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La Commission européenne a annoncé mardi l’ouverture formelle d’une enquête relative à Shein et ses pratiques commerciales, en vertu du DSA. Bruxelles cible notamment les systèmes censés prémunir la vente d’objets illicites comme les poupées pédopornographiques qui avaient défrayé la chronique fin 2025, mais aussi les risques liés à la conception addictive du service et la transparence toute relative des outils de recommandation de Shein.
Après les rappels à l’ordre et les demandes d’information, place à l’enquête formelle : la Commission européenne a annoncé mardi 17 février l’ouverture d’une procédure à l’encontre de la plateforme e-commerce chinoise Shein en vertu de la législation sur les services numériques (DSA, ou Digital Services Act).
L’exécutif européen indique que l’enquête visera à établir les éventuels manquements de Shein à la réglementation européenne « pour sa conception addictive, le manque de transparence des systèmes de recommandation, ainsi que la vente de produits illégaux, y compris de matériel pédopornographique ».
Première enquête formelle sur Shein dans le cadre du DSA
« Dans l’UE, les produits illégaux sont interdits, qu’ils se trouvent sur une étagère d’un magasin ou sur une place de marché en ligne. Le règlement sur les services numériques assure la sécurité des acheteurs, protège leur bien-être et leur fournit des informations sur les algorithmes avec lesquels ils interagissent. Nous évaluerons si Shein respecte ces règles et leur responsabilité », résume Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie.
Portée par sa promesse d’articles à très bas coût, avec des collections sans cesse renouvelées, la popularité de Shein a explosé au début des années 2020, jusqu’à s’imposer comme l’une des plateformes e-commerce les plus fréquentées par les internautes français. Au troisième trimestre 2025, Shein fédérait ainsi 19,5 millions de visiteurs uniques par mois, et 5 millions de visiteurs uniques quotidiens d’après le dernier baromètre établi par la Fédération e-commerce et vente à distance (Fevad) sur la base des chiffres de Médiamétrie.
À l’échelle européenne, Shein a de ce fait été qualifiée de très grande plateforme en ligne (ou VLOP, pour Very Large Online Platform) quelques semaines après l’entrée en vigueur du DSA, qui fixe pour mémoire des obligations spécifiques aux acteurs numériques dont l’audience dépasse 45 millions d’utilisateurs mensuels dans l’Union européenne.
Trois manquements au DSA à l’étude
Après trois « demandes de renseignements » (la façon polie de faire savoir à un acteur qu’il enfreint peut-être les règles) en juin 2024, février 2025 et novembre 2025, Bruxelles ouvre donc formellement la possibilité d’actionner le volet répressif du DSA.
Interpellé par la France suite au scandale des poupées sexuelles à caractère pédopornographique vendues sur la marketplace de Shein, l’exécutif européen confirme son intention d’investiguer les « systèmes mis en place par Shein visent à limiter la vente de produits illicites dans l’Union européenne,y compris les contenus susceptibles de constituer du matériel pédopornographique ».
L’enquête portera également sur deux aspects déjà largement reprochés à Shein (comme à son compatriote Temu) : « les risques liés à la conception addictive du service, y compris le fait de donner aux consommateurs des points ou des récompenses pour leur engagement », et « la transparence des systèmes de recommandation que Shein utilise pour proposer du contenu et des produits aux utilisateurs. »
Sur ce dernier point, l’Europe rappelle que « Shein doit divulguer les principaux paramètres utilisés dans ses systèmes de recommandation et fournir aux utilisateurs au moins une option facilement accessible qui ne repose pas sur le profilage pour chaque système de recommandation ».
Rappelons que Bruxelles a déjà ouvert une enquête similaire sur Temu. Les deux géants chinois s’exposent, s’ils finissaient par être condamnés sans avoir apporté à Bruxelles des gages de bonne foi, un amende pouvant aller jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires annuel mondial.
En France, Shein a déjà accepté en juillet dernier de payer 40 millions d’euros d’amende suite à une enquête de la Répression des fraudes qui avait conclu que l’entreprise avait mis en place des pratiques commerciales trompeuses. Une amende de 1,1 million d’euros était tombée dans la foulée pour « information défaillante sur la qualité environnementale des produits ».
Shein assure de sa volonté de coopération
Shein a réagi mardi par l’intermédiaire d’un porte-parole, en assurant que le groupe prenait « très au sérieux » ses obligations relatives au DSA :
« Ces derniers mois, nous avons considérablement renforcé notre dispositif de conformité au DSA. Cela comprend la réalisation d’évaluations approfondies des risques systémiques, la mise en place de mesures de réduction et de gestion de ces risques, le renforcement des protections destinées aux jeunes utilisateurs, ainsi qu’un travail continu sur la conception de nos services afin de garantir une expérience en ligne sûre et fiable. »
Ce même porte-parole indique par ailleurs que Shein a déjà échangé avec la Commission européenne au sujet de la mise en place d’une solution tierce partie de vérification de l’âge des internautes.
