Le discours sur l’État de l’Union est un exercice annuel pour la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Il donne le ton pour l’année à venir sur les priorités de l’Europe, les projets à développer. Hier, elle était à Strasbourg pour l’édition 2025. Voici les grandes lignes de ce qu’il faut en retenir, avec des réponses aux attaques de Donald Trump.
Cette année, Ursula von der Leyen prononce le deuxième discours de son second mandat à la tête de la Commission européenne (il a débuté en juillet 2024). Elle attaque bille en tête avec les enjeux de souveraineté (dont la définition même n’est pas simple) : « L’Europe doit prendre son indépendance […] Elle doit prendre elle-même en charge sa défense et sa sécurité. Elle doit maîtriser les technologies et les énergies ». Bref, l’Europe doit avoir le « pouvoir de choisir son propre destin ».
Vers une « alliance des drones » militaires
La guerre en Ukraine arrive rapidement dans le discours, avec l’annonce d’un programme « Avantage militaire qualitatif » pour développer des capacités offensives, notamment avec des drones. La présidente souhaite ainsi « accélérer le versement de 6 milliards d’euros des prêts ERA et conclure une « alliance des drones » avec l’Ukraine ».
En France, les expérimentations sur les drones militaires se multiplient pour rappel. Les drones, avant la guerre, l’Ukraine n’en avait pas. « Aujourd’hui, c’est l’emploi qu’elle fait des drones qui cause plus des deux tiers des pertes d’équipements russes ». Mais depuis, la Russie a rattrapé « son retard, grâce aux drones Shahed de conception iranienne […] Rien que pendant la nuit de samedi, la Russie a envoyé 800 drones vers l’Ukraine ».
Batteries, IA et « Made in EU » : on prend les mêmes et on recommence
Autre sujet important et dans l’air du temps : l’intelligence artificielle. Ursula von der Leyen affirme qu’une « IA européenne est essentielle à notre indépendance future » et qu’elle contribuera aux industries et à nos sociétés. Elle souhaite donc investir « massivement dans les gigafabriques d’IA européennes » ; rien de vraiment neuf puisque les enveloppes prévisionnelles en la matière ont été annoncées en début d’année. En France, le gouvernement vient de dévoiler son plan pour la régulation de l’IA, dans le cadre du règlement européen.
Sur la question des batteries et des voitures électriques, l’Europe doit « jouer un rôle moteur » affirme la présidente, et va investir 1,8 milliard d’euros pour stimuler la production, dans le cadre d’un train de mesures baptisé « Battery Booster ». Rien d’inédit là non plus, puisque ce plan a déjà été annoncé par la Commission en mars. Il doit permettre de créer « une chaîne d’approvisionnement sûre et compétitive pour les matières premières utilisées dans la fabrication des batteries ».
La présidente fait encore une fois le vœu de pousser du « made in Europe » dans les marchés publics. L‘idée n’est pas nouvelle, elle est poussée depuis des années dans plusieurs secteurs porteurs (industrie, espace, logiciels…). Contrairement à ce qui se passe aux États-Unis et en Chine, la mayonnaise ne prend pas vraiment en Europe jusqu’à présent.
von der Leyen vs Trump : réponse de la bergère au berger
Ursula von der Leyen propose ensuite un cours de géopolitique sur fond de l’accord signé avec Donald Trump sur les droits de douane :
« Je ne suis pas partisane des droits de douane. Les droits de douane sont des taxes. Pour autant, cet accord apporte une stabilité cruciale dans nos relations avec les États-Unis en cette période de grave insécurité mondiale. Pensez aux répercussions d’une guerre commerciale totale avec les États-Unis. Imaginez le chaos. Puis comparez cette image à celle de la Chine la semaine dernière. La Chine aux côtés des dirigeants russe et nord-coréen. Poutine se félicitant du niveau historique des relations entre la Russie et la Chine ».
Elle donne ensuite un chiffre : « 80 % de nos échanges commerciaux se font avec des pays autres que les États-Unis ». Un marché pas si important finalement ? Pas si vite… : « Nos relations commerciales avec les États-Unis sont nos relations les plus importantes. Nous exportons plus de 500 milliards d’euros de biens vers ce pays chaque année. Des millions d’emplois en dépendent ».
« L’Europe décidera toujours par elle-même »
La présidente de la Commission défend bec et ongle son accord : « nous avons veillé à ce que l’Europe obtienne le meilleur accord possible […] certains de nos concurrents directs font face à des droits de douane beaucoup plus élevés de la part des États-Unis […] nous avons le meilleur accord. Incontestablement ».
Elle en profite par contre pour adresser un message à peine déguisé à Donald Trump, pour qui les grandes entreprises américaines ne devraient obéir qu’à des règles états-uniennes. Le président des USA ne cache pas non plus son mépris pour les DMA et DSA. Réponse de von der Leyen : « Qu’il s’agisse de la réglementation environnementale ou numérique, nous fixons nos propres normes. Nous fixons nos propres règles. L’Europe décidera toujours par elle-même ».
La désinformation prolifère
Sur un autre sujet mondial, la présidente affirme que « nous sommes au bord, si ce n’est déjà au début, d’une autre crise sanitaire mondiale. En tant que médecin de formation, je suis consternée par la désinformation qui menace les progrès mondiaux concernant toutes les maladies, de la rougeole à la polio ».
Ce sujet, elle l’attaque par deux versants. D’abord avec une initiative pour la résilience sanitaire. Ensuite par la question de l’information et des médias traditionnels qui « sont mis à mal ». Elle évoque « de nombreux déserts d’information, où la désinformation prolifère », poussée notamment par l’IA générative. Elle milite pour protéger les médias indépendants, première cible généralement des autocrates qui veulent verrouiller l’information. Elle veut donc mettre en place des « conditions favorables aux investissements en capital ».
C’est « aux parents, et non aux algorithmes, d’élever nos enfants »
Elle glisse ensuite sur les réseaux sociaux, rappelant que c’est « aux parents, et non aux algorithmes, d’élever nos enfants ». Elle rappelle au passage que les algorithmes « profitent des vulnérabilités des enfants dans le but manifeste de créer des addictions ». La présidente cite l’exemple de l’Australie qui met en place une restriction pour les médias sociaux. Un groupe d’experts sera chargé de proposer la meilleure approche à suivre pour l’Europe.
Au final, beaucoup de points sont abordés, mais assez peu de nouveautés et surtout de concret pour le moment. Ursula von der Leyen annonce, par exemple, une « feuille de route pour le marché unique à l’horizon 2028 ». Elle « concernera les capitaux, les services, l’énergie, les télécommunications, le 28e régime et la cinquième liberté [libre circulation, ndlr] en matière de connaissance et d’innovation ». Elle cible large sur les sujets, mais sans aucune précision supplémentaire.
