Illustration : Flock
Du 13 au 15 mai, Donald Trump s’est rendu en Chine pour un sommet de deux jours avec son homologue Xi Jinping. S’ils évoquent des « échanges fructueux », peu d’accords ont été noués après ces discussions à hauts enjeux pour l’industrie technologique.
À voir la liste des invités, la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, du 13 au 15 mai dernier, a largement tourné autour des sujets technologiques. Certes, le commerce et la géopolitique étaient supposés dominer les échanges, lors de ce déplacement du président des États-Unis sur le territoire chinois. Pour autant, le premier s’est fait accompagner du patron de Nvidia Jensen Huang, de celui de Tesla Elon Musk ou encore du directeur général d’Apple, Tim Cook, pour rencontrer son homologue.
En plein conflit en Iran, la rencontre a notamment consisté à établir des limites, des lignes rouges en matière de recours aux technologies dans les conflits. Que ce soit lors de l’incursion états-unienne au Venezuela, qui a conduit à la chute de Nicolás Maduro, ou lors de la guerre menée par Israël en Palestine, l’IA s’est par exemple répandue sur les théâtres de conflit actuels. Des terres rares aux puces en passant par ses usages, cette dernière s’est logée dans l’essentiel des débats qui ont eu lieu pendant les deux jours de rencontre.
Derrière ce « spectacle commercial », comme le nomme le professeur de relations internationales Chong Ja Ian auprès du Time, cela dit, peu d’avancées diplomatiques ont découlé de ce sommet.
Deux modèles de déploiement de l’IA
La seule composition de la délégation états-unienne a, déjà, fait bruisser les conversations. Composée d’une quinzaine de dirigeants de sociétés de la tech et de la finance, elle était moins nombreuse que les 27 personnes qui avaient accompagné Donald Trump lors de la dernière visite menée par un dirigeant états-unien en Chine, en 2017.
Patron de Nvidia, Jensen Huang les a rejoints en dernière minute, lors d’une escale de ravitaillement en Alaska. Un voyage de plus vers la Chine pour le dirigeant qui multiplie depuis plusieurs mois les déplacements sur place pour maintenir les liens avec ce marché, malgré les restrictions imposées par Washington.
Au retour du sommet de deux jours, Trump a indiqué que dix sociétés chinoises avaient l’autorisation d’acheter des puces Nvidia H200, mais que c’était désormais le gouvernement chinois qui les en empêchait. Ce dernier met en effet l’accent sur l’indépendance technologique du pays, poussant des acteurs locaux à développer les leurs.
Ce cas particulier illustre les deux modèles de déploiement de l’IA qu’incarne chaque pays. Aux États-Unis, celui-ci est porté par les acteurs privés et repose sur une captation de données et de ressources telle qu’elle suscite désormais des oppositions. Sous l’impulsion du gouvernement, la Chine opte elle pour des logiques open source, plus légères en termes d’entraînement, aux résultats tout aussi encourageants, et susceptibles de placer le pays en acteur central des standards à venir dans le domaine.
En IA, chacun son avantage stratégique
Parmi ses outils de pression les plus efficaces, la Chine peut surtout compter sur sa mainmise sur les terres rares et autres matériaux sans lesquels il serait impossible de créer la moindre batterie, puce ou système d’armement. Les mines locales produisent plus de 60 % des terres rares et raffinent près de 85 % des stocks globaux. Côté armement, elle produit même plus de 90 % de 12 éléments critiques, dont le terbium ou le dysprosium, essentiels à la fabrication de composants des F-35 états-uniens, de moteurs de véhicules électriques, ou encore de hardware informatique.
Les États-Unis, eux, jouent de l’avance de Nvidia en termes de fabrication de puces, de même que du rôle joué par TSMC. Après une première usine annoncée en 2020, Donald Trump a pressé l’entreprise taïwanaise de livrer les bâtiments suivants qu’elle a promis de construire sur le sol états-unien (trois usines de fabrication et deux de conditionnement). Sur la question technologique, ce sommet, conclut le Grand Continent, a surtout permis aux deux puissances de s’accorder un sursis mutuel, la reconnaissance que chacun a ses atouts, et qu’aucun ne peut avancer en parfaite indépendance vis-à-vis de l’autre.
Sur le plan militaire, il a été l’occasion pour les États-Unis de délivrer un message précis, selon lequel la Chine doit arrêter de livrer des technologies et composants qui se trouvent non seulement dans les armes locales, mais jusque dans celles utilisées par les Russes sur le territoire ukrainien. Alors que Xi Jinping décrit la « réunion » avec Taïwan comme une inévitabilité historique, la Chine a de son côté clairement signifié son irritation envers les flux d’armes envoyées par les États-Unis sur l’île. En décembre 2025, Washington a en effet approuvé un accord d’armement de 11,1 milliards de dollars, qui n’a pas encore été livré. En définitive, aucun engagement clair n’a émergé sur les deux questions.
