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Quand bien même beaucoup d’entre eux vendent leurs services au ministère de l’Intérieur américain et au service de l’immigration et des douanes, quelques dirigeants de l’industrie numérique américaine ont pris la parole pour condamner les actions de l’ICE.
« Ce qui arrive avec l’ICE va trop loin. » Dans un Slack interne d’OpenAI, Sam Altman a pris la parole sur les actions du service de l’immigration et des douanes (ICE) et la situation politique aux États-Unis. « J’aime les États-Unis et ses valeurs de démocratie et de liberté et je soutiendrai le pays par tous les moyens que j’ai ; OpenAI le fera aussi. Mais un élément de l’amour de notre pays est le devoir Américain de se battre contre les abus de pouvoir. »
Alors que le silence des dirigeants de la tech commençait à devenir audible, par contraste avec les appels à mobilisation de leurs employés, quelques-uns d’entre eux ont commencé à prendre la parole. Dans sa publication obtenue par le New-York Times, Sam Altman a continué en qualifiant Donald Trump de « leader très solide », dont il espère qu’il « saura se montrer à la hauteur de la situation et unir le pays ».
Directeur général d’Apple, Tim Cook a lui aussi publié un message dans lequel il appelle à « la désescalade » sur les canaux internes d’Apple. Et d’affirmer : « Je crois que l’Amérique est la plus forte lorsque nous sommes à la hauteur de nos idéaux, lorsque nous traitons chaque personne avec dignité et respect, peu importe qui elle est ou d’où elle vient. » Critiqué par ses employés et des clients pour avoir assisté à une projection du documentaire Melania le soir même de la mort d’Alex Pretti, Tim Cook a précisé avoir abordé le sujet avec Donald Trump plus tôt dans la semaine.
Des enjeux différents de l’époque Trump I
Sous le premier mandat de Donald Trump, les salariés de la Silicon Valley s’étaient mobilisés à plusieurs reprises pour critiquer les politiques du président. Cette fois-ci, après le rapprochement évident d’acteurs comme Marc Andreessen ou Elon Musk de la présidence, « ils se doutent qu’ils pourraient en perdre leur emploi », déclare l’ancien dirigeant de Block Mike Brock au magazine Time.
Pour autant, depuis les assassinats de Renée Good et d’Alex Pretti, un nombre croissant d’employés d’entreprises installées comme de start-up appellent à la mobilisation. Le 24 janvier, l’employé d’Open AI James Dyett lançait sur X : « Les dirigeants du secteur technologique sont bien plus indignés par un impôt sur la fortune que par les agents masqués de l’ICE qui terrorisent les communautés et exécutent des civils dans les rues ». Depuis, certains d’entre eux se sont peu à peu fait entendre, donnant aux critiques une nouvelle ampleur.
Connu pour son positionnement plus démocrate que le reste de la « mafia Paypal » (constituée de proches de Peter Thiel), le fondateur de LinkedIn Reid Hoffman a appelé ce dimanche à ce que « tous les américains » s’opposent à l’ICE, tandis que le directeur scientifique de Google Deepmind qualifiait la mort d’Alex Pretti de « totalement honteuse ». Alors qu’il promouvait son récent essai Machines of Loving Graces, le patron d’Anthropic Dario Amodei s’est exprimé en ligne pour qualifier les actions de l’ICE d’« horreur ».
Une tech intégrée à l’architecture gouvernementale
L’éléphant dans la pièce concerne néanmoins le rôle de diverses sociétés technologiques dans les actions du gouvernement américain en général et de l’ICE en particulier.
Palantir a par exemple obtenu dès 2022 un contrat de 139,3 millions de dollars pour aider le ministère de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) dans la « gestion des enquêtes », des opérations de maintenance et des « améliorations ciblées ». Deloitte doit assurer un « soutien à la modernisation des données » jusqu’à 2027 pour 24 millions de dollars. Dell a signé en avril 2025 un contrat de 18,8 millions de dollars avec le bureau du directeur des systèmes d’information de l’ICE, impliquant par ailleurs l’achat de 38 millions de dollars de licences logicielles Microsoft et 39 millions de dollars de services chez AWS (Amazon). Motorola Solutions doit « déployer et maintenir » l’infrastructure de communications tactiques de l’ICE selon un contrat de 16,6 millions de dollars obtenu en septembre 2023, etc.
Pour se construire son infrastructure d’« autoritarisme automatisé », comme le qualifie l’activiste Irna Landrum, l’ICE a surtout commencé par se constituer un vaste jeu de données publiques et privées, achetées aussi bien auprès des géants numériques, de courtiers comme Thomson Reuters ou LexisNexis, que du gouvernement américain. L’entité a aussi été aidée par l’action de l’éphémère ministère de l’efficacité gouvernementale (DOGE) lorsque ce dernier a entrepris de centraliser des jeux de données des services de santé, des impôts ou d’autres domaines de l’administration.
Quelques jours avant que son patron ne prenne la parole en interne, OpenAI signait par ailleurs un contrat avec le sous-traitant gouvernemental Leidos pour déployer les outils du spécialiste de l’intelligence artificielle dans les outils de travail des employés travaillant à la sécurité nationale, à la défense ou encore aux infrastructures de l’administration des États-Unis.
En France, Capgemini se retrouve aussi sous le feu des critiques après la révélation par l’Observatoire des multinationales d’un contrat susceptible de grimper à 365 millions de dollars pour fournir à l’ICE « des services de recherches de personnes (skip tracing) à l’échelle nationale ». Après plusieurs jours, la direction de la société du CAC 40 a finalement déclaré : « La nature et le périmètre du contrat qui ont été portés à notre connaissance par la presse ne correspondent pas à ce que nous faisons habituellement en tant qu’entreprise ». Auprès des Jours, un ancien cadre des services de l’immigration décrit le caractère essentiel des services de l’entreprises : « Si on vire Capgemini, l’ICE est paralysé ».
