généralistes MG France, après les annonces du Premier ministre. Jeudi 17 septembre, Sébastien Lecornu a assumé la volonté du gouvernement de réduire le coût des arrêts maladie, afin d’économiser deux milliards d’euros dans le budget 2027.

« Beaucoup de salarié·es viennent me voir et m’expliquent ne pas pouvoir arrêter le travail parce qu’ils·elles vont perdre trois jours de salaire, mais ils·elles me parlent aussi des conditions d’organisation dans leurs entreprises. Ils·elles s’inquiètent pour leur patron qui ne va pouvoir s’en sortir sans eux·elles, pour leurs collègues et me confie leur crainte de voir les tâches s’empiler à leur retour », détaille Yohan Saynac, médecin généraliste à Pantin en Seine Saint Denis, le département le plus pauvre de France métropolitaine. 

Je vois des salarié·es qui attendent de s’effondrer pour enfin s’arrêter. C’est terrible.

Y. Saynac

« Cela me fait mal au cœur de les voir refuser ces arrêts de travail, souffle le soignant. « J’ai conscience à chaque fois que leur décision va me compliquer leur prise en charge. Un patient qui présente, par exemple, des symptômes dépressifs en lien avec son travail, je sais que couper est la solution mais aujourd’hui je vois des salarié·es qui attendent de s’effondrer pour enfin s’arrêter. C’est terrible. »

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En 2025, 6,4 millions de personnes ont eu un arrêt maladie et selon une étude de Malakoff Humanis, publiée en juin dernier, les troubles psychologiques représentent désormais près de 40 % des arrêts de plus de 30 jours dans le secteur privé. Derrière l’expression « troubles psychologiques », il y a des salarié·es en souffrance victimes de troubles anxieux, d’épuisement professionnel. Et, toujours selon cette étude du groupe mutualiste, ce sont les femmes et les cadres de moins de 40 ans qui sont les plus concerné·es.

Baisse de la prise en charge

Les dépenses liées aux arrêts maladie ne cessent d’augmenter et pèsent de plus en plus lourd dans les comptes de l’Assurance maladie. Personne ne le conteste. Les chiffres sont même vertigineux : en 2025, la facture totale des indemnités journalières liées aux arrêts de travail de la Sécurité sociale a atteint 17,9 milliards d’euros.

Le gouvernement préfère faire porter la responsabilité à ceux·elles qui sont en souffrance.

D. Gravouil

« En France, nous avons un problème de santé au travail dans toutes les catégories que cela soit lié aux souffrances psychiques ou à la pénibilité, c’est ce qui explique l’augmentation des arrêts maladie » assure Denis Gravouil, membre du bureau confédéral de la CGT en charge de l’emploi, des retraites et du chômage. « Mais au lieu d’améliorer la prévention, le gouvernement préfère faire porter la responsabilité à ceux·elles qui sont en souffrance, en baissant, par exemple, le niveau de prise en charge des malades. »

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Le syndicaliste craint que le plafond de salaire utilisé pour le calcul des indemnités journalières versé par l’assurance soit encore abaissé dans le prochain budget. En 2025, il est déjà passé de 1,8 à 1,4 Smic, ce qui a réduit, de fait, le revenu de nombreux salariés en arrêt de travail. L’indemnité journalière maximale est ainsi passée de 53,31 € bruts environ à 42,97 € bruts avec le nouveau plafond. « Le discours du gouvernement c’est de nous dire : ce n’est pas grave les complémentaires santé prendront le relais, sauf qu’elles augmentent en parallèle leurs tarifs » ajoute Denis Gravouil de la CGT.

Le rôle des entreprises

Le gouvernement n’est pas le seul à pointer du doigt les travailleurs·euses, désigné·es comme trop friands des arrêts maladies de complaisance. Patrick Martin, le président du Medef, a affirmé qu’un non-remboursement des arrêts maladie de courte durée aurait « un effet comportemental » dissuasif pour freiner les abus. Sans surprise, le patron des patrons ne s’interroge pas sur le rôle des entreprises, celles qui abîment leurs salarié·es.

En tant que médecin généraliste, je peux vous faire une cartographie des entreprises, des employeurs qui déclenchent le plus d’arrêts maladie dans mon secteur.

Y. Saynac

« En tant que médecin généraliste, je peux vous faire une cartographie des entreprises, des employeurs qui déclenchent le plus d’arrêts maladie dans mon secteur » s’agace Yohan Saynac. « Il n’y a aucun régime de sanctions pour ces employeurs·euses. Budget après budget, il n’y a jamais de mesure pour les pousser à mieux traiter leurs employé·es. »

Pourtant, dans son rapport public « Charges et produits 2026 », l’assurance maladie envisage un système de bonus-malus pour réduire les arrêts de travail. Ce mécanisme prévoit un bonus pour les entreprises qui améliorent leur taux d’absentéisme et un malus pour celles où les arrêts maladie restent particulièrement élevés, par rapport aux entreprises comparables de leur secteur. Trop complexe répondent en chœur le MEDEF et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Pour balayer cette proposition, le patronat s’inquiète donc plus des conséquences que des causes.

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En multipliant les coups de rabots sur les arrêts maladie, le gouvernement semble oublier que l’État est également un employeur et que ses agent·es ne passent pas à travers la dégradation de leurs conditions professionnelles. « Les agents de la fonction publique vont mal parce qu’on les oblige à faire mal leur travail » affirme Me Christelle Mazza, autrice de Souffrance au travail dans le service public (éditions du Puit fleuri).

« Quand je les écoute en tant qu’avocate, je décèle chez eux une souffrance éthique. Cette souffrance intervient lorsque vous ne trouvez plus de sens à votre travail. Quand vous choisissez de travailler dans l’administration, vous le faites pour servir les usagers. Mais aujourd’hui, cette administration leur demande d’être surtout dans la performance, avec des objectifs toujours impossibles à atteindre. On a transformé l’Etat en machine à produire et à rendement mais une nation ne se gère pas comme une entreprise. »  

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Une souffrance que l’Etat ne peut pas ignorer. Par exemple, en avril dernier, la cellule investigation de Radio France a révélé le contenu d’un rapport sur les risques sur les risques psychosociaux chez les agents de l’inspection du travail, ceux qui sont chargés de faire respecter le droit du travail. Ce rapport référence un vingtaine d’alertes pour suicides ou tentatives de suicide entre 2018 et 2023, liés notamment à une surcharge de travail.

Par Céline Martelet•

Publié le 25 septembre 2026

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