Alors que les investissements faramineux dans l’infrastructure de l’IA générative se perpétuent, le poids du secteur dans l’économie états-unienne interroge.
95 % des projets d’IA générative lancés au sein des entreprises n’auraient aucun impact visible sur le résultat d’exploitation des entreprises.
Publiés il y a quelques jours, les résultats de cette étude du MIT Media Lab ont créé une onde de choc sur le cours en bourse de plusieurs géants numériques impliqués dans le développement de ces outils. Le 20 août, le cours de l’action de Nvidia se contractait de 3,5 % et celui de Palantir de 9 %, relevait the Telegraph.
Des variations d’autant plus importantes à suivre qu’un sixième de l’augmentation du PIB des États-Unis est porté par les intenses investissements déversés dans toute la chaîne matérielle de production de l’IA : puces, centres de données, télécoms et terminaux. Dans un contexte d’inquiétudes récurrentes provoquées par la politique économique de Donald Trump, notamment par ses droits de douanes, l’évolution du secteur est d’autant plus scrutée que ses répercussions sur le reste de l’économie des États-Unis se font de plus en plus visibles.
GPT-5 déçoit
Avec cette anxiété boursière, un nouveau jeu de spéculations était relancé : l’explosion de l’IA générative constitue-t-elle une bulle, oui ou non ? Depuis l’affirmation d’un rapport de Goldman Sachs en ce sens, à l’été 2024, les soutiens financiers du milieu n’ont pas semblé faiblir.
Mais au mois d’août 2025, le patron d’Open AI Sam Altman, a lui-même admis que les investisseurs étaient « surexcités », prévoyant que certaines personnes risquaient de perdre « des montants phénoménaux ».
Faite lors d’un dîner privé avec des journalistes, cette affirmation de l’entrepreneur a été formulée quelques jours à peine après la sortie de GPT-5. La nouvelle version du modèle a déçu, si bien que certains internautes ont réclamé de pouvoir continuer d’utiliser les modèles précédents.
Pour autant, deux mois à peine après avoir levé 10 milliards de dollars auprès de Softbank, OpenAI a levé 8,3 milliards de dollars supplémentaires auprès d’investisseurs dont Andreessen Horowitz, Sequoia Capital et Dragoneer Investment Group.
L’explosion des investissements dans les data center
Si éclatement de bulle il y a, une partie de la chaîne de production des IA générative risque de laisser une trace plus visible que les autres : celle des centres de données.
Avec des projets colossaux comme le « Prometheus » et l’« Hyperion » de Meta, « Colossus » de xAI ou encore « Stargate » d’OpenAI et de plusieurs de ses partenaires, les États-Unis connaissent une poussée de projets à plus de 100 milliards de dollars. Des financements qui constituent l’un des « plus grands mouvements de capitaux de l’histoire moderne », souligne le Financial Times.
Au total, calcule le média financier, Google, Amazon, Microsoft et Meta prévoient de dépenser plus de 400 milliards de dollars en centres de données en 2026, à ajouter aux 350 milliards en cours d’investissements pour l’année 2025.
Des sommes telles que le marché des fermes de serveurs devient un enjeu d’investissement à part entière sur le marché de l’immobilier, de même qu’il prend une part croissante dans les consommations nationales d’électricité. Les États-Unis comptent ainsi 20 gigawatts de centres de données opérationnels, auxquels il faudrait ajouter au moins 10 GW de projets susceptibles d’être terminés d’ici la fin de l’année à travers la planète.
Auprès de Reuters, le directeur des investissements chez Carlyle estime que le secteur porte une réelle réindustrialisation de l’économie états-unienne – le nombre d’emplois créés par l’ouverture de centre de données reste, lui, sujet à débats. Dans la mesure où les plus gros centres de données (hyperscalers) dédiés à l’IA générative n’ont permis de dégager que 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024, selon les analystes de Morgan Stanley, les investisseurs traditionnels cherchent des promesses tangibles de retour sur investissement.
Comme Morgan Stanley prévoit un chiffre d’affaires de plus d’un trillion de dollars d’ici 2028, toutes les autres tactiques de financement, dont le capital-risque, le recours aux fonds souverains, ou, de plus en plus, l’endettement, sont mobilisées. Rien qu’en 2025, environ 60 milliards de dollars de prêts ont été souscrits pour financer certains des projets de centres de données précédemment évoqués, d’après une analyse du cabinet Norton Rose Fulbright.
Risques financiers et d’obsolescence technologique
Outre les aspects financiers, le développement du secteur soulève également la question de la rapidité avec laquelle ces concentrés de technologie deviennent obsolètes. Auprès de Next, l’urbaniste Cécile Diguet rapportait par exemple le cas d’un centre de données de Meta en cours de construction, rasé avant d’être terminé pour y reprendre l’édification d’un nouveau centre, plus spécifiquement dédié à l’IA générative.
Si l’essentiel des bâtiments construits par les géants de la tech s’appuie sur les dernières puces de Nvidia, plusieurs financiers soulignent que ces derniers pourraient tout à fait se retrouver dépassées en termes de performance au bout d’une décennie.
Outre ces édifices, l’IA générative mobilise aussi des capitaux pour toute l’infrastructure, notamment électrique, et les équipements qui permettent à ces systèmes de fonctionner.
Poids notable dans la croissance du PIB des États-Unis
Alors que ces investissements ont plus contribué à l’augmentation du PIB des États-Unis depuis le début de l’année que la consommation des ménages, l’accélération de ces projets provoque toujours plus de comparaisons avec la bulle internet. Dans les années précédant son explosion, au tournant des années 2000, les sociétés de télécoms investissaient à tour de bras dans des câbles de fibre optique, surestimant la demande réelle.
Le poids de l’industrie de l’IA sur l’économie américaine reste plus faible que celui pris par le secteur technologique à la fin des années 1990, précise the Economist. Une différence de taille, en revanche, réside dans la pression que le développement de centres de données crée sur d’autres secteurs de la société.
En tirant les prix à la hausse, la multiplication de ces usines freine un nombre croissant de constructeurs et d’entreprises dans leurs projets immobiliers. De même, la facture d’électricité moyenne est-elle tirée à la hausse – de 7 % depuis le début de l’année 2025 – alors même que les centres de données perturbent la fourniture d’énergie dans diverses zones du pays.
